Pour Marie-Cécile Naves, spécialiste des États-Unis à l'IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques), la poignée de mains très médiatisée entre Donald Trump et Kim Jong-Un est avant tout une belle opération de communication du président américain à destination de sa propre population.

Donald Trump et Kim Jong-Un dans la fameuse "zone démilitarisée" le 30 juin 2019
Donald Trump et Kim Jong-Un dans la fameuse "zone démilitarisée" le 30 juin 2019 © AFP / Brendan Smialowski

"Un grand jour pour le monde" : la formule est de Donald Trump lui-même, aux côtés de Kim Jong-Un pour la deuxième fois de son mandat. La première fois, c'était il y a un peu plus d'un an, à Singapour. Cette fois, tout est parti d'un simple tweet, pour aboutir à une nouvelle photo forte à ajouter à son album de président. Donald Trump y demandait presque naïvement à son homologue nord-coréen de venir le rencontrer sur la zone démilitarisée, la DMZ, infranchissable frontière entre les deux Corées, pour "lui serrer la main et le saluer".

Au final, la réponse a dépassé ses espérances : Donald Trump a carrément fait quelques pas en Corée du Nord, ce qu'aucun président américain n'avait pu ou voulu faire avant lui. Historique ? Certainement. Essentiellement symbolique ? Sans doute.

Pour Marie-Cécile Naves, spécialiste des États-Unis à l'IRIS, Donald Trump a surtout réalisé un coup de maître médiatique... pour les caméras de son propre pays. "Comme toujours, même quand il est à l'étranger, il s'adresse à son électorat, surtout à quelques mois des élections", explique la chercheuse. "Et ce, alors qu'aux États-Unis l'attention médiatique porte sur les débats entre les 20 prétendants démocrates. a lui permet de remettre l'attention médiatique sur lui."

Relancer des négociations jusqu'ici décevantes

De plus, Donald Trump voulait aussi redorer l'image de sa relation complexe avec Kim Jong-Un : car depuis la première rencontre, elle aussi historique, avec le dirigeant nord-coréen, les relations entre les deux pays n'ont pas vraiment changé. "Il s'est exprimé ces derniers jours pour dire qu'il avait été frustré de la manière dont les médias américains avaient insisté sur l'échec des négociations entre les États-Unis et la Corée du Nord il y a quelques mois."

On sait aussi que Donald Trump peut être très versatile politiquement, et peut tout à fait adopter une attitude très différente dans les jours, voire les heures, après cette rencontre. "Son conseiller à la sécurité intérieure, John Bolton, parlait de violation des résolutions du Conseil de Sécurité en mai dernier, après des essais de missiles nord-coréens", rappelle Marie-Cécile Naves. "C'est peut-être aussi pour ça que Trump a insisté sur son souhait de reprendre les négociations et qu'il en a reparlé à Kim dans les dernières heures."

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