La base aérienne de l'armée syrienne à Tiyas, nichée dans le désert entre Homs et Palmyre, recèle des secrets qui intéressent autant les alliés du régime Assad que ses ennemis, en Syrie ou dans le monde : milices internationales, arsenal moderne…

Huit tirs de missile, dont trois ont atteint leur cible, ont fait au moins 14 morts dans la base aérienne syrienne de Tiyas. Parmi les victimes, des Iraniens, notamment.
Huit tirs de missile, dont trois ont atteint leur cible, ont fait au moins 14 morts dans la base aérienne syrienne de Tiyas. Parmi les victimes, des Iraniens, notamment. © DR

Il est toujours difficile de se dissimuler lorsque les objectifs des satellites sont tournés sur vous. Lorsqu’il s’agit d’une base aérienne, la meilleure façon est encore de mettre en évidence ce que l’on ne veut pas cacher. Sur la base géante T-4 de Tiyas, plantée dans le désert dans la région de Homs, les images les plus récentes exposent une vaste flotte de chasseurs d’origine russe. La plupart d’entre eux, néanmoins, des MiG-25, ne sont plus en état de voler.

Ce site militaire, qui vient d’essuyer sa deuxième attaque d’envergure depuis le début de l’année, recèle pourtant des surprises. Si nul aujourd’hui ne peut établir avec certitude l’origine des missiles qui ont frappé la base le 9 avril, on sait de source militaire que le 10 février, c’est l’aviation israélienne qui a lancé une attaque sur Tiyas, et pas par hasard.

Des drones

En dehors des escadrons de chasseurs Mig et Sukhoi de l’armée de l’air syrienne (plus d’une vingtaine d’appareils opérationnels), cachés dans des bunkers, T-4 est en effet soupçonnée d’héberger des drones iraniens.

Un drone RQ-170 américain capturé par Téhéran. L'Iran en aurait mis une copie en production.
Un drone RQ-170 américain capturé par Téhéran. L'Iran en aurait mis une copie en production. © AFP / Atta Kenare

C’est d’ailleurs de cette base que, le 10 février dernier, serait parti un appareil sans pilote furtif intercepté en territoire israélien. Sa destruction avait déclenché l’opération de représailles qui a coûté sa tour de contrôle, notamment, à l’aérodrome de Tiyas.

Depuis, ces engins auraient été déplacés dans une base aérienne voisine, affirme le média indépendant Zaman al-Wasl, à Palmyre, dans le même désert de Badiya. Ils auraient donc été épargnés par la frappe du jour.

Des Russes

La base de Tiyas, bastion du régime violemment défendu contre les offensives du groupe État islamique jusqu’en 2016, reste un havre pour nombre de soutiens de Bachar al-Assad. A commencer par les pilotes russes, qui, cet automne encore, venaient y faire le plein de carburant et de munitions dans le cadre de leurs opérations sur le territoire syrien, révèle le site spécialisé Janes.

A l'extérieur des bunkers de la base T-4, de vieux MiG-25 réformés. Et dans les casernes, les experts russes pour conseiller les pilotes syriens.
A l'extérieur des bunkers de la base T-4, de vieux MiG-25 réformés. Et dans les casernes, les experts russes pour conseiller les pilotes syriens. / DR

Depuis 2013 au moins, entre conseillers, techniciens et combattants, ce sont des centaines de russes qui sont passés par T-4 – et qui ont posé ouvertement devant leur arsenal, ainsi que le site d’enquêtes Bellingcat le rapportait dès 2015.

Des chiites

L’Observatoire syrien des droits de l’homme, une organisation basée à Londres, a identifié des Iraniens dans les 14 victimes du bombardement du jour. Une information qui confirme la présence de forces venues de Téhéran, régulièrement dénoncée par Israël. La Force Quds du Corps des gardes révolutionnaires est en effet signalée sur place. Elle assure la logistique de l’axe chiite ("l’axe de la résistance", disent les pro-iraniens), qui relie Téhéran à ses alliés, notamment le Hezbollah libanais.

Le même Hezbollah qui, depuis le début de la guerre civile en Syrie, se bat aux côtés du régime d’Assad. La milice, survivance armée de la guerre civile libanaise et bras armé de l’Iran au Proche-Orient, a engagé ses troupes dans nombre de batailles frontalières avec le pays du Cèdre. Mais elle se serait engagée plus loin. On signale régulièrement la présence de miliciens du Parti de Dieu sur la base T-4, même si l’information, logique, reste difficile à vérifier.

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