L'afflux de réfugiés syriens dans les pays voisins commence à poser non seulement des problèmes de gestion mais aussi des questions politiques. En Jordanie, les Syriens arrivent des villages de Tell Chihab et Safat mais surtout de Deraa, première ville à s'être soulevée contre le régime. Situé à une dizaine de kilomètres de la frontière syrienne, le camp de Zaatari accueille un peu plus de 6 000 réugiés dans des conditions précaires. Le camp est prévu pour 100 000 personnes.

Les réfugiés sont en colère. Certains nous ont raconté que les rebelles les avaient incité à partir avec la promesse qu'ils "recevraient de l'argent de l'Arabie Saoudite et du Qatar, qu'ils seraient bien traités le temps que le pouvoir de Bachar Al-Assad tombe." Evidemment, quand ils arrivent dans le camp, c'est le grand désenchantement, la plupart veulent rentrer chez eux tant les conditions sont difficiles au milieu du désert.

Le roi Abdallah a d'ailleurs dit à Laurent Fabius, le patron du Quai d'Orsay, le 16 août dernier lors de son passage à Amman que la localisation du camp posait problème et qu'il ne fallait pas créer une concentration de réfugiés qui serait vite ingérable.

A Beyrouth, on ne veut surtout pas recréer des camps de réfugiés. Personne ne veut rééditer l'expérience des camps palestiniens. Tout est donc fait pour "diluer" la question des réfugiés qui s'installent dans des familles ou dans les municipalités qui mettent à leur diposition quelques locaux provisoires

On craint surtout que les réfugiés palestiniens de Syrie viennent s'installer au Liban. Le président Michel Sleiman a insisté sur ce point quand Laurent fabius l'a rencontré le 17 août dans sa résidence d'été de Beit Eddine : "Le Liban ne supportera pas la présence d'un million de réfugiés palestiniens sur son territoire", a dit le président libanais.

En Turquie, on ne parle pas de réfugiés mais "d'invités". Les Turcs ont construit à Kilis sur la zone frontalière un "camp témoin" qui se veut un modèle d'aide humanitaire. Entouré d'une barrière de béton et sous haute suveillance, c'est en fait une petite ville en miniature: trois écoles, un hôpital, trois supermarchés, deux mosquées, une banque, une poste.

Les "invités" sont logés dans 2 500 conteners de 21 mètres carrés (2 chambres, une salle de bain, une cuisine). Ce camp a coûté 30 millions de dollars. Certains réfugiés nous ont même affirmé qu'ils avaient plus de confort que chez eux en Syrie!

Les Turcs pratiquent une politique de "frontière ouverte". Mais pour combien de temps ? Comme nous l'a indiqué Laurent Fabius dans l'avion qui le ramenait en France : "les Turcs veulent que les réfugiés soient installés côté syrien." Avec une idée derrière la tête : créer une zone humanitaire, qui servirait de sanctuaire aux rebelles et aux populations civiles fuyant les combats.

Pour Laurent Fabius, c'est pour le moment impossible parce qu'il faudrait alors créer une zone d'exclusion aérienne pour protéger cette enclave humanitaire. Or, à l'ONU, les Russes et les Chinois ont déjà dit non.

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