Celui qui fut le bras droit de Barack Obama est accusé d'agression sexuelle par une ancienne collaboratrice, au début des années 1990. Sommé de s'expliquer, Joe Biden a fini par sortir de son silence ce vendredi.

Le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden, le 12 mars dernier
Le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden, le 12 mars dernier © AFP / Saul Loeb

"Non, cela n'est pas vrai". Joe Biden a catégoriquement démenti ce vendredi matin les accusations d'agression sexuelle portées contre lui par une ancienne collaboratrice et qui viennent troubler le début de campagne du candidat démocrate à la présidentielle américaine. Explications.  

Qui est Tara Reade et de quoi accuse-t-elle Joe Biden ?

Entre décembre 1992 et août 1993, Tara Reade, alors âgée de 29 ans, est l’une des collaboratrices de Joe Biden, sénateur du Delaware. Elle s’occupe notamment de la supervision des stagiaires et du courrier. C’est à cette période qu’elle situe l’agression qu’elle dit avoir subie de la part de l’actuel candidat démocrate à la Maison-Blanche. 

Dans un podcast mis en ligne le 25 mars dernier, Tara Reade affirme qu’un jour où, se retrouvant seule avec Joe Biden dans un couloir du Congrès, à Washington, celui-ci l’aurait soudainement, "sans véritable échange de mots", "mise contre le mur", "embrassée", tout en passant sa main sous sa jupe et la "pénétrant avec ses doigts". "Quand il s’est reculé, il a eu l’air ennuyé, et m’a dit ‘Tout va bien, c'est ok', avant de tourner les talons", déclare Tara Reade. 

Pourquoi ces accusations, 27 ans après ?

Début 2019, Tara Reade avait déjà, aux côtés de 7 autres femmes, formulé des accusations à l'encontre de l'ancien vice-président de Barack Obama. Mais elle avait alors seulement décrit des gestes déplacés - sur les épaules, la nuque -, déclarant avoir eu le sentiment d'être traitée comme comme un objet. La quinquagénaire explique ne pas avoir osé en dire davantage par peur d'être la cible d'une campagne de dénigrement de la part du camp de Joe Biden. 

S'était-elle déjà confiée auparavant ? Une amie de Tara Reade a confirmé à la presse que celle-ci lui aurait raconté l'agression sexuelle commise par Joe Biden. Une autre amie ainsi que son frère, ont également déclaré que Tara Reade avait évoqué auprès d'eux, des années après, "un événement traumatisant d'ordre sexuel impliquant M. Biden. Depuis, d'autres témoignages allant dans le même sens ont été recueillis par les médias américains.

En revanche, si Tara Reade affirme avoir informé à l'époque des faits plusieurs membres de l'équipe du sénateur, aucun dit n'avoir le souvenir d'un tel incident. Bien que les faits soient prescrits, elle a présenté le 9 avril dernier un rapport à la police de Washington dans lequel elle déclare avoir été victime d'une agression sexuelle en 1993, mais sans citer le nom du candidat démocrate. 

Comment a réagi le camp de Joe Biden ?

L'entourage du prétendant à la Maison-Blanche a publié fin mars un communiqué dans lequel il dénonce de "fausses allégations" et met l'accent sur l'engagement de Joe Biden en faveur des femmes. "Il a consacré sa vie publique à changer la culture et les lois relatives à la violence contre les femmes. [... ] Il croit fermement que les femmes ont le droit d'être entendues, et entendues respectueusement", peut-on lire.

En revanche, jusqu'à ce jour, le principal intéressé ne s'était jamais exprimé sur la question, soigneusement évitée lors des interviews. Une brèche dans laquelle le camp républicain n'a pas manqué de s'engouffrer. Retweetant un message de Joe Biden dans lequel celui-ci appelle à désigner les femmes ayant permis de briser le silence face aux violences sexuelles, le chef de campagne de Donald Trump a ainsi répondu "Je nomme Tara Reade". Le tweet est épinglé tout en de son profil, sur le réseau social.

Donald Trump, lui-même accusé par plusieurs femmes de harcèlement et d'agressions, n'a pas non plus boudé son plaisir. "Je pense qu'il doit répondre", a dit le président républicain lors d'un point de presse jeudi. "Il pourrait s'agir de fausses accusations. J'en sais quelque chose".

Sommé de toutes part de sortir de ce silence assourdissant, Joe Biden a donc choisi pour le faire la chaîne MSNBC, ce vendredi matin. "Cela n'est jamais arrivé", a martelé le démocrate. 

Au cours de cet entretien, Joe Biden a souligné qu'il n'existait pas de "trace écrite" de la plainte que Tara Reade dit avoir déposé à l'époque des faits auprès des responsables du personnel au Sénat. Il a également affirmé qu'il n'avait jamais signé d'accord de confidentialité qui aurait permis à son ex-collaboratrice de toucher de l'argent en échange de son silence. 

Quel impact sur la campagne ? 

De jour en jour, ces accusations ont pris une place croissante dans la campagne américaine, que Joe Biden est contraint de mener à distance depuis sa maison du Delaware, en raison de l'épidémie. Elles pourraient compliquer la tâche du candidat démocrate, qui doit désormais choisir son colistier. Ce vendredi encore, Joe Biden s'est engagé à ce que ce soit une femme, qui en cas de victoire deviendrait la première vice-présidente des États-Unis. 

Il lui faudra donc trouver une femme qui accepte de figurer sur le "ticket" démocrate malgré ces allégations. Or "beaucoup se sont opposées à la confirmation (du juge conservateur) Brett Kavanaugh à la Cour suprême, en 2018, en raison des accusations d’agression sexuelle portées contre lui par Christine Blasey Ford et d’autres”, rappelle le site Politico. La sénatrice Tammy Duckworth, citée comme potentielle colistière, a par exemple déclaré que quiconque affirmant avoir été victime méritait d'être "écouté". 

Plusieurs autres noms circulent : celui de Kamala Harris, sénatrice californienne, celui de Stacey Abrams, ancienne candidate au poste de gouverneur de Géorgie, ou encore celui de la sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar. 

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