Pour les 57 pays et organisations qui composent "le groupe des amis de la Syrie", l'arme des sanctions économiques et financières semble la plus privilégiée pour mettre à genou le pouvoir de Bachar Al-Assad. "Il s'agit de maintenir la pression sur Damas" , répète-t-on au Quai d'Orsay, et "les sanctions sont nécessaires." Pour les autorités françaises, elles sont légitimes parce qu'elles ciblent les auteurs de la répression. Mais sont-elles vraimenent efficaces ?

Oui, a répondu Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, à l'occasion de la réunion du groupe de travail international sur les sanctions contre la Syrie qui s'est tenue à Paris le 17 avril.

Alain Juppé

Selon des estimations, le régime syrien perdrait chaque mois 400 millions du dollars à cause de l'embargo sur ses exportations de pétrole. Sa production de brut aurait diminué de 30%. Un tarissement de la rente pétrolière qui oblige le régime à puiser dans ses réserves financières (elles auraient fondu de moitié).

Le problème, c'est que le système de sanctions actuel présente encore beaucoup de failles. D'abord, plusieurs pays clés de la région ne l'appliquent pas comme le Liban, l'Irak, ou l'Iran, sans parler de la Russie et de la Chine, alliées de Damas au Conseil de sécurité de l'ONU. Un signe ne trompe pas : lors de la réunion de Paris sur les sanctions, tous les "BRIC" étaient absents : Argentine, Mexique, Brésil, Afrique du Sud, Inde, Ukraine et évidemment la Chine et la Russie. Résultat : le régime syrien est en train de mettre en place des filières de contournement des sanctions, comme en son temps l'Irak de Saddam Hussein.

Autre problème : mêmes si elles sont ciblés et précises, les sanctions frappent aussi la population. "Ce ne sont pas des armes au laser" , reconnaît un diplomate européen. Qu'on le veuille ou non, les sanctions aggravent la vie quotidienne des familles syriennes, même si le régime est le premier responsable de la crise. "Le secteur agricole a été perturbé par la violence, les pénuries d'essence et la disparition des services de l'Etat; certains estiment que le pays va bientôt manquer de nourriture" , écrit Peter Harling dans le dernier rapport d'International Crisis Group ("Syria's Phase of Radicalisation" , Middle East Briefing n°33 / consultable sur le site de l'ICG : www.crisisgroup.org).

Le rapport d'ICG explique aussi que le clan Assad pourrait bien tirer parti des sanctions en basculant ses business variés dans l'économie noire. Des exemples au Moyen-Orient montrent que des régimes sous sanctions peuvent sans sortir et ne pas plier : c'est le cas de l'Iran depuis 1979 !

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