Spoiler : potentiellement une douzaine de pays depuis 2013, dont un européen, la Belgique. C’est le magazine belge "Knack", preuves des livraisons d’un ingrédient du gaz Sarin à l’appui, qui révèle et confirme l’information.

Les ruines d'un centre de recherche à Douma, détruit par les représailles internationales après une attaque chimique présumée du régime sur des civils.
Les ruines d'un centre de recherche à Douma, détruit par les représailles internationales après une attaque chimique présumée du régime sur des civils. © AFP / LOUAI BESHARA

C’est une enquête bien embarrassante que la Cour criminelle d’Anvers a ouverte cette semaine. Il s’agit, pour la juridiction belge, de déterminer si, oui ou non, trois entreprises flamandes ont sciemment contourné les sanctions imposées par l’Union européenne à la Syrie.

Une action en justice qui tombe à pic, au moment même où le régime de Bachar al-Assad est une nouvelle fois accusé d’avoir visé des civils dans une attaque au gaz sarin le 7 avril à Douma, et un an après le bombardement chimique avéré de Khan Cheikhoun, au nord du pays, qui avait tué près de 100 personnes. (Un an après, aussi, que la Belgique a célébré le centenaire de la première attaque chimique connue, intervenue sur son sol en 1917.)

Une attaque présumée aux gaz toxiques – une enquête internationale est en cours – a fait au moins 40 morts à Douma le 7 avril.
Une attaque présumée aux gaz toxiques – une enquête internationale est en cours – a fait au moins 40 morts à Douma le 7 avril. © AFP / HASAN MOHAMED

AAE Chemie Trading, grossiste en produits chimiques à usage industriel, Anex Customs, une entreprise de services (qui a fait faillite l’an dernier) et Danmar Logistics, une société de logistique, ont bel et bien exporté 114 tonnes d’isopropanol vers la Syrie depuis 2013, selon les données publiques détenues par les Nations unies pointées par le magazine flamand Knack. Comme elles le faisaient avant aussi, précisent-elles, en assurant qu’elles ne savaient pas que le commerce de produits chimiques avec Damas était soumis à autorisation.

Curieux. Même si, en soi, l’alcool isopropylique n’est pas spécifiquement destiné à la fabrication d’armes chimiques. L’isopropanol est utilisé comme décapant et dissolvant dans l’industrie. Le composant est connu pour être un bon dégraissant. Ses propriétés désinfectantes et antiseptiques lui donnent des débouchés dans le domaine médical. Entre autres.

Utilisation suspecte

L’isopropanol peut aussi être utilisé dans la synthèse d’agents neurotoxiques, comme le gaz sarin, banni par la Convention sur les armes chimiques de 2013. Et c’est bien l’usage que, concernant le régime syrien, l’on suspecte. Le pays a d’ailleurs déclaré à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC, dont il est membre) avoir détruit 133 tonnes d’isopropanol depuis 2014. Dès lors, pourquoi en avoir importé 1 280 tonnes sur la période (en provenance principalement des Émirats arabes unis et du Liban) ?

C’est une des questions auxquelles la justice belge, qui a reconnu ne disposer d’aucune preuve que les exportateurs étaient conscients d’une éventuelle utilisation détournée du composant chimique, devra répondre. En attendant que la communauté internationale se mette d’accord sur les conclusions de l’enquête ouverte par l’OIAC à Damas.

A ce stade, la France, notamment, est catégorique sur l’utilisation de gaz sarin le 7 avril à Douma. Les partisans du régime, et notamment la Russie, dénoncent de leur côté une campagne de désinformation. 

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