Le village de Maaloula est l'un des symboles les plus forts et les plus anciens de la chrétienneté d'Orient. Dans cette bourgade située à une cinquantaine de kilomètres de Damas, on utilise encore l'araméen, la langue parlée à l'époque de Jésus. Depuis le début de la crise en mars 2011, Maaloula est resté à l'écart des violences, même si les villageois ont choisi le camp du régime.

Eric Chevallier, l'ancien ambassadeur de France à Damas, m'expliquait en 2011 que lors des marriages et des baptêmes, les fidèles portaient des toasts à Bachar Al-Assad et que dans les rues, des banderoles saluaient l'amitié syro-russe. Au fil des mois, une sorte de trève s'était nouée entre villageois et les insurgés. Chacun des deux camps s'ignorant à distance. Les rebelles occupant le plateau qui surplombe le village ainsi que des grottes environnantes.

Or, depuis plusieurs jours, des jihadistes du Front Al-Nousra ont décidé de passer à l'offensive et de rompre cette trève. Cette semaine, un kamikaze s'est fait exploser sur un barrage à l'entrée de la ville provoquant aussi la mort de 8 soldats syriens. "Cette nuit, explique l'un des curés de Maaloula, la croix du couvent St Serge a été détruite.Pour nous, c'est une déclaration de guerre. Il y a eu trois blessés. Beaucoup d'habitants ont quitté le village, des jeunes sont restés sur place pour monter la garde." Lui-même s'est réfugié à Damas.

"L'armée syrienne devrait prochainement intervenir avec un plan de reconquète" , espère notre curé joint par téléphone. Pour les chrétiens et les autres minorités, le pire des scénarios est en train de se réaliser : une guerre religieuse qui va toucher le moindre village avec son cortège d'exactions.

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