Monument des moines de Tibehirie
Monument des moines de Tibehirie © MaxPPP

Les experts français qui ont opéré la semaine dernière à Tibehirine étaient très optimistes. Dix-huit ans après le drame, les têtes des sept moines assassinés étaient dans un bon état de conservation. Les experts pensaient parvenir à déterminer si les frères du monastère de Notre-Dame de l'Atlas avaient été égorgés ou décapités après leur mort. Mais le refus des autorités algériennes de les laisser repartir avec les prélèvements effectués vient compromettre le résultat de leur mission. Leur dernier espoir de récupérer les scellés s'est envolé avec le juge algérien, venu procéder à des auditions à Paris mardi et qui est reparti sans avoir accédé à la demande du juge Trévidic.

Dès leur arrivée à Alger, ce magistrat avait informé ses homologues français qu'ils ne pourraient pas repartir avec les scellés, contrairement à ce qui avait longuement négocié depuis trois ans. Pendant les exhumations qui se sont déroulées les 14, 15 et 16 octobre, seuls les experts algériens devaient procéder aux opérations. En fait, ils passeront vite la main à leurs collègues français, plus habitués à ce travail très technique. Les experts français ont pu ramener des photos et des radios, mais l'absence des prélèvements les empêchera de parvenir à ces conclusions très affirmatives. Ce blocage est d'autant plus dommageable que les juges français doutent de la capacité des Algériens à réaliser eux-même les analyses nécessaires (ADN notamment), et même de leur capacité à conserver les prélèvements dans de bonnes conditions.

Le fait de déterminer comment sont morts les moines ne permettra pas en soi de trancher entre la version officielle, un assassinat par le groupe islamique armé, et d'autres hypothèses autour d'une bavure ou d'une manipulation de l'armée algérienne. Mais cet élément permettrait aux juges Marc Trévidic et Nathalie Poux d'accréditer ou d'écarter certains témoignages. D'après nos informations, les toutes premières conclusions des experts français mettraient en doute la date officielle de la mort, le 21 mai 1996, date de la publication d'un communiqué du GIA qui annonçait l’exécution des moines, un mois après leur enlèvement.

La colère des proches des victimes

Les proches des sept moines, parties civiles, et leur avocat Patrick Baudouin ont tenu ce jeudi matin à Paris une conférence de presse pour exprimer leur colère. Ils dénoncent une "confiscation des preuves " par l'Algérie. Pour Maître Baudouin, si ce blocage persiste, il faudra y voir "une sorte d'aveu, de reconnaissance d'une implication des services algériens ".

L'enquête envisage en effet la piste d'une bavure de l'armée algérienne ou d'une manipulation des services militaires algériens pour discréditer le Groupe Islamique Armé (GIA) ou se débarrasser des moines.

Cet épisode est un nouvel obstacle, le dernier d'une longue liste: en 1996, les autorités algériennes avaient commencé par cacher le fait que les corps avaient disparu, et que seules les têtes des moines avaient été retrouvées au bord d'une route.

Les précisions de Sara Ghibaudo :

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