Les réactions internationales se multiplient après l'attaque de l'armée loyaliste qui aurait fait plus de 1.700 morts, selon l'opposition. Un gaz neurotoxique aurait pu être utilisé. La Conseil de sécurité de l'Onu demande que "la lumière soit faite".

François Hollande a évoqué jeudi pour la première fois "l'usage probable" d'armes chimiques lors d'un entretien téléphonique avec le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon, selon un communiqué de l'Elysée.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a appelé jeudi le gouvernement syrien à autoriser les experts en armes chimiques de l'Onu à enquêter "sans tarder" sur les nouveaux faits.

Ban Ki-moon a demandé à la Haute Représentante de l'Onu pour les affaires de désarmement, Angela Kane, de se rendre à Damas pour favoriser l'accès des inspecteurs aux sites concernés.

Le Conseil de sécurité des Nations unies réuni en urgence a demandé mercredi que "la lumière soit faite" sur les accusations de recours aux armes chimiques en Syrie, mais il n'est pas parvenu à s'entendre pour demander une enquête à l'équipe de l'Onu déjà sur place.

Les précisions à l'Onu d'Aurelien Colly

Une provocation selon Moscou

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, ainsi qu'une trentaine d'autres pays, avaient demandé que le chef de la mission d'enquête de l'Onu en Syrie, Ake Sellstrom, qui est arrivé dimanche à Damas avec son équipe pour enquêter sur d'autres recours présumés aux armes chimiques, enquête sur ces derniers faits dès que possible.

Bien que le Conseil de sécurité n'ait pas appuyé cette demande, en raison, selon des diplomates, de l'opposition de la Russie et la Chine , les Quinze ont salué l'appel formulé en ce sens par le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon.

Une première mouture de la déclaration du Conseil avait pu lire, appelait explicitement l'Onu à prendre "de toute urgence les mesures nécessaires pour que la mission de l'Onu enquête sur cette attaque".

Malgré le recul des pays occidentaux sur ce point, le vice-ambassadeur de Grande-Bretagne auprès de l'Onu, Philip Parham, a soutenu que le communiqué revenait au même résultat. Le vice-secrétaire général de l'Onu, Jan Eliasson, a de son côté émis le souhait que la mission d'Ake Sellstrom soit autorisée à se rendre sur les lieux de l'attaque :

Le Dr Sellstrom et son équipe sont déjà à Damas. Nous espérons que le gouvernement va l'autoriser à se rendre sur place.

La Russie a appelé de son côté à une enquête "honnête et professionnelle" , mais elle aussi soutenu le démenti du gouvernement syrien en évoquant une "provocation" pour le discréditer.

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tweet © Radio France

L'impuissance, choquante, affichée par l'Occident, a des raisons souvent inavouables

L'analyse de Claude Guibal

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l'onu veut faire la lumière sur l'attaque au gaz perpétrée en syrie
l'onu veut faire la lumière sur l'attaque au gaz perpétrée en syrie © reuters

L'attaque en question, qui s'est produite mercredi matin vers 3 heures (minuit GMT) dans les faubourgs de Damas, aurait fait entre 500 et 1 300 morts selon diverses estimations de l'opposition syrienne. Le gouvernement de Bachar al Assad a démenti avoir utilisé des armes chimiques.

> Réécoutez le témoignage d' Oubaida Al Moufti, médecin franco-syrien membre de l'Union des organisations syriennes de secours médicaux (UOSSM).

> Réécoutez l'analyse de Jean-Pierre Filiu, spécialiste du moyen-Orient, de retour d'Alep

L'attaque chimique la plus meurtrière depuis le début de la guerre ?

La correspondance à Beyrouth d'Hélène Bourgon

damas bombardement chimique
damas bombardement chimique © Radio France

Les opposants précisent que des roquettes contenant des agents chimiques auraient frappé les banlieues d'Ain Tarma, Zamalka et Djobar, dans l'est de la région de la Ghouta, près de Damas.

Georges Sabra, figure de l'opposition syrienne, indique que les bombardements auraient fait 1300 morts.

L’Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) évoquait ce matin le chiffre de 100 morts et parle de l’attaque la plus violente menée dans cette zone par l'armée depuis le début du conflit, en 2011.

De la mousse dans la bouche

Selon Bayan Baker, une infirmière d’un centre médical de Douma, à une dizaine de kilomètres de Damas "de nombreuses victimes sont des femmes et des enfants". "Ils sont arrivés avec leurs pupilles dilatées, des membres glacés et de la mousse dans leur bouche" , ajoute-t-elle. Des symptômes qui auraient immédiatement orienté les médecins sur la piste de gaz neurotoxique.

Une vidéo relayée par l'opposition syrienne sur son compte

La Syrie a démenti peu après ces allégations par la voix de sa télévision officielle, qui a cité une source selon laquelle elles avaient pour unique objectif de détourner l'attention d'une mission d'enquêteurs des Nations Unies, arrivée dimanche à Damas.

Les affirmations des deux camps n'ont pu être vérifiées de manière indépendante.

Réactions de la communauté internationale

L'Onu a constitué une équipe d'une vingtaine d'enquêteurs, dont des spécialistes des armes chimiques, dirigée par le Suédois Ake Sellstrom, au début du mois d'avril. Elle n'est cependant arrivée en Syrie qu'en fin de semaine dernière, en raison des difficiles négociations sur la liberté de mouvement que le régime syrien était prêt à leur accorder. Son mandat ne prévoit pas de déterminer qui a employé d'éventuelles armes chimiques.

Une atrocité sans précédent

Après l'OSDH et la Ligue arabe, plusieurs pays ont demandé à l'équipe de l'Onu sur place et aux organisations internationales de visiter les zones frappées pour assurer l'arrivée d'aide humanitaire et "lancer une enquête afin de déterminer qui est responsable du bombardement et leur demander des comptes".

La France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et d'autres états demandent par ailleurs une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, estime que si les informations étaient confirmées, il s'agirait d'une "atrocité sans précédent".

A Paris, environ 150 Syriens se sont réunis pour dénoncer le massacre.

Le reportage d'Anthony Raimbault

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Le silence de nos amis nous tue

Par la voix de Georges Sabra, l'opposition syrienne a accusé la communauté internationale d'être complice par son silence. "Celui qui nous tue et tue nos enfants, ce n'est pas seulement le régime. L'indécision américaine nous tue. Le silence de nos amis nous tue. L'abandon de la communauté internationale nous tue, l'indifférence des Arabes et des musulmans, l'hypocrisie du monde que nous croyions libre nous tue".

Georges Sabra a par ailleurs estimé que "ce qui s'est passé donne le coup de grâce à tous les efforts politiques pacifiques".

Des armes chimiques en Syrie ?
Des armes chimiques en Syrie ? © Radio France
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