Alors que la ville syrienne de Manbij vient d'être libérée par une coalition kurde, les milliers de Syriens qui ont pu rentrer chez eux sont déjà inquiets pour la suite.

Un homme se fait couper la barbe à Manbij après la libération de la ville syrienne par les kurdes.
Un homme se fait couper la barbe à Manbij après la libération de la ville syrienne par les kurdes. © Reuters / Rodi Said

Des milliers de personnes qui avaient fui Manbij occupée par les djihadistes de l'Etat islamique (EI) sont revenus dans la ville du nord de la Syrie depuis qu'elle a été reprise cette semaine par des combattants kurdes et arabes soutenus par la coalition formée par les Etats-Unis. Après deux mois de combats, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont annoncé contrôler totalement Manbij, après la fuite des derniers djihadistes.

"Des milliers de personnes reviennent et les magasins rouvrent. C'est le début d'un retour à une vie normale", a déclaré à Reuters Charfan Darwich, porte-parole du Conseil militaire de Manbij, formé par les FDS. Sur des vidéos mises en ligne sur les sites d'informations pro-FDS, on voit des hommes raser leur barbe et des femmes brûler leur niqab. Mais si les habitants de Manbij se réjouissent de la libération de leur ville, après les scènes de liesse populaire, les inquiétudes se profilent déjà.

La terreur est toujours là

La terreur est encore là. La ville est totalement minée par les djihadistes qui ont piégé jusqu'aux théières dans les maisons. Ils ont emmené avec eux des milliers de civils pour leur servir de bouclier humain pendant leur fuite.

Et se pose aussi la question du jour d'après : Manbij, est une ville arabe suniite qui a été libérée par les FDS les forces démocratiques syriennes, une coalition armée par les Etats Unies et composée à 90% de kurdes. Des kurdes qui ambitionnent de créer un territoire autonome à la frontière turque. Ce territoire, Manbij pourrait en faire partie et cela inquiète la population.

Un ressentiment des Syriens à l'égard des Kurdes

Il y a quelques semaines, la même question s'est posée dans la ville de Tel Abyad, que de nombreux habitants arabes sunnites ont préféré quitter, après avoir été libérés par les kurdes. Un problème d'autant plus délicat que la population de Manbij éprouve des sentiments mitigés envers la coalition qui l'a libérée : si elle se méfie des kurdes, elle est aussi pleine de colère contre les avions de la coalition internationale qui l'ont pilonné pendant deux mois, faisant plus de 600 morts parmi les civils.

Le mois dernier, une bavure a même conduit à la mort de plus de 60 personnes dont de nombreux enfants lors d'une frappe sur une école, de quoi nourrir un ressentiment qui pourrait s'aggraver une fois passée l'euphorie de la libération.

FDS, la coalition dirigée par les Kurdes, reprennent la ville de Manbij aux combattants de l'état islamique
FDS, la coalition dirigée par les Kurdes, reprennent la ville de Manbij aux combattants de l'état islamique © Aucun(e)