Le 11 janvier, après 3 heures d'avion en provenance de Paris, il faut patienter à l'aéroport de Tripoli. Près de deux heures sont nécessaires pour approcher un douanier au visage peu affable qui, d'un geste ferme, pose le tampon libyen sur le passeport. Un chauffeur de taxi me conduit à l'hôtel. P. est malien et parle sans crainte. Sa famille l'attend à Bamako. Il rejoindra sa femme, un jour, malheureux qu'il est de gagner sa vie dans "ce pays raciste, surtout contre les noirs". De fait, des ouvriers noirs uniquement réparent les routes, d'autres sont engagés sur les chantiers archéologiques, beaucoup sont parqués dans des bidonvilles aux pieds des hôtels luxueux de la capitale. A la question faussement naïve et prudente, surtout: "Est-ce juste ou excessif de parler de dictature libyenne à 100%?", P. répond sans hésiter: "C'est faux. C'est une dictature... A 200%!"

Un garde à l'entrée d'un grand hôtel. Il a accepté la photo mais ses supérieurs l'ont rappelé à l'ordre.
Un garde à l'entrée d'un grand hôtel. Il a accepté la photo mais ses supérieurs l'ont rappelé à l'ordre. © © RF/VJ

Un garde à l'entrée d'un grand hôtel. Il a accepté la photo mais ses supérieurs l'ont rappelé à l'ordre.
Un garde à l'entrée d'un grand hôtel. Il a accepté la photo mais ses supérieurs l'ont rappelé à l'ordre. © © RF/VJ

Devant les grands panneaux à la gloire de Kadhafi (photos anciennes ou fresques peintes, parfois), P. affirme qu'il est impossible de prononcer ce nom ici, en Libye, sous peine d'être accusé de fomenter un complot contre lui. Il faut l'appeler comme il le demande, le guide, et surtout parler de lui le moins possible. A tel point que chaque libyen a développé une telle paranoïa que même à l'intérieur de la famille, le nom du dictateur n'est pas évoqué. En roulant, P. me montre d'anciens sites militaires transformés en chantiers. Le discours officiel est le suivant: la Libye veut s'ouvrir économiquement aux hommes d'affaire et à terme, aux touristes. Des hôtels vont être construits. D'ailleurs, de grands groupes industriels français prospèrent déja dans le coin. A Tripoli, un diplomate confirme: "Vous pouvez prendre des photos mais, surtout, ne parlez pas de politique!" En deux ou trois jours seulement, il est frappant de constater les écarts de richesse, la misère de certains quartiers du centre de Tripoli où vivent des familles regroupées dans des bâtiments insalubres et humides, sans évacuation des eaux usées, au coeur de quartiers où la drogue circule souvent. Frappant, aussi, le beau sourire des Libyens qui vous accueillent facilement dans leurs échoppes en acceptant les photos avec un grand sourire. Rien ne laisse alors apparaître un espoir démocratique ou une volonté populaire de soulèvement. Pourtant, le vendredi soir, jour du retour à Paris, le tunisien Ben Ali s'enfuit. On connaît la suite, la réplique égyptienne, le courage des Libyens toujours en lutte, mais il est encore impossible, hélas, en cette fin du mois de février, de prédire leur futur.

Enseignante de français à l'Université. A demandé à être prise en photo avec ses étudiantes.
Enseignante de français à l'Université. A demandé à être prise en photo avec ses étudiantes. © © RF/VJ

Enseignante de français à l'Université. A demandé à être prise en photo avec ses étudiantes.
Enseignante de français à l'Université. A demandé à être prise en photo avec ses étudiantes. © © RF/VJ

Les vendeurs de la médina acceptent les images facilement et les garçons se regroupent comme des enfants.
Les vendeurs de la médina acceptent les images facilement et les garçons se regroupent comme des enfants. © © RF/VJ

Les vendeurs de la médina acceptent les images facilement et les garçons se regroupent comme des enfants.
Les vendeurs de la médina acceptent les images facilement et les garçons se regroupent comme des enfants. © © RF/VJ

Les enfants travaillent tôt avec leurs parents commerçants, dans la medina
Les enfants travaillent tôt avec leurs parents commerçants, dans la medina © © RF/VJ

Les enfants travaillent tôt avec leurs parents commerçants, dans la medina
Les enfants travaillent tôt avec leurs parents commerçants, dans la medina © © RF/VJ

Un bidonville, à quelques mètres d'un hôtel 5 étoiles
Un bidonville, à quelques mètres d'un hôtel 5 étoiles © © RF/VJ

Un bidonville, à quelques mètres d'un hôtel 5 étoiles
Un bidonville, à quelques mètres d'un hôtel 5 étoiles © © RF/VJ

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