La Jordanie croule sous les pressions : des Etats-Unis, d'Israël, d'Arabie saoudite, des rebelles syriens et du régime de Bachar Al-Assad. La frontière syro-jordanienne est au coeur de ces forces contradictoires.

Entre la Syrie et la Jordanie, il y a deux passages officiels : Ramtha (pour le fret et les camions), qui est fermé, et Jaber (pour les passagers) toujours ouvert. Et puis, tout le long de la frontière, il existe une vingtaine de points de passage clandestins. Une co-gestion de la frontière s'est instaurée discrètement entre l'Armée syrienne libre (ASL) et les autorités jordaniennes.

Chaque jour en fin d'après-midi, quatre bus de réfugiés repassent la frontière côté Syrie : trois transportent des civils, le quatrième achemine des combattants de l'ASL. Le General Intelligence Department (GID), le puissant service de renseignement du royaume, contrôle les identités. Dans le camp de Zaatari, des agents recruteurs de l'ASL repèrent de nouveaux combattants.

Les autorités jordaniennes surveillent les allers et venues et verrouillent la frontière en fonction de la conjoncture. Fermant ou ouvrant les yeux quand il le faut. Des armes transitent aussi via le royaume. comme nous l'affirme une source sécuritaire : "l'Arabie saoudite organise des rotations aériennes pour livrer des armes à l'insurrection. Les avions saoudiens font escale en Jordanie. Les cargaisons sont contrôlées par des conseillers militaires américains, les Jordaniens en prélèvent une partie, et puis les armes sont livrées aux katibas choisies par l'Arabie saoudite." Des katibas, "pas forcément les plus modérées" , prècise notre homme. Quant aux armes, il s'agirait de missiles anti-chars.

Tout se fait sous le manteau, car le roi Abdallah craint la colère de Bachar Al-Assad. Le Premier ministre Abdallah Nsour le repète à ses visiteurs étrangers : "Bachar n'hésitera pas à se venger sur nous!" La Jordanie n'a pas peur d'une attaque militaire, mais plutôt d'une vague d'attentats orchestrée par Damas. Les services de sécurité sont en état d'alerte.

Peur de Bachar mais aussi peur de l'après-Bachar. Le roi Abdallah n'est guère plus rassuré par la montée en puissance des groupes jihadistes et extrémistes. Selon le journalAl-Ghad (27 septembre 2013), 122 salafistes jordaniens sont morts au combat en Syrie et plus d'un millier sont engagés au côté des groupes armés syriens. Une vraie bombe à retardement pour le royaume hachémite.

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