Les dictatures en sont friandes. Durant la guerre froide on s'est beaucoup servi du poison. Mais vous ne connaissez peut-être pas les produits très dangereux utilisés

Viktor Iouchtchenko avant et après son empoisonnement à la dioxine
Viktor Iouchtchenko avant et après son empoisonnement à la dioxine © capture d'écran INA

Kim Jong-Nam a bien été assassiné. Le 13 février, le demi-frère du dirigeant de la Corée du Nord a été victime de l’attaque de deux femmes, à l'aéroport de Kuala Lumpur, qui lui ont projeté quelque chose au visage. Et selon les analyses de la police malaisienne, le produit en question est du VX, classé comme arme de destruction massive par les Nations unies. Le VX s'attaque au système nerveux et musculaire et peut provoquer la mort en quelques minutes. Kim Jong-Nam, qui critiquait régulièrement le régime nord-coréen, est décédé durant son transport à l’hôpital. L’une de ses assaillantes, arrêtées après l'attaque, est tombée elle-même malade durant sa détention, contaminée par le même poison.

Pour tuer un opposant, Kim Jong-Un n’a pas hésité à faire utiliser un poison d’une dangerosité extrême : une version plus mortelle du gaz sarin, indolore, inodore et hautement toxique. Des experts sud-coréens estiment que Pyongyang détient, en plus de cet agent neurotoxique très puissant, jusqu'à 5.000 tonnes d'armes chimiques.

Autre poison, autre assassinat. Il s’agit cette fois de ricine et d’une arme totalement inattendue : le parapluie. Nous sommes en 1978 à Londres, en pleine "Guerre froide". Les services secrets bulgares, la Durjavna Sigurnost, cherchent alors comment tuer l'écrivain et dissident bulgare Georgi Markov, réfugié à l’Ouest, qui anime des émissions de radio notamment pour le BBC World service et Radio Free Europe. Alors qu’il attend l’autobus, l’opposant se fait piquer à la jambe par la pointe d’un parapluie que tient un passant. Le soir même Georgi Markov est pris de fortes fièvres. Il mourra quatre jours après. Lors de l'autopsie on découvrira que le parapluie a projeté une minuscule capsule contenant un poison violent : la ricine.
Quelques jours avant, une tentative d'assassinat du journaliste bulgare réfugié en France Vladimir Kostov, grâce au même système, avait échoué de peu.

L’utilisation d’un produit incroyablement dangereux comme le VX pour commettre un assassinat n’est pas une première. En 2006 c’est du polonium, une substance radioactive extrêmement toxique, qui a été utilisée pour se débarrasser d’un opposant : Alexander Litvinenko, un ex-agent du FSB (successeur du KGB). Litvinenko est alors réfugié au Royaume-Unis d’où il dénonce sans relâche les pratiques mafieuses du régime russe. En novembre 2006, quelques jours avant de témoigner devant un procureur espagnol sur les liens entre pouvoir et mafia russe en Espagne, il boit un thé avec deux ex-agents, dans un bar d’un hôtel chic de Londres. Il meurt 23 jours après. Entre temps les analyses révéleront que ses amis russes ont glissé dans son thé du polonium 210, un isotope radioactif dont la Russie est le seul pays producteur et dont elle pense à l'époque qu’il est indétectable. Mais Alexander Litvinenko connait les méthodes de ses anciens amis et aidera Scotland Yard à découvrir le poison qui est en train de le tuer.

Viktor Iouchtchenko gardera pour toujours un visage grêlé et déformé, mais au moins il est toujours en vie. En septembre 2004, l'Ukrainien, héros de la Révolution orange, est le candidat de l'opposition à l’élection présidentielle ukrainienne face au candidat favori de Moscou. Le 5 septembre Viktor Ianoukovitch dîne avec le chef du SBU, le service de sécurité ukrainien, et son adjoint. Il tombe malade dès le lendemain. Il faudra un mois aux médecins pour poser le diagnostic d’empoisonnement et deux mois de plus pour que le poison soit identifié par des médecins autrichiens : il s’agit de la dioxine. Les analyses montrent que l'organisme de Iouchtchenko présente des concentrations de dioxine 1 000 fois supérieures à la norme.
Malgré l'état de son visage et sa maladie, Viktor Iouchtchenko est élu à la tête de l'Ukraine en janvier 2005.

Outre le poison, ce qu’ont également en commun ces quatre affaires, c’est l’impossibilité pour la justice de clore les dossiers. Si l’on sait pratiquement dans chaque histoire qui est le commanditaire et même qui a été le ou les bras, il a jusqu’ici été impossible de juger les responsables de ces affaires d’Etat.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.