A Tacloban, les sacs mortuaires renferment ceux qui ont étre identifiés
A Tacloban, les sacs mortuaires renferment ceux qui ont étre identifiés © REUTERS/Edgar Su

Six jours après le passage du typhon Haiyan, la colère monte face à la paralysie des autorités locales, la lenteur de la distribution de l'aide aux rescapés et le nombre de cadavres toujours pas ramassés.

Alors que l'aide internationale s'accélère, de nombreuses scènes de pillages ont été signalées à travers la province de Leyte, la plus touchée, en dépit du déploiement de soldats pour maintenir l'ordre.

Les rescapés ont faim. Les vivres et l'eau manquent toujours . A Tacloban, ville de 220.000 habitants avant la catastrophe, seuls 20% des habitants de reçoivent de l'aide tandis que les maisons des particuliers sont pillées car les entrepôts sont vides.

Des propriétaires de stations-service épargnées par la catastrophe, refusent de rouvrir, limitant l'approvisionnement en essence des camions chargés d'acheminer les vivres et de convoyer les équipes médicales. Le faible nombre de camions n'offre guère de choix. La seule solution, c'est d'utiliser le même camion pour distribuer de la nourriture ou ramasser les morts.

Il y a toujours des cadavres dans les rues et dans les maisons

Environ 300 corps ont été enterrés jeudi dans une fosse commune. Une autre va être creusée pour contenir un millier de cadavres. Près de 200 sacs mortuaires étaient alignés jeudi matin à l'extérieur de la mairie de Tacloban, capitale de l'île de Leyte particulièrement meurtrie par le typhon.

Il faut choisir entre distribuer à manger ou ramasser les cadavres, on en peut pas faire les deux

Le reportage de Philipppe Reltien

"Il y a toujours des cadavres sur la route", déplore Alfred Romualdez, maire de Tacloban. "C'est effrayant. Un quartier demande qu'on vienne ramasser les corps, les habitants disent qu'il y en a cinq ou dix. Quand on arrive, il y en a quarante." "Il y a encore tellement de cadavres dans tellement d'endroits. Ca fait peur", avoue le maire, alors que flotte dans l'air l'odeur persistante de décomposition des corps qui jonchent encore les rues de sa ville, faisant peser des risques sanitaires.

Anne Lamotte a rencontre Melissa et ses trois filles. Leur maison a tenu le coup mais est inhabitable. Le corps du Mari de Mélissa se décompose à l'intérieur

Des dizaines de victimes devraient être enterrées jeudi dans deux fosses communes à l'extérieur de Tacloban, l'une pour les corps identifiés, l'autre pour les inconnus, dont les empreintes ont été prises pour tenter de les identifier a posteriori. Mais mercredi, une tentative d'enterrement collectif avait été reportée, le convoi ayant dû faire demi-tour en raison de coups de feu dans une région qui a vu se multiplier pillages et autres actes de violences.

On est six jours après la fin du monde, il y a des cadavres partout et rien à manger

Les enfants marchent dans les rues avec des panneaux "We need help". Le reportage de Philippe Randé

Selon les Nations unies, le cyclone a fait plus de 544.600 sinistrés et près de 12% de la population du pays a été directement affectée par le désastre

L'île de Samar, un monceau de détritus

Des photos aériennes montrent des zones côtières entières réduites à l'état de débris empilés.

MSF décrit une situation très préoccupante dans plusieurs localités comme Guiuan, 45.000 habitants. "Les gens n'ont plus de toit, les besoins sont immenses et beaucoup de villages environnants n'ont pas encore été pris en charge par les organisations humanitaires".

Ile de Samar Philippines
Ile de Samar Philippines © CC Wikipedia

Philippe Randé a reussi à se rendre sur place. Il est actuellement à Guiuan. La situation qu'il décrit est apocalyptique. Des voitures dans les arbres, des feux pour tenter de masquer l'odeur des morts. Des réfugiés aux yeux agards.

L'aide toujours trop lente à parvenir

La chef des opérations humanitaires de l'ONU a reconnu jeudi que l'aide aux innombrables survivants était trop lente, déplorant qu'ils aient été "abandonnés" dans une situation désespérée.

Parti en urgence du port de Hong Kong où il était en visite, le porte-avions américain "George Washington" est arrivé jeudi au large de l'île de Samar, avec 5.000 marins et plus de 80 appareils pour commencer à évaluer les dommages et fournir un soutien logistique et d'urgence", dont du matériel médical et de l'eau. Il est escorté par quatre autres navires de guerre américains. 21 hélicoptères vont transporter l'aide, alors que certaines zones ravagées sont toujours difficiles d'accès.

Le Japon prépare de son côté l'envoi d'un millier de soldats, accompagnés de navires, d'hélicoptères et d'avions de transport dans ce qui s'annonce comme la plus importante mission militaire japonaise à l'étranger depuis une opération menée en Indonésie après le tsunami dans l'océan Indien en 2004.

Alors que l'ONU a réclamé 301 millions de dollars pour faire face à l'urgence, le président américain Barack Obama a de son côté mercredi lancé un appel à la générosité de ses concitoyens. "Avec tant de familles et de collectivités nécessitant une aide d'urgence de nourriture, d'eau, d'abris et de médicaments, même les plus petites contributions peuvent faire la différence et aider à sauver des vies", a-t-il plaidé.

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