La France a émis à la mi-octobre des mandats d'arrêt internationaux contre trois hauts responsables des services de renseignement du régime syrien de Bachar al Assad, notamment pour complicité de crimes contre l'humanité. Mais qui sont Ali Mamlouk, Jamil Hassan et Abdel Salam Mahmoud ?

Le directeur du bureau de la sécurité nationale syrien Ali Mamluk, visé par un mandat d’arrêt international émis par la France
Le directeur du bureau de la sécurité nationale syrien Ali Mamluk, visé par un mandat d’arrêt international émis par la France © AFP / HO AL-WATAN NEWSPAPER

Impliqués dans la disparition de deux Franco-Syriens

Ils sont tous les trois des rouages essentiels dans le système sécuritaire syrien et ont participé à l'organisation de la répression des manifestations et de la chasse aux opposants.

Deux juges d'instruction français ont lancé des mandats d'arrêt internationaux pour "complicité d'actes de tortures, complicité de disparitions forcées, complicité de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre et de délits de guerre" contre ces trois hauts responsables du régime syrien, soupçonnés d'être impliqués dans des exactions ayant notamment visé un père et son fils, Mazen et Patrick Dabbagh, deux citoyens franco-syriens, disparus en 2013 et déclarés morts cet été. 

Qui sont ces trois hommes clés mis en cause ?

Le plus célèbre des trois est sans conteste Ali Mamlouk. Officiellement, il occupe le poste de directeur du bureau de la sécurité nationale. Dans les faits, il est le bras droit de Bachar Al-Assad pour tout ce qui concerne les questions sensibles. C'est dans son bureau qu'il reçoit les délégations de membres des services de renseignement occidentaux qui continuent à maintenir un fil discret de communication avec Damas. C'est encore lui que le président syrien envoie dans la plus grande discrétion en Europe pour renouer des liens sécuritaire sur la question des djihadistes étrangers présents sur le territoire syrien. Sa dernière mission connue remonte à janvier dernier quand Ali Mamlouk s'est rendu à Rome pour y rencontrer son homologue italien, malgré des sanctions européennes qui, en théorie, l'empêche de voyager en Europe depuis 2011.

La seconde personnalité visée par le mandat d'arrêt émis par la France s'appelle Jamil Hassan. Il est le chef des renseignements de l'armée de l'air, l'un des plus puissants services du pays. Un héritage d'Hafez Al-Assad, le père de Bachar, qui était pilote de chasse. Jamil Hassan est en charge de centres de détention où la torture des prisonniers est organisée à grande échelle.

Enfin, le dernier homme, Abdel Salam Mahmoud, appartient à la branche investigation des renseignements de l'armée de l'air à Bab Touma dans le vieux Damas. C'est le moins connu des trois. Ce qui n'empêche pas qu'il soit dans le collimateur de la justice française. 

Une première pour la France

De nombreuses enquêtes visant le régime syrien sont menées en Europe, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas au Royaume-Uni et en France.  

En France, il s'agit du deuxième conflit le plus important, en nombre de dossiers traités, derrière le Rwanda, pour le pôle crimes contre l'humanité, crimes et délits de guerre. Néanmoins, comme le rappelle Maître Clémence Bectarte, avocate de la FIDH, "C'est la première fois que la justice française émet des mandats d'arrêt internationaux contre des hauts dignitaires syriens. C'est un signal très important, et un symbole très fort aussi, de ce niveau de responsabilité qui est aujourd'hui mis en lumière au plus haut niveau de l'appareil répressif syrien"

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