Les proches de Tiphaine Véron, disparue fin juillet au Japon, reviennent d'un séjour à Nikko, la ville où cette Poitevine de 36 ans a été vue pour la dernière fois. La police nippone a clos les recherches, au grand désespoir de sa famille. Sa sœur Sibylle témoigne pour France Inter.

Les proches de Tiphaine Véron, disparue depuis cinq mois, ne parviennent toujours pas à avoir la géolocalisation de son téléphone.
Les proches de Tiphaine Véron, disparue depuis cinq mois, ne parviennent toujours pas à avoir la géolocalisation de son téléphone. © Sybille Véron

De retour d'un nouveau séjour au Japon, Sibylle Véron et son frère Damien sont rentrés dans leur région natale dans le Poitou, après une semaine passée entre Tokyo et Nikko, la ville où leur sœur aînée a disparu il y a cinq mois. La police n'a mené des recherches actives sur le terrain que deux jours en cinq mois, à la mi-août puis fin octobre.

Malgré l'énergie de la famille, l'aide des autorités policières françaises, la marge de manœuvre est faible pour obtenir plus d'engagement de la police japonaise. Sybille Véron revient de son deuxième séjour au Japon (avec son frère Damien qui en est à son troisième voyage).

Artère principale de Nikko, dernière ville où Tiphaine Véron a été vue le 29 juillet 2018.
Artère principale de Nikko, dernière ville où Tiphaine Véron a été vue le 29 juillet 2018. / Sibylle Véron

Comment vivez-vous cette période de l'année très particulière ?

"Ce n’est pas évident du tout. On est en décalage avec tout le monde. C’est censé être une période festive, un temps dédié à la famille. Sauf que nous, on ne vit pas ce moment comme un moment heureux. Mais au moins, nous sommes ensemble pour penser à Tiphaine et réfléchir à ce que l'on peut faire. Mais le contexte est pesant, on ne fête pas, on ne fait que passer à travers ses festivités."

Vous n'avez toujours pas le moindre début de piste ?

"Cinq mois après, on ne connait toujours pas les circonstances de sa disparation. Il manque des éléments de base, comme la géolocalisation de son téléphone. On sait simplement qu’elle a disparu le 29 juillet en début de matinée. On ne sait rien d’autre. Cette absence d’informations, c’est très dur à supporter."

Que vous a dit la police japonaise ?

"Nous avons été reçus pendant près de quatre heures, ils ont tenté de répondre à nos questions. Ils ont beau essayer de nous expliquer pourquoi il n’y a pas de recherches dans la rivière [NDLR : la rivière Daiya, qui traverse la ville et au bord de laquelle Tiphaine aurait pu se promener]. Ils disent qu’il y a 100 km de rivière à sonder. Nous souhaiterions qu'au minimum ils ciblent des endroits où il y a de la rétention, des endroits plus stratégiques. Ils essaient de nous expliquer pourquoi il n’y a pas plus de recherches sur le terrain, et surtout pourquoi ils bloquent sur la géolocalisation de son téléphone."

Comment se fait-il que la géolocalisation de son mobile ne donne rien ?

"Ce qui est certain, c’est que le fait que ce soit un téléphone étranger, ça complique tout. Mais ce n’est pas une raison pour ne rien obtenir. Un mobile, même en veille, laisse une trace sur le réseau. Mais surtout, nous ne comprenons pas pourquoi il n’y a pas de mandat délivré auprès de l‘opérateur japonais [NDLR : pour obtenir toutes les informations livrées par son téléphone et connaître ainsi le dernier endroit où il a "borné"].  Pour obtenir des données sur un téléphone, c’est comme en France, il faut faire une demande très précise. Est-ce que ces requêtes très détaillées ont été faites auprès de cet opérateur ? On ne le sait même pas. Nous souhaiterions que des experts en téléphonie de la police japonaise soient sollicités pour avancer sur ce plan-là, car il est capital pour l'enquête."

Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

"On essaie d’obtenir un mandat pour obtenir la géolocalisation, par le biais de notre avocat japonais. La cellule de crise du Quai d’Orsay et la conseillère Asie de l’Élysée nous ont proposé un rendez-vous. Nous allons les rencontrer pour voir ce qui est possible de faire."

La France peut-elle permettre l’envoi de policiers français au Japon ?

"Nous avons une marge de manœuvre étroite, c'est déstabilisant. On avance petit à petit. On envisage de repartir vers le mois de mars,  d'organiser de grandes battues avec ceux qui nous soutiennent là-bas. Un comité de soutien se met en place au sein de la communauté française au Japon. On va essayer de collecter des fonds auprès d'entreprises privées, pour pouvoir compléter les recherches sur le terrain. Voilà ce qu'on fait pendant nos vacances de Noël : on réfléchit à cela."

Que pourraient faire des policiers français sur place ?

"Si ça doit se faire, ce n’est pas avant plusieurs semaines, ou plusieurs mois certainement. Ce n’est pas du tout certain que cela puisse se faire. Mais nous aimerions que cela arrive, pour avoir un regard neuf, qu’ils puissent voir eux ce qui a été fait sur place. De notre côté, en tant que partie civile, nous pourrions avoir accès au dossier. C’est important pour nous de savoir ce qui se passe au Japon."

Propos recueillis par Yann Gallic

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