Quand il a convoqué ce scrutin anticipé (normalement les élections devaient avoir lieu en novembre 2019), le président Erdogan pensait pouvoir être réélu facilement... Mais le leader turc fait moins recette à cause de sa dérive autoritaire. Et certains de ses électeurs se détournent de lui.

Recep Tayyip Erdogan lors d'un meeting à Istanbul le 23 juin 2018
Recep Tayyip Erdogan lors d'un meeting à Istanbul le 23 juin 2018 © AFP / Murat Kula / ANADOLU AGENCY

À la veille des élections présidentielle et législatives en Turquie, le président sortant et ses concurrents multiplient les meetings. Objectif : tenter de se démarquer dans un scrutin qui s’annonce très serré. Recep Tayyip Erdogan a lui-même tenu pas moins de sept meetings vendredi, et son principal concurrent Muharrem Ince tenait son dernier grand meeting ce samedi à Istanbul. 

L'enjeu est bien plus élevé que ne l'attendait le président sortant, qui pensait être réélu sans difficulté lors de ce scrutin anticipé. Mais le duel est finalement serré, d'autant que d'anciens électeurs ont fini par se détourner de lui. C'est le cas, par exemple, de Hasan, qui tient un salon de coiffure dans le quartier d’Uskudar, l’une des places fortes de l’AKP à Istanbul. Avec ses clients, il a deux sujets de conversations favoris : le football (Coupe du monde oblige) et la politique…

Difficile de désavouer publiquement le président

Hasan est l’électeur type d’Erdogan : c’est un petit patron, et il est ouvertement croyant. Mais cette fois-ci, il ne votera pas pour l’AKP :

Erdogan et l’AKP ont vraiment fait de bonnes choses pour l’économie turque. Ils ont construit des hôpitaux, des autoroutes, des ponts, des aéroports… Ils ont modernisé le pays, c’est vrai. Mais maintenant, j’aimerais qu’il y ait un changement à la tête du pays. 16 ans d’Erdogan… ça suffit.

Ce qu'il lui reproche surtout, c'est sa dérive autoritaire depuis le coup d’État manqué de juillet 2016. "Nous avons de gros problèmes avec notre système judiciaire", assure le commerçant. "Beaucoup de gens ont été envoyés en prison injustement, tout le monde le sait en Turquie. Moi ça me gêne beaucoup. C’est pour ça que pour la première fois depuis 16 ans, je ne voterai pas pour Erdogan."

Hasan est l’un des rares électeurs déçus par l’AKP à le dire publiquement. En Turquie, il n’est pas facile de désavouer le président, alors que son image s’affiche partout. À Istanbul, les camions de son équipe de campagne sillonnent les rues, en diffusant leur slogan entêtant.

Les Turcs votent ce dimanche, et un second tour est prévu le 8 juillet.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.