Bachar Al Assad
Bachar Al Assad © Radio France

Les accusations sont claires : le porte-parole de la Maison blanche a rapporté que Washington avait "très peu de doute" quant à la responsabilité du gouvernement syrien dans l'utilisation d'armes chimiques. L'hypothèse d'une intervention se rapproche.

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a déclaré à des journalistes que Barack Obama considérait "que ceux qui utilisent l'arme la plus atroce au monde contre la population la plus vulnérable de la planète doivent rendre des comptes de leurs actes.

Le massacre aveugle de civils par armes chimiques est une obscénité morale.

Des centaines de Syriens ont été tués au cours de l'assaut de mercredi, mené dans la plaine de la Goutha, à l'est de Damas, qui, si l'utilisation d'armes chimiques est prouvée, serait l'attaque de ce type la plus meurtrière depuis celle ordonnée contre des régions kurdes en 1988 par le président irakien Saddam Hussein.

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image lien dossier Syrie © Radio France

Le convoi des inspecteurs de l'Onu a pu se rendre lundi à Mouadamiya, quartier de la banlieue sud-ouest de Damas tenu par les rebelles et visé par l'assaut de mercredi, mais a été visé par des tirs, qui ont endommagé un de leurs véhicules sans faire de victimes.

Aux Etats-Unis, les médias sont mobilisés.

Les précisions d'Aurélien Colly

Vers une intervention ?

Le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a appelé mardi son homologue français Jean-Yves Le Drian pour s'entretenir avec lui de la situation en Syrie, a-t-on appris auprès du ministère de la Défense. Les deux hommes ont parlé longuement pour échanger les éléments dont ils disposent, a-t-on ajouté.

Jean-Yves Le Drian est ce mardi en visite aux Emirats arabes unis pour évoquer la réaction à adopter après l'usage présumé d'armes chimiques par le régime de Damas.

Selon Luc Lemonnier du service diplomatique de France Inter, cette intervention serait "ciblée et punitive"

La classe politique française divisée sur la question d'une intervention

Le clivage politique ressemble aux divisions politiques sur l'intervention en Libye, les précisions de Marc Fauvelle

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius , a jugé lundi que toutes les options étaient sur la table et dit qu'une décision serait prise dans les jours qui viennent concernant la réponse à apporter à cette attaque.

Invité mardi sur i-Télé, le vice-président du Front national, Florian Philippot , a dénoncé une "diplomatie de cow-boy suicidaire" qui allait mettre le "feu aux poudres" :

Bien sûr que les images (du bombardement dans la Ghouta orientale mercredi dernier) sont choquantes mais on ne peut décider une intervention militaire (...) sur des images (...) alors qu'on ne sait rien, des preuves en sable. Le passé nous a démontré qu'il y avait beaucoup de mensonges dans ce type d'interventions.

En intervenant en Syrie, "on se met en dehors de la légalité internationale, en dehors des règles de l'Onu, on va aider (...) des rebelles dominés par les islamistes radicaux, qui mettront en place la charia, qui menaceront les femmes, les chrétiens, les Alaouites qui sont tout de même deux millions et qui seront immédiatement victimes de massacres", a-t-il dit.

A l'extrême gauche , Jean-Luc Mélenchon a estimé qu'intervenir militairement en Syrie serait une "erreur gigantesque, peut-être le seuil d'une guerre beaucoup plus large que toutes celles que nous avons vues dans cette région" :

Nous savons que les Nord-Américains ont l'habitude d'utiliser n'importe quelle sorte d'argument pour justifier une intervention militaire, cette fois-ci, c'est le gaz.

Lundi,le PCF avait, de même, appelé le gouvernement français à privilégier l'option politique et mis en garde contre une intervention militaire qui constituerait "un degré supplémentaire dans l'inacceptable".

Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV) a pour sa part demandé en fin de semaine dernière au gouvernement de Jean-Marc Ayrault et à l'Union européenne "de prendre des mesures immédiates pour protéger les civils, en particulier contre les bombardements de l'aviation et l'artillerie de l'armée syrienne".

A l'UMP , l'option d'une intervention hors du cadre du Conseil de sécurité de l'Onu divise. L'ancien ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a appelé à "s'affranchir des blocages" qui persistent au Conseil de sécurité de l'Onu et à apporter une aide militaire à la "résistance syrienne" :

La seule alternative, c'est la poursuite du martyre du peuple syrien. Il ne faudra plus, alors, continuer à verser des larmes de crocodile. Il nous restera le silence de la complicité.

Un appel à agir hors du cadre de l'Onu rejeté par l'ex-ministre UMP Bruno Le Maire, qui estime que "toute intervention militaire ne doit se faire qu'avec les Nations unies."

Une enquête inutile ?

Plusieurs spécialistes des armes chimiques estiment que l'enquête des experts de l'Onu risque d'avoir été entamée trop tard pour trouver des preuves. Ralf Trapp, un spécialiste du désarmement qui a collaboré avec l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), basée à La Haye, souligne que les traces de composants chimiques disparaissent en quelques jours de l'urine des victimes, même si elle peut rester plusieurs semaines dans leur sang.

Il faudrait les recueillir le plus tôt possible après l'incident, de préférence pendant les deux semaines qui suivent l'utilisation présumée (de composants chimiques).

La traçabilité des échantillons doit ensuite être assurée de façon très précise, jusqu'à ce qu'il soit transmis à deux ou trois laboratoires situés dans les 20 pays avec qui l'OIAC a signé des accords. George A. Lopez, ancien conseiller aux Nations Unies, doute de l'utilité de l'enquête et juge que Damas a tout fait pour éviter qu'elle soit concluante, en particulier en continuant à bombarder les zones concernées :

Cela a accéléré la détérioration et la contamination des composants chimiques nécessaires pour apporter la preuve incontestable de l'utilisation de ce type de gaz.

Jean-Pascal Zanders, ancien collaborateur de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne (IESUE), rappelle néanmoins que le recueil des échantillons n'est pas le seul but de l'enquête, qui a aussi pour but de rencontrer des témoins.

On est confronté à un nombre très important de personnes qui aurait été affectées par les attaques chimiques. Les gens donneront plusieurs récits, et en comparant ces récits les uns aux autres, on sera peut-être capable d'avoir une idée de ce qui s'est produit.

Jean-Dominique Merchet, spécialiste militaire au quotidien l'Opinion. Son analyse :

C'est une attaque aux gazs neurotoxiques, reste à savoir qui est responsable.

Syrie : vers une intervention militaire ?
Syrie : vers une intervention militaire ? © Radio France
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