Seul le Congrès américain peut décider ou pas de décaler une élection. Donald Trump, en mauvaise position dans les sondages, craint en fait la simplification du vote par correspondance en période de crise sanitaire, qui pourrait jouer en sa défaveur.

Seul le Congrès américain peut décider du report ou non d'une élection.
Seul le Congrès américain peut décider du report ou non d'une élection. © AFP / Jim Watson

Décaler la présidentielle américaine de novembre ? C'est en tout cas le souhait du président américain Donald Trump, qui a évoqué jeudi, pour la première fois, l'hypothèse d'un report de l'élection, mettant en avant des risques de fraude liés selon lui à l'épidémie de Covid-19. "2020 sera l'élection la plus inexacte et la plus frauduleuse de l'histoire", a-t-il tweeté, évoquant le recours élargi au vote par correspondance pour le scrutin du 3 novembre. "Ce sera une véritable honte pour les États-Unis. Reporter l'élection jusqu'à ce que les gens puissent voter normalement, en toute sécurité???" :

Mais le président américain ne peut pas décider du report d'une élection, car seul le Congrès a ce pouvoir. "Les élections ont toujours eu lieu tous les 4 ans, depuis la 1ère, celle de George Washington en 1789", éclaire Nicole Bacharan, historienne et politologue : "En 1845, le Congrès a fixé la date dans la loi : les élections ont lieu "le 1er mardi qui suit le 1er lundi de novembre'. Et qui dit loi fédérale, dit une loi votée en terme identique dans les deux chambres du Congrès. Ce n’est pas du tout du pouvoir du président". Un report de l'élection est-il donc probable ? "Donald Trump n’a pas la majorité à la Chambre des représentants, donc je ne vois pas comment ce serait politiquement possible", explique la spécialiste des États-Unis.

Plusieurs États américains veulent rendre le vote par courrier plus accessible afin de limiter autant que possible la propagation du Covid-19. Nombreux d'entre-eux autorisent ce système de vote depuis des années et n'ont pas signalé de problèmes majeurs, à part des incidents isolés. Donald Trump martèle pourtant, sans preuves, que le vote par correspondance pourrait engendrer une fraude massive. Ses propos sur ce thème ont poussé fin mai Twitter à signaler pour la première fois l'un de ses tweets comme étant trompeur. 

"Ce qu'il craint, c'est que trop des gens votent, que le vote soit trop facile"

Car, indique Nicole Bacharan, la peur de Donald Trump est en fait que trop de gens votent, que le vote soit "trop facile", ce qui lui serait défavorable : "Il dit que si tout le monde peut voter, le parti républicain ne gagnera plus jamais les élections au niveau fédéral. Il espère que dans sa base électorale les gens seront très motivés et iront voter, et que dans l'autre camp, du côté des minorités, des noirs, des latinos, des jeunes, qu'il y aura moins de participation."

Fin avril, son adversaire démocrate Joe Biden avait prédit que le milliardaire ferait son possible pour reporter l'élection : "Souvenez vous de ce que je vous dis, je pense qu'il va essayer de faire reporter les élections d'une manière ou d'une autre, trouver des raisons pour lesquelles elles ne peuvent pas avoir lieu", avait-il lancé. Quelques jours plus tard, Donald Trump, interrogé lors d'un point de presse à la Maison Blanche, avait catégoriquement écarté cette hypothèse. "Je n'ai jamais envisagé de changer la date (...) Pourquoi est-ce que je ferais cela ?", avait-il répondu, évoquant la "propagande" du camp démocrate. 

Accepter le résultat des élections ? "Je verrai"

S'engage-t-il à accepter le résultat des élections ? Interrogé dimanche sur Fox News sur ce thème, il est resté évasif. "Je verrai", a-t-il simplement répondu. "Ses attaques constantes sur le vote par correspondance, ces annonces sur le fait que cette élection sera la plus 'illégitime' qu'on ait jamais eu, cette idée de peut-être retarder la date... Tout ça, ce sont des manières de dire qu'il n'acceptera pas de perdre", synthétise Nicole Bacharan. 

Depuis plusieurs semaines (et alors que les sondages en sa défaveur s'accumulent) Donald Trump fait pourtant face au spectre de la défaite. "Je ne suis pas en train de perdre, les sondages sont bidons", a-t-il notamment lâché. Mais derrière les formules-choc, Donald Trump, conscient que l'échéance de novembre se présente mal, cherche les ajustements. Il a changé de directeur de campagne et a effectué, en début de semaine dernière, un virage - tardif - sur le Covid-19, reconnaissant, après des semaines de déni, que la situation allait "empirer avant de s'améliorer".

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