La situation géopolitique autour de la Syrie
La situation géopolitique autour de la Syrie © Radio France

Des frappes aériennes, un soutien logistique aux forces de l'opposition, des sanctions économiques, toutes ces options ou aucune d'entre elles, Barack Obama temporise. Une piste : le président américain évoque une "action limitée", David Cameron a changé de ton et François Hollande plaide pour une solution politique.

Le calendrier d'une éventuelle intervention occidentale en Syrie se compliquait jeudi, le président américain Barack Obama disant n'avoir pris aucune décision, alors que le Premier ministre britannique a partiellement révisé sa position .

Jusqu'alors en faveur d'une action rapide, le premier David Cameron doit composer avec les parlementaires de son pays. Des parlementaires très divisés sur la question syrienne. David Cameron a du mettre le pied sur le frein et changé de ton.

Ecoutez les explications de Franck Mathevon

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu, où la Chine et la Russie, soutiens de Damas, s'opposent aux Etats-Unis, à la France et au Royaume-Uni, partisans d'une partie de la rébellion, se sont réunis mercredi pour examiner un projet de résolution britannique. La rencontre, qui a duré une heure, n'a comme prévu débouché sur aucune décision.

Quelques heures plus tard, Barack Obama a expliqué au cours d'un entretien télévisé qu'il n'avait encore pris aucune décision, et a précisé que d'éventuelles frappes seraient "limitées" et se résumeraient à un "coup de semonce" destiné à convaincre le président syrien Bachar al Assad de ne pas mener d'assaut aux armes chimiques. Barack Obama a néanmoins donné la justification la plus précise en date de Washington à une intervention militaire, en mettant de côté les explications humanitaires pour faire valoir que l'utilisation de telles armes par Damas mettait en danger les alliés et les intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient.

La déclaration de Barack Obama :

Je n'ai pas pris de décision [...] je n'ai aucun intérêt à ouvrir un nouveau conflit en Syrie.

Les insurgés et les pays occidentaux accusent l'armée fidèle à Bachar al Assad d'avoir employé le 21 juillet des gaz neurotoxiques pour attaquer des banlieues de Damas tenues par les rebelles. Selon plusieurs groupes d'opposants, l'assaut a tué des centaines de personnes. A la suite de cet assaut présumé, la perspective de frappes aériennes en Syrie a été évoquée de façon de plus en plus précise par les Occidentaux, en particulier la France, qui a estimé que le "massacre chimique de Damas" ne pouvait rester impuni, et le Royaume-Uni.

L'ancien président de Médecins sans Frontières Rony Brauman est sur la même ligne. Lui qui était farouchement contre une intervention en Libye à l'époque estime que cette fois il faut frapper car Bachar Al Assad a franchi un palier symbolique. Rony Brauman avec Sophie Bécherel :

Des frappes ne protégeront pas la population mais appellent à marquer ce tabou qu'est l'emploi d'armes chimiques.

Les enquêteurs de l'Onu continuent leur travail d'inspection

La chronologie depuis l'attaque chimique
La chronologie depuis l'attaque chimique © Radio France

Londres a cependant édulcoré sa position mercredi , en estimant que le Conseil de sécurité de l'Onu devant avoir la possibilité d'examiner les résultats de l'enquête des inspecteurs dépêchés à Damas avant de se prononcer sur une action militaire. Ce pas en arrière des Britanniques s'explique par la pression subie à Londres par le Premier ministre David Cameron face à l'opposition travailliste et à des membres de son parti conservateur, qui sont réticents à s'engager dans l'immédiat dans une intervention.

La nouvelle ligne britannique éloigne d'autant plus la perspective d'une participation à une intervention militaire queBan Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, a précisé que les experts onusiens partiront samedi matin de Syrie. Tant que les enquêteurs seront à Damas, des frappes occidentales paraissent de toute façon peu probables afin de ne pas les mettre en danger. L'équipe des Nations unies a poursuivi mercredi ses investigations et recueilli des éléments sur place, après avoir déjà été autorisée à se rendre lundi dans des zones rebelles proches de la capitale.

La France a elle poursuivi mercredi la préparation d'une éventuelle participation à des frappes internationales en Syrie avec un conseil de défense et la convocation du Parlement en session extraordinaire la semaine prochaine, tandis que l'opposition de droite appelle à la prudence. On sait également que le Canada ne participerait pas à d'éventuelles frappes militaires.

Parmi les soutiens de Damas, le président russe Vladimir Poutine et son homologue iranien Hassan Rohani ont rappelé leur opposition commune à une intervention militaire en Syrie. Pékin a appelé à la retenue.

A Damas, des habitants de la capitale syrienne et des sources proches de l'opposition ont rapporté que les forces gouvernementales syriennes avaient apparemment évacué la plupart des centres de commandement et des bâtiments militaires du centre de la capitale dans l'attente d'une attaque.

F. Hollande : "Tout doit être fait pour une solution politique"

Tout doit être fait pour parvenir à une solution politique en Syrie, à condition que la communauté internationale marque sa détermination à stopper l'escalade de la violence, a déclaré jeudi le président français. François Hollande s'est entretenu jeudi à l'Elysée avec le chef de file de l'opposition syrienne.

Ecoutez sa déclaration à la sortie de cet entretien

Laurent Fabius s'est également exprimé cet après-midi devant la conférence des ambassadeurs. Il évoque une réaction "réfléchie, proportionnée et ferme ".

Ecoutez la déclaration du ministre des Affaires Etrangères

Une majorité de Français sont favorables à un engagement militaire des Nations unies en Syrie mais pas à une participation de Paris à une telle intervention, selon un sondage Ifop pour Le Figaro, diffusé mercredi. Si 55% des sondés, contre 45%, approuvent le principe d'une intervention des Nations unies, seuls 41%, contre 59%, souhaitent dans cette hypothèse un engagement de la France , précise cette enquête.

Selon un autre sondage, de l'institut CSA pour le site Atlantico, 45% des personnes interrogées soutiennent une intervention militaire internationale en Syrie, contre 40% qui sont d'un avis contraire. Selon CSA, la cristallisation des opinions sur ce sujet s'opère uniquement en faveur des opposants, sensiblement plus nombreux qu'il y a trois mois (40%, soit +5 points).

François Hollande a déclaré mardi que la France était prête à punir "ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents" et a imputé l'attaque au régime de Bachar al Assad. L'exécutif a poursuivi mercredi la préparation d'une éventuelle participation à des frappes internationales en Syrie avec un conseil de défense et la convocation du Parlement en session extraordinaire la semaine prochaine.

Le sondage Ifop a été réalisée du 26 au 28 août, après les bombardements chimiques survenus près de Damas, auprès d'un échantillon de 1.001 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

A quoi pourrait ressembler une éventuelle attaque ?

Vu que la perspective d'une intervention en Syrie est loin de faire l'unanimité en France, il faut éviter d'y laisser des plumes explique une source militaire. L'objectif, c'est zéro perte pour les soldats français et un disposif qui réduit au maximum les risques.

On se dirige donc vers des frappes à distance avec l'utilisation de missiles de croisière de type Scalp tirés par des rafales. Ils ont une portée de 150 à 250 kilomètres. L'idée c'est d'exposer au minimum l'aviation française aux tirs de riposte de l'armée syrienne dont la défense anti-aérienne est encore extrêmement solide. Les rafales de l'armée de l'air sont déjà prépositionnés à Djibouti et à Abou Dhabi et probablement aussi dans le nord de la Jordanie. On attend plus que le feu vert des autorités dit cette même source.En revanche l'utilisation du Charles de Gaulle semble exclu , c'est que disait hier midi un conseiller de François Hollande. Il faudrait au moins trois jours au porte-avion pour arriver sur place ce qui n'est pas compatible avec l'hypothèse d'une intervention rapide...

de son côté, le général Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po et ancien directeur de l'école de guerre, redoute un scénario à la libyenne. Il l'a dit à Géraldine Hallot.

Il ne faut pas faire comme la Libye.

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