Plus de 7 ans après le début des révolutions arabes, justement nées en Tunisie, ces trois pays du Maghreb sont en proie aux difficultés économiques et aux incertitudes politiques.

En Tunisie, 200 personnes ont été arrêtées après une nuit de heurts.
En Tunisie, 200 personnes ont été arrêtées après une nuit de heurts. © AFP / FETHI BELAID

Au Maroc, la révolte du Rif a conduit des centaines de personnes en prison, en Algérie, la récente manifestation des médecins a été réprimée dans le sang, en Tunisie la nuit de mardi, 200 manifestants ont été arrêtées après que les habitants se soient mobilisés contre les mesures d'austérité....

Et dans chacun de ces trois pays, le pouvoir politique en place, le président Bouteflika en Algérie, le roi Mohammed 6 au Maroc,  et le premier ministre Youssef Chahed répriment ces contestations par les armes ou la prison. 

Pierre Puchod, journaliste, auteur du livre, "Tunisie, la révolution confisquée"aux éditions Sindbad répond aux question de France Inter au sujet des mouvements dans ces trois pays du Maghreb. 

France inter : Assiste-t-on à une gronde qui s'étend à tout le Maghreb ? 

Pierre Puchot : Les trois pays, les trois gouvernances ont failli concernant l'élaboration d'une politique économique qui satisfasse les populations. C'est tout particulièrement criant pour la Tunisie puisque l'on attend plus d'un pays qui a fait sa révolution il y a 7 ans. Les gouvernements ont été incapables de faire un plan de relance économique.

Au Maroc et en Algérie, les gouvernements sont plus "stables", installés depuis plusieurs décennies. Le Maroc a installé une communication assez importante depuis longtemps et un programme qui a prétendu résoudre les problèmes économiques des Marocains avec toutjours cette idée que le roi prend en charge le développement économique du pays.  On voit bien avec la révolte de la Région du Rif depuis un an, que ce n'est pas le cas. 

En Algérie, on s'est appuyé sur la rente pétrolière, pour distribuer de l'argent à des jeunes qui souhaiteraient monter leurs propres entreprises, jusqu'à 100.000 euros par entreprise, sans garantie, ce qui a abouti à une grande gabegie. 

FI : C'est la situation économique de la Tunisie qui provoque les révoltes actuelles  ?

P.P. :  Les Tunisiens sont dans la rue depuis 7 ans. Chaque année au mois de janvier, ils manifestent. Dès 2012, on leur avait confisqué la révolution. Le pouvoir n'a pas proposé autre chose que ce que faisait le régime de Ben Ali avant la révolution. C'est encore plus vrai aujourd'hui, du fait des choix économiques aberrants fait par le gouvernement actuel avec notamment la hausse de la TVA. 

Cette politique d'austérité est dictée par un manque d'imagination des dirigeants et par le FMI qui a demandé à la Tunisie de faire des économies en échange de nouvelles tranches de crédit qu'il a accordé au pays récemment.  

FI : Dans ces trois pays, la population a de moins en moins peur de ces dirigeants ?

P.P. :  La population a moins peur qu'il y a 20 ou 30 ans mais ce n'est pas la peur qui fait tomber un régime. En Tunisie, une partie de la population sait désormais que ce qui est proposé par le régime en place n'est pas acceptable. La violence des manifestations s'explique sans doute par ce mécontentement et ce constat amère que depuis 7 ans, la population n'a pas été entendue. 

En Algérie, l'intensité de la colère est moindre. Ce sont d'ailleurs les classes moyennes et aisées qui protestent actuellement contre le régime comme l'ont fait les médecins récemment. La violence de la répression dit beaucoup de chose sur l'ambiance qui règne en ce moment dans le pays, une ambiance de fin de règne à Alger. 

Le Maroc vit en ce moment un conflit très centré sur la région du Rif, un foyer que le pouvoir tente de contenir dans un espace restreint pour tenter d'éviter un embrassement.  

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