De grandes manoeuvres diplomatiques se sont déroulées mercredi à Paris pour tenter de trouver une solution à la crise en Ukraine mais la situation sur le terrain ne marquait aucune évolution, Kiev et Moscou campant sur leurs positions.

Hillary Clinton
Hillary Clinton © REUTERS/Gaston De Cardenas / REUTERS/Gaston De Cardenas

Hillary Clinton qui a atteint tout à l'heure le point "godwin", celui qui consiste à un moment d'une discussion d'évoquer immanquablement la seconde guerre mondiale. L'ancienne chef de la diplomatie américaine a comparé l'intervention russe en Ukraine aux invasions nazies dans les années 30 de rappeller qu'à cette époque Hitler affirmait que les allemands ethniques qui se trouvaient en Tchécoslovaquie , en Roumanie et ailleurs se disaient maltraités et qu'il fallait aller les aider.

L'actuel secrétaire d'Etat américain, lui, est à Paris. Il a passé la journée à l'Elysée pour une réunion prévue de longue date sur le Liban à laquelle était conviée également son homologue russe Sergueï Lavrov, l'homme en deuxième ligne derrière Vladimir Poutine. Il a bien sûr été surtout question de l'Ukraine. C'est la première fois que Lavrov discutait avec ses homologues occidentaux puisqu'il y avait là également Laurent Fabius, le britannique William Hague et l'allemand Franck-Walter Steinmeier.

La correspondance d'Olivier Poujade devant l'Elysée

11 milliards d'euros de l'UE pour l'Ukraine ?

la russie renforce son emprise sur la crimée
la russie renforce son emprise sur la crimée © reuters

Pour venir en aide à une Ukraine économiquement exsangue, l'Union européenne s'est dite prête à fournir à Kiev une aide financière de 11 milliards d'euros dans les deux prochaines années, par le biais de dons et de prêts. Cette assistance, qui se fera en concertation avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) et la Banque européenne d'investissement (BEI), est subordonnée en partie à la conclusion d'un accord entre Kiev et le Fonds monétaire international (FMI).

A Donetsk, fief de l'ancien président Viktor Ianoukovitch dans l'est de l'Ukraine, des militants pro-russes ont repris en fin de journée le siège du gouvernement régional dont ils avaient été chassés dans la matinée.

Pour le gouvernement allemand, malgré les paroles qui se voulaient apaisantes du président russe Vladimir Poutine mardi, la situation en Ukraine reste "alarmante" et rien ne justifie pour le moment de lever la menace de sanctions à l'encontre de la Russie ou d'un boycott du prochain sommet du G8 à Sotchi. Berlin et les autres pays occidentaux estiment "inacceptable" la prise de contrôle de la Crimée par les forces pro-russes le week-end dernier. La Russie affirme sans convaincre n'avoir aucun moyen de pression sur ce qu'elle présente comme des "forces d'autodéfense" et soutient que ses militaires en Crimée, eux, ne font qu'assurer la sécurité de leurs bases.

Vers un dialogue direct entre Kiev et Moscou ?

Dans un communiqué publié à Paris, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Ukraine jugent essentiel l'ouverture d'un dialogue direct entre Kiev et Moscou pour résoudre la crise. Les trois pays ont demandé le déploiement d'observateurs internationaux en Ukraine, particulièrement dans l'Est et en Crimée, deux régions russophones.

Européens et Américains souhaitent mettre en place un "groupe de contact" composé d'Etats et d'organisations afin d'ouvrir un canal de communication entre Moscou et le nouveau gouvernement ukrainien, dont la Russie ne reconnaît pas la légitimité.

Venus dans la capitale française pour une réunion sur l'aide au Liban, plusieurs ministres des Affaires étrangères ont pu s'entretenir de la crise ukrainienne à la veille d'un Conseil européen jeudi à Bruxelles.

En Crimée, où près de 60% de la population est de souche russe et où se trouve la grande base navale de la Flotte de la mer Noire, à Sébastopol, les forces pro-russes ont pris le contrôle dans la nuit de mardi à mercredi de deux sites de défense antiaérienne ukrainiens, rapporte l'agence de presse Interfax.

L'émissaire de l'Onu chassé de Crimée par des miliciens

Robert Serry
Robert Serry © REUTERS/Vasily Fedosenko / REUTERS/Vasily Fedosenko

Menacé par des miliciens pro-russes, l'envoyé spécial des Nations unies en Crimée, Robert Serry, a été contraint de mettre fin mercredi à sa mission dans la péninsule ukrainienne. Sa voiture a été bloquée à Simféropol, la capitalecriméenne, par des hommes armés en treillis et il a dû se réfugier dans un café, aussitôt encerclé par les militants pro-Kremlin qui scandaient "Poutine, Poutine !", a précisé sur Twitter un reporter de la chaîne britannique ITN, James Mates, qui se trouvait avec lui. "Il a refusé de suivre les hommes qui bloquaient sa voiture et a trouvé refuge dans un café", a précisé James Mates.

Sous la contrainte, il a ensuite accepté de mettre fin à sa mission diplomatique, a été escorté par la police jusqu'à une voiture qui a pris la direction de l'aéroport, alors que la foule criait le nom du président russe et "Russie, Russie !", a ajouté le journaliste.

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a précisé que Serry, un diplomate néerlandais, venait de quitter le quartier général de la marine à Simféropol lorsque sa voiture a été arrêtée par des hommes armés qui disaient avoir ordre de le conduire à l'aéroport.

L'incident s'est produit près du siège des observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Simféropol.

La correspondance de Géraldine Hallot à l'aéroport de Simféropol

La situation en Crimée
La situation en Crimée © Radio France

Une possible réunion du G7 excluant la Russie

à marseille, le g7 tente de trouver un équilibre entre relance et rigueur
à marseille, le g7 tente de trouver un équilibre entre relance et rigueur © reuters

Lors d'un conseil des ministres mercredi, Vladimir Poutine a déclaré que les tensions politiques ne devaient pas nuire à la coopération économique entre Moscou et ses "partenaires traditionnels". Le ministère russe des Affaires étrangères a cependant annoncé que le Parlement étudiait un projet de loi censé répondre aux sanctions qui pourraient frapper la Russie.

Une réunion du G7 - donc excluant la Russie - pourrait se tenir prochainement, a dit le Premier ministre canadien Stephen Harper.

Pour la Russie, les nouvelles autorités ukrainiennes n'ont aucune légitimité car elles sont issues d'un mouvementinsurrectionnel et ont été proclamées par la foule de Maïdan au lendemain même d'un accord de règlement conclu le 21 février, sous les auspices de l'Union européenne, entre Viktor Ianoukovitch et l'opposition. Le seul moyen de rétablir le calme, souligne le Kremlin, est d'en revenir à cet accord, même si Vladimir Poutine a reconnu mardi que Viktor Ianoukovitch n'avait plus d'avenir politique en Ukraine.

A Washington, le Pentagone a annoncé prendre des mesures pour, le cas échéant, appuyer ses alliés en cette période de crise sur le dossier ukrainien.

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