Amssatou, 15 ans, a été l'otage de Boko Haram pendant 70 jours. Il y a deux ans, la secte islamiste a attaqué sa ville et l'ont retenue avec 25 autres filles de son âge.

Amssatou a été otage de Boko Haram pendant deux mois
Amssatou a été otage de Boko Haram pendant deux mois © Radio France / Thibault Lefevre

Amssatou est l'une des 150 000 mineures réfugiées dans la région de Diffa au Niger. Il y a deux ans, elle a été séquestrée au Nord-est du Nigeria, à Baga, lors de l'attaque la plus meurtrière de Boko Haram. Pendant plus de deux mois, l'adolescente a été enfermée dans une école avec 25 autres jeunes filles, avant d’être libérées par l’armée nigériane.

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Que s’est—il passé le jour où Boko Haram est arrivé ?

"Les membres de Boko Haram ont attaqué notre village. Ils ont détruit les maisons, les boutiques. Mon père, mon oncle, et quatre autres hommes de ma famille ont été tués. Ils ont gardé les femmes pour nous marier de force. Avec d’autres filles de mon âge, ils nous ont enfermées dans une salle de classe."

Quel était le quotidien pendant vos deux mois de détention ?

"On nous donnait très peu de nourriture, très peu d’eau. Les hommes nous empêchaient de parler, ils nous frappaient, nous avons beaucoup souffert. Nous étions obligées de rester dans l'école. Le peu de fois où j'ai pu sortir, j'ai vu des cadavres qui jonchaient les rues. Le matin, on faisait du ménage, on préparait à manger pour les combattants. Ils nous disaient qu’ils nous apprendraient à lire et parler l’arabe, pour pouvoir lire le Coran."

Certaines filles ont été victimes de violences ?

"Oui, souvent des coups. Mais aussi des violences sexuelles. Moi aussi, ils ont essayé de m’agresser, mais j’ai récité des versets du Coran et ils ont arrêté. Une dizaine ont été mariées de force et emmenées ailleurs. Je devais moi aussi être marié à un homme, un militaire avec un turban, un treillis et une kalachnikov ; mais les militaires sont intervenus quelques jours avant la cérémonie."

Comment avez-vous été libérée ?

"Un matin, l’armée est arrivée dans le village. Nous avons entendu des tirs, alors nous nous sommes enfuies. Les militaires nous ont récupérées. Nous étions 16. Nous avons été séparées. Ils m’ont emmenée dans ce camp, avec ma grand-mère. J’ai su que Boko Haram était revenu quelques jours plus tard pour brûler le village."

Un quartier de déplacés installé aux abords de la ville de Diffa.
Un quartier de déplacés installé aux abords de la ville de Diffa. © Vincent Tremeau / UNICEF France

Les gens ici connaissent votre histoire ?

"Non. Personne ne sait que j’ai été prisonnière de Boko Haram. Le secret est difficile à garder ; mais si quelqu’un l’apprend, je ne pourrai jamais me marier. Mon futur mari me soupçonnerait d'avoir été violée, d'être tombée enceinte. Aucun homme ne voudra de moi."

Vous y repensez souvent ?

"Oui. Même aujourd’hui j’ai encore peur. Je fais des cauchemars. Je vois des hommes de Boko Haram venir ici, dans le camp, pour m’égorger."

Comment voyez-vous votre vie quand vous serez plus grande ?

"J’aimerais d’abord aller à l’école. Apprendre à lire, à écrire. Me marier. J’aimerais travailler pour l’État du Nigeria."

Une élève étudie au sein d'une des classes temporaires de l'école N’Guel Madou-Maï à Diffa
Une élève étudie au sein d'une des classes temporaires de l'école N’Guel Madou-Maï à Diffa © Vincent Tremeau / UNICEF France
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