L'Angola vote ce mercredi pour les premières élections qui marquent la fin du règne du président dos Santos au pouvoir depuis 38 ans. Peut-on parler de dictature ?

Légende : Les dictateurs aiment généralement faire ériger statues ou monuments, ici au Turkménistan
Légende : Les dictateurs aiment généralement faire ériger statues ou monuments, ici au Turkménistan © AFP / Photononstop / Calles Montes

Difficile de définir avec exactitude la liste des dictateurs au pouvoir, car il faudrait s’entendre d’abord sur ce qu’est exactement une dictature.

Ces dictateurs qui imposent leur dynastie

Tous les dictateurs ne sont pas arrivés au pouvoir grâce à un coup d’État. Ils ont cependant un point commun largement partagé : la majorité d'entre eux s’y maintient en organisant des élections à rythme régulier qu’ils remportent, à chaque fois, avec une avance écrasante sur leurs opposants. Et quand la constitution du pays ne permet pas qu’on se représente aux élections, ces chefs d'État n'hésitent pas à modifier un peu les textes fondateurs pour les arranger à leur sauce.

Rester au pouvoir est donc généralement la priorité des dictateurs dont certains ont même réussi à imposer une dynastie, comme les Kim, en Corée du Nord ou les Castro à Cuba.

En 2008, Dos Santos avait déjà revu entièrement la constitution et s’était donné tous les pouvoirs.

Parfois c’est un dauphin qui est appelé à prendre la suite de l’homme fort. C’est le casen Angola où le président José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 38 ans, n'est pas candidat à sa propre succession pour cause de santé chancelante à seulement 74 ans. Il conservera tout de même la présidence du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) et compte bien faire assoir dans le fauteuil de chef de l'État son candidat : l'ex-ministre de la Défense Joao Lourenço.

Avant de quitter la présidence, Dos Santos a fait adopter des lois qui le protègent de la plupart des poursuites judiciaires. Afin de verrouiller le contrôle du pays, d’autres lois bloquent, pour les années à venir, tout changement à la tête de la hiérarchie militaire et policière. On n’est jamais trop prévoyant. En 2008, Dos Santos avait déjà revu entièrement la constitution et s’était donné tous les pouvoirs.

Côté finances, José Eduardo dos Santos laisse à son successeur un pays exsangue, l’un des plus pauvres de la planète, malgré la manne pétrolière qui a rempli ses caisses pendant quinze ans. Le père prévoyant a cependant pensé au bien-être financier de sa famille puisque le fonds souverain du pays est dirigé par l'un des fils dos Santos, José Filomena, et la compagnie pétrolière nationale Sonangol est aux mains de sa fille Isabel, présentée comme la femme la plus riche d'Afrique.

Car souvent les dictateurs sont doués en matière d’enrichissement familial.

"Personne ne peut assurer comme moi l'avenir du parti"

Au Zimbabwe, Robert Mugabe, 93 ans connait actuellement quelques ennuis avec son épouse Grace, accusée d'agression
Au Zimbabwe, Robert Mugabe, 93 ans connait actuellement quelques ennuis avec son épouse Grace, accusée d'agression © AFP / Jekesai NJIKIZANA

Au Zimbabwe, Robert Mugabe, 93 ans, est le plus vieux chef d'État en exercice dans le monde et le seul à être au pouvoir depuis l'indépendance de son pays, en avril 1980, d'abord comme Premier ministre puis comme président (plus de 37 ans). Quand on aime, on ne compte pas. Malgré son âge et une santé qui semble lui poser des problèmes, Robert Mugabe compte bien se représenter pour un nouveau mandat en 2018. Interrogé il y a quelques semaines sur la nomination d’un possible successeur, il a affirmé : "Il n'y a personne qui peut assurer comme moi l'avenir du parti."
Mugabe connaît quelques désagréments ces derniers jours après que sa femme Grace a été accusée d'avoir agressé un mannequin à Johannesburg, qui a déposé plainte pour coup et blessures. Grace Mugabe a dû faire valoir son immunité diplomatique auprès de l'Afrique du Sud pour échapper à des poursuites. Depuis, elle n'a pas été vue en public et a du renoncer à paraître aux côtés de son mari au sommet régional à Pretoria.

En Guinée-Equatoriale, le président Teodoro Obiang Nguema est à la tête du pays depuis le coup d'État du 3 août 1979. Depuis que José Eduardo dos Santos a jeté l’éponge, il a hérité du titre de plus ancien dirigeant en poste sur le continent africain (38 ans). Réélu en 2016 pour un cinquième mandat de sept ans, il peut se vanter de scores frisant les 100 %. Lui c’est avec son fils qu'il a quelques soucis. Teodorin, ancien ministre de l'Agriculture et des Forêts promu vice-président par son père, est au centre du premier procès des "biens mal acquis" en France.
Le parquet national financier a requis contre lui une peine de trois ans de prison, 30 millions d'euros d'amende et surtout la confiscation des biens saisis pendant l'enquête qui dépassent les 100 millions d'euros, pour blanchiment d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d'abus de confiance et de corruption. Le tribunal correctionnel de Paris rendra son jugement le 27 octobre.

Béchir, premier chef d'État en exercice sous le coup d'un mandat d'arrêt international

Au Soudan, Omar el-Béchir dirige le pays depuis 28 ans, après un coup d'État en 1989. Il prend la tête du Conseil du commandement révolutionnaire pour le salut national nouvellement crée et assume les postes de chef de l’État, Premier ministre, chef des forces armées et de ministre de la Défense. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé en 2009 puis en 2010 un mandat d'arrêt international contre Omar el-Béchir pour crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide dans le cadre de la guerre civile au Darfour.
Béchir devient le premier chef d'État en exercice à faire face à un mandat d'arrêt international, lequel ne semble pas beaucoup le gêner dans ses déplacements puisque la Ligue arabe et l'Union africaine ont indiqué qu'elles ne donneront pas suite au mandat. Pas plus que la Chine, devenue l’un des principaux partenaires du Soudan.

La politique menée par le paranoïaque président Érythréen, conduits ses concitoyens à quitter en masse le pays
La politique menée par le paranoïaque président Érythréen, conduits ses concitoyens à quitter en masse le pays © AFP / Ashraf SHAZLY

En Érythrée, Issayas Afewerki est à la tête de l'État depuis 1993 (24 ans au pouvoir). Vu au départ comme l’un des héros de la libération de l’Érythrée au terme d'une sanglante guerre d'indépendance contre l'Éthiopie, celui qui a été le secrétaire général du Front populaire de libération de l’Érythrée (FPLE) est nommé en mai 1993 Président de l'État d'Érythrée.
Entre 1998 et 2000, l'Ethiopie et l’Érythrée se livrent une guerre qui tue près de 100 000 jeunes des deux pays. Issayas Afewerki développe une paranoïa aiguë qui fait plonger le pays dans la peur de la torture à partir de 2001 et entraîne les très nombreuses disparitions de journalistes et d'opposants. Les lycéens sont enrôlés de force dans l'armée dès qu'ils sont en âge de porter une arme. Beaucoup d’Érythréens fuient le pays par tous les moyens.

En Syrie, Bachar al-Assad a succédé à son père Hafez en 2000. Au départ Bachar avait un faible intérêt pour la politique ; le président Hafez el-Assad avait d'ailleurs préparé son fils aîné Bassel à lui succéder. Mais quand ce dernier meurt, tous les regards se tournent vers Bachar, qui révélera à la hauteur de la barbarie de son père en réprimant dans le sang le "printemps syrien".
Il a été accusé d'avoir utilisé des armes chimiques à plusieurs reprises sur les opposants à son régime. Il est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'Humanité par l'ONU. Dans un nouveau rapport publié le 7 février 2017, Amnesty International déclare qu'environ 5 000 à 13 000 opposants au régime syrien ont été pendus dans la prison de Saidnaya entre septembre 2011 et décembre 2015.

L’Ex-URSS, vivier de dictateurs

En Tchétchénie, Ramzan Kadyrov a été nommé président depuis février 2007 par Vladimir Poutine, qui reste lui-même président de la Fédération de Russie. Depuis, la liberté de la presse est bafouée et les disparitions et les emprisonnements politiques sont légion. Selon l’association Human Rights Watch, dans cette région, "les enlèvements sont encore une pratique courante pour se débarrasser de ceux qui critiquent le pouvoir".
Sous l'impulsion de Kadyrov, Grozny s'est islamisée à marche forcée. Des dizaines de mosquées ont été construites et les femmes sont chaudement invitées à se voiler. Fin mars, une enquête du journal indépendant Novaïa Gazeta révèle que les homosexuels sont devenus la cible des autorités qui en ont arrêté plus de 100 et incité leurs familles à les tuer pour "laver leur honneur". D’autres sont détenus dans des prisons "non officielles".

Dictateur le plus riche de la planète

Au Kazakhstan, Nazarbaïev a voulu des billets de banque à son effigie. Ils se sont arrachés et se vendent cinq fois leur prix...
Au Kazakhstan, Nazarbaïev a voulu des billets de banque à son effigie. Ils se sont arrachés et se vendent cinq fois leur prix... /

Au Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaiev, premier secrétaire du Parti communiste kazakh, arrive à la présidence du pays en 1990. Depuis il a été réélu quatre fois et sans difficulté puisqu’aucun parti politique, à part le sien, n’a le droit d'expression et ses opposants se suicident de deux balles… En 2011, il été réélu avec 97,7 % des suffrages. Nazarbaiev s’est offert en 2016 des billets de banque à son effigie.
Il faut dire que le président aime l'argent. En 2014, l’Observatoire géopolitique des criminalités (OGC) et l’association Sherpa l’ont désigné "dictateur le plus riche de la planète", celui qui a le mieux réussi à piller les ressources de son pays (pétrole, fer, chrome, uranium, potassium) à son profit. Sa fille Dinara Kulibaeva et son gendre Timur Kulibaev contrôlent la Halyk Bank, l’un des plus grands établissements financiers du Kazakhstan et pèsent à eux deux près de 2,6 milliards de dollars. La fortune colossale accumulée par Nazarbaiev depuis plus de vingt ans lui permet de s'acheter à prix d'or la présence de stars à certains événements. En 2013, c'est le rappeur Kanye West qui vient chanter pour le mariage du petit-fils du président. Une prestation payée trois millions de dollars.

En Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev a été élu sans surprise avec 88,6 % des voix en décembre dernier. Le président par intérim a pris la suite d’Islam Karimov, mort d’une hémorragie cérébrale à 78 ans, après avoir dirigé le pays d'une main de fer pendant 27 ans et avoir remporté toutes les élections avec des pourcentages allant de 86 à 100 % dans un pays où la répression est forte et où l’ONU dénonce tortures et atteintes aux libertés de la presse, de religion et politiques.
Chavkat Mirzioïev a été Premier ministre d’Islam Karimov de 2003 à 2016. Depuis sa nomination, il a donné de timides signes d'assouplissement du régime : il a gracié un célèbre prisonnier politique et affirmé vouloir réformer l'économie ouzbèke, entièrement placée sous contrôle de l'État.

Au Turkménistan, Gurbanguly Berdymukhamedov, 59 ans, est arrivé au pouvoir en 2006 après le décès de son fantasque prédécesseur, Saparmourat Niazov, qui avait fait ériger une statue dorée à son effigie, qui tournait sur elle-même pour suivre le mouvement du Soleil. Après une période d’intérim, celui qui était dentiste, puis ministre de la Santé, est élu avec plus de 89 % des voix en 2007 et réélu en 2012 avec 97 % des suffrages. Il avait promis au pays plus de sobriété mais Berdymukhamedov qui se fait surnommer "Arkadag" (patron protecteur), n’a pas résisté et a lui aussi voulu sa statue, érigée en 2015 et le représentant au sommet d'un rocher, montant son cheval favori Akkan et tenant une colombe dans la main droite.
Tout en dirigeant le Turkménistan d'une main de fer, Gourbangouli Berdymoukhamedov a revendiqué plusieurs records insolites pour son pays. En 2015, le pays a battu le record, jusque-là détenu par le géant américain Google, du plus grand nombre de personnes chantant en canon, avec un chœur de 4 166 personnes interprétant "En avant, toujours en avant mon pays natal, le Turkménistan !", une chanson patriotique écrite par le président lui même. La capitale turkmène figure elle-même au Livre Guinness des records en tant que ville contenant la plus grande concentration au monde de bâtiments en marbre blanc et affirme ce mardi avoir battu un record du monde en érigeant la "plus grande sculpture d'une tête de cheval" avant l'ouverture d'une compétition sportive.

Cérémonie d'inauguration à Ashgabat, au Turkménistan, du monument en honneur au président Berdymukhamedov : une statue dorée de 6 m de haut du leader à cheval, perché sur une falaise blanche
Cérémonie d'inauguration à Ashgabat, au Turkménistan, du monument en honneur au président Berdymukhamedov : une statue dorée de 6 m de haut du leader à cheval, perché sur une falaise blanche © Reuters / Marat Gurt

Opposition muselée

Au Tadjikistan, Emomali Rahmon, est au pouvoir depuis 1992 et souhaite le rester jusqu’à sa mort, ce que personne ne semble en mesure de contester. En 2016, le parti de la Renaissance islamique du Tadjikistan, seul parti islamique légal dans le pays, considéré comme modéré, a été interdit sur fond d'accusations de liens avec le groupe État islamique, et plusieurs de ses leaders ont été condamnés à la prison à vie. Les organisations de défense des droits de l'Homme critiquent également Emomali Rakhmon pour sa dérive autoritaire et le culte de la personnalité qu'il a progressivement mis en place.

En Azerbaïdjan, Ilham Aliev a pris la suite à la mort de son père Heydar en 2003. L’ex-responsable du KGB russe avait dirigé le pays depuis 1993. Il y a une semaine l'Azerbaïdjan a gelé les comptes bancaires de l'unique agence de presse indépendante du pays, Turan, l'un des rares médias en Azerbaïdjan à critiquer le pouvoir du président Aliev. Les ONG internationales dénoncent la répression menée par le pouvoir contre les défenseurs des droits de l'Homme et les détracteurs du président Ilham Aliev. Reporters sans frontières (RSF) a placé l'Azerbaïdjan à la 162e place sur 180 pays dans son classement 2017 de la liberté de la presse. Les revenus du pétrole et du gaz ont profité au pays, mais surtout ont permis accroître la fortune déjà colossale de la famille Aliev.

Au Bélarus, Alexandre Loukachenko est au pouvoir depuis plus de 19 ans et facilement réélu lors de chaque élection d’autant que l’opposition n’a pas le droit à la parole. L’ex-république soviétique est le seul pays européen qui applique encore la peine de mort. La presse est muselée et les opposants emprisonnés. Anti-homosexuels et antisémite, il loue une certaine liberté d’expression et apprécie des déclarations comme "tout ce qui est lié à Hitler n'est pas mauvais".

Le parangon du dictateur c’est lui

A Pyongyang, les statues de Kim Il Sung et de Kim Jong Il
A Pyongyang, les statues de Kim Il Sung et de Kim Jong Il © Reuters / Damir Sagolj

En Corée du Nord, bien que décédé en 1994, Kim Il-Sung demeure le président éternel de la République populaire et démocratique de Corée (RPDC) et Kim Jong-il, mort en 2011, est le secrétaire général éternel du Parti des travailleurs. Kim Jong-un a été proclamé Commandant suprême à la mort de son père. Il continue à gouverner le pays comme papa, avec un culte de la personnalité poussé à l'extrême et une furieuse envie de se confronter militairement aux États-Unis qu’il défie régulièrement en les menaçant du feu nucléaire. Ça a été le cas en 2013, à la suite d'exercices militaires communs entre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, c’est encore le cas cet été.
Quand il ne joue pas à la guerre, Kim Jong-un, qui est à la tête du pays le plus fermé du monde, fait exécuter son oncle, numéro deux du régime, ou un général au canon anti-aérien.

Dictateurs en devenir

Beaucoup s’y sont essayé, tous n’ont pas réussi à passer du régime autoritaire à la dictature. L’avenir nous dira si Abdel Fattah al-Sissi, Nicolas Maduro et Recep Tayyip Erdogan, dans l’ordre dirigeants égyptien, vénézuélien et turc, se heurteront au peuple ou le soumettront.

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