Tchernobyl : Pripiat ville fantôme
Tchernobyl : Pripiat ville fantôme © Radio France / Anne-Laure Barral

L’Ukraine commémore les 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl demain. Même si le tourisme s'est un peu développé depuis dix ans dans la zone autour de la centrale accidentée, les habitants ne pourront jamais rentrer chez eux. En particulier ceux de la ville de Pripiat vidée il y a 30 ans. Anne-Laure Barral a visité cette ville fantôme.

Sur la place centrale de Pripiat, le palais de la culture est toujours flanqué de la faucille et du marteau soviétiques mais les arbres ont envahi les rues, leurs branches ont défoncé les vitres des immeubles de cette ville construite en 1970.

Pripiat est comme figée dans le temps. Cette ville si moderne! A l’époque on l’appelait la ville des enfants. Il y avait des manèges, un supermarché, des spectacles. Cette place était un lieu de promenade idéal pour les familles avec de jeunes enfants, explique Anton, qui guide les visiteurs dans ce qu’il appelle aujourd'hui le "Pompeï de l’URSS".

Tchernobyl : Pripiat le Pompeï soviétique
Tchernobyl : Pripiat le Pompeï soviétique © Radio France / Anne-Laure Barral

Les 50 000 habitants de Pripiat ne pourront jamais rentrer chez eux, cette ville étant à seulement quatre kilomètres de la centrale. 30 ans après, la contamination est toujours très forte .

Le niveau général est encore trop haut et il y a même des endroits très dangereux notamment là où les hélicoptères de secours ont atterri il y a 30 ans. On est très loin des normes selon Anton.

Effectivement, en quittant Pripiat, les dosimètres s’affolent en mesurant une radioactivité 20 fois supérieure à celle qui existe en moyenne par exemple en France.

Tchernobyl : Pripiat, ville fantôme
Tchernobyl : Pripiat, ville fantôme © Radio France / Anne-Laure Barral

La ville reste condamnée à devenir un musée où se croisent aujourd’hui touristes, curieux et animaux sauvages.

►►►ALLER PLUS LOIN |Un studio de développement polonais veut reproduire le plus fidèlement possible toute la zone contaminée autour de Tchernobyl , abandonnée depuis 1986 (ce qu'on appelle la zone d'exclusion) et permettre à chacun de la visiter depuis son canapé, avec un casque de réalité virtuelle.

Trois générations face à Tchernobyl

Une famille de Tchernobyl
Une famille de Tchernobyl © Radio France / Anne-Laure Barral

La famille Ivakin se retrouve comme toutes les semaines dans une restaurant chic de Kiev. Grands parents, enfants, petits enfants : chacun a SON souvenir de Tchernobyl . Anne-laure Barral les a rencontrés à Kiev.

  • Anna, élégante femme de 58 ans, psychologue. En1986 elle travaillait dans le laboratoire cinématographique de son père, mais la catastrophe va complètement bouleverser sa vie. Après des semaines d’angoisse et des rumeurs sur la catastrophe, Anna parvient à partir avec sa fille d’abord à Moscou chez une tante , puis en Crimée, puis à Baku en Azerbaïdjan. La Crimée restera le havre où Anna se réfugie chaque été avec sa fille loin des poussières et des aliments contaminés de Kiev.

Cette période m’a vraiment montré sur qui je pouvais compter dans mes amis et ma famille. Ceux qui nous ont aidées et ceux qui nous ont rejetées parce qu’ils avaient peur d’être contaminés, explique Anna, qui a fui Tchernobyl avec sa fille.

Après la catastrophe, les autorités n’ont rien dit avant des semaines. Elles ont même organisé les défilés du 1er mai alors qu’à 130km de là, la centrale crachait ses particules radioactives.

  • Sa fille, irina, 35 ans aujourd'hui, garde un tout autre souvenir de cette période. Même le dosimètre et ses bip bip bip la faisaient rire.

Pour moi ce sont des moments très positifs… ce sont les souvenirs d’une enfance d’aventure (...) Bien sur je sentais l’inquiétude de ma mère, de ma grand-mère. Mais pour moi c’était super ces déménagements, explique Irina.

  • Son mari Dimitri se souvient, lui, de scènes de violence qui l’ont choqué enfant.

Quand les tchernobyliens comme ont les appelait sont arrivés, les gens ont ralé. On ne voulait même pas s’asseoir à coté d’eux dans le bus, explique Dimitri, huit ans lors de la catastrophe.

Un musée Tchernobyl

Dans les écoles ukrainiennes, les enseignants entretiennent le souvenir. Anne-Laure barral a visité le musée de Tchernobyl à Kiev avec une classe d'élèves de sixième de la ville.

Les scolaires visitent le musée Tchernobyl
Les scolaires visitent le musée Tchernobyl © Radio France / Anne-Laure Barral

En montant les marches du musée de la catastrophe de Tchernobyl, les élèves de ce collège de Kiev lisent le nom d'une dizaine de villages rayés de la carte à cause de la contamination radioactive.

Alexandra leur guide, leur explique devant une maquette un peu vieillotte ce qui s'est passé cette nuit du 26 avril à 1h23 sur le réacteur 4 de Tchernobyl. Elle leur explique comment l'incendie pendant dix jours a provoqué un nuage radioactif qui s'est étiré sur l'Europe . Une animation vidéo leur montre comment pendant un an il a contaminé l'ensemble de la planète à des taux différents selon les endroits.

Moi ça me fait peur surtout pour les gens qui sont rentrés chez eux près des villes contaminées. Ils peuvent tomber malades, affirme Jenia, 11 ans.

  • Les liquidateurs, ces héros

Dans un décor très sombre et inquiétant, les élèves découvrent aussi des photos en noir et blanc des héros de la cette catastrophe : les liquidateurs . Ils sont allés à peine équipés d'une blouse ou d'un tablier de plomb, pour jeter du sable sur l'incendie.

Peu d'élèves de la classe ont déjà évoqué le sujet de Tchernobyl en famille. Leurs parents, trentenaires pour la plupart, en ont peu de souvenirs. Seule Maria en a déjà parlé avec son grand père.

J’ai envie de poser plus de questions à mon grand-père, lui demander ce qu’il a fait là bas. Je sais qu’il est très malade à cause de Tchernobyl, explique Maria, 11 ans.

  • Le mensonge de Moscou

Il faut absolument que les enfants sachent ce qui s’est passé. Je me souviens très bien que l’on nous a prévenus très tard. J’ai su, plus de deux semaines après l’explosion, ce qui s’était passé et il a fallu que je mette mes enfants à l’abri. Bien sûr que la guerre maintenant est notre préoccupation primordiale aujourd’hui mais il ne faut pas oublier que le danger est toujours là, estime la professeur principale du groupe de collégiens.

C’est avant tout le souvenir du mensonge de Moscou qui est évoqué. Les autorités n’ont pas dit aux habitants qu'une explosion s'était produite. A l'époque les autorités soviétiques cachent l'information puis la minimisent quand la Suède décèle-deux jours après-une forte radioactivité en provenance de l'Est.

Mikael Gorbatchev n'ira à la télé annoncer l'ampleur de la catastrophe que le 14 mai .

Mais aujourd'hui encore, les informations sont parcellaires en Ukraine. Par exemple, la guide du musée fait l'impasse sur le choix de l'Allemagne de sortir du nucléaire lorsqu'elle présente les pays qui utilisent cette énergie.

J’essaye de dire aux enfants qu’il ne faut pas avoir une peur aveugle du nucléaire. C’est profitable à beaucoup de pays pour faire leur électricité », explique Alexandra, guide au musée de la catastrophe de Tchernobyl.

L'Ukraine compte encore quatre centrales nucléaires en fonctionnement qui produit presque la moitié de l'électricité du pays. Une question d'indépendance énergétique aussi pour le pays face au géant russe avec qui il est en conflit ouvert.

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