Sara Hegazy s’était exilée au Canada après avoir été détenue pendant trois mois en Egypte. Durant son incarcération, elle aurait été torturée et souffrait de stress post-traumatique.

La militante Sara Hegazy s'est donné la mort au Canada où elle était exilée.
La militante Sara Hegazy s'est donné la mort au Canada où elle était exilée.

Arrêtée en 2017 après avoir brandi un drapeau arc-en-ciel lors d’un concert au Caire, Sara Hegazy, icone, en Egypte, de la lutte pour les droits LGBT s’est donné la mort, depuis son exil au Canada, traumatisée par son incarcération. Pour lui rendre hommage, cette photo se diffuse sur les réseaux sociaux : un visage barré d’un immense sourire, un drapeau arc-en-ciel qui flotte autour, et un hashtag #RaiseYourFlag, levez votre drapeau. 

Une photo, à l'origine de tout : ce soir là, au Caire, le groupe Mashrou’Leila est sur scène. A travers le monde arabe, ce groupe libanais est le porte-voix des aspirations d’une jeunesse libérale en lutte contre le poids des conservatismes. Son chanteur Hamed Sinno est ainsi une des rares voix arabes à revendiquer son homosexualité. Dans la foule, des drapeaux arc-en-ciel sont brandis. Sara Hegazy est photographiée par un ami. La photo de la jeune femme est publiée sur les réseaux sociaux. Elle devient virale. Et la curée commence. Shows télés, éditoriaux furieux, Sara Hegazy est insultée, menacée de mort. 

L’homosexualité n'est pas explicitement interdite en Egypte, mais c'est sous l'accusation de débauche que régulièrement le régime égyptien s'en prend aux homosexuels, comme lors de la célèbre affaire du Queen Boat, en 2001.

Boucs émissaires de la société

On les accuse de chercher à détruire le pays en pervertissant ses valeurs en important des mœurs de l'Occident. Des proies faciles lancées à la vindicte populaire, des gages donnés aux conservateurs, qui permettent ainsi régulièrement à l'état de fédérer la population autour de boucs émissaires, et détourner l'attention des voix trop critiques. 

Arrêtée par la police comme plus d’une dizaine d’autres jeunes militants, Sara Hegazi avait été détenue trois mois. "Le régime égyptien a emprisonné et torturé Sara Hegazy pour cette photo", a écrit dimanche la militante féministe Mona Eltahawy en postant une photo de la militante LGBT avec son drapeau arc-en ciel au concert de Mashrou Leila.

La directrice Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch, Sarah Leah Whitson, qui avait rencontré récemment Sara Hegazy, exilée au Canada, a parlé sur Twitter d'une jeune femme "clairement en souffrance, traumatisée par sa torture". "Au cas où quelqu'un aurait un doute, le gouvernement d'Egypte l'a tuée".

En 2017, les autorités égyptiennes avaient interdit aux médias "de montrer des homosexuels ou de promouvoir leurs slogans". En mettant fin à ses jours, Sara Hegazy a laissé un message à ses amis : "Le voyage a été cruel et je suis trop faible pour résister. Pardonnez-moi."

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