Le ministre des Affaires étrangères ukrainien par intérim, Andri Dechtchitsia, a déclaré que Kiev ne renoncerait jamais à la Crimée tout en s'efforçant de résoudre pacifiquement la crise avec la Russie, dont les troupes ont pris de fait le contrôle de la péninsule.

Le Premier ministre pro-russe de Crimée, Sergueï Axionov, lui a rétorqué que "personne" ne pourrait annuler le référendum qui doit avoir lieu le 16 mars sur un rattachement de la république autonome à la Fédération de Russie. À l'approche de ce scrutin jugé anticonstitutionnel par le nouveau pouvoir ukrainien et ses alliés occidentaux, Moscou semble décidé à resserrer son étreinte sur la péninsule.

Les garde-frontières ukrainiens ont affirmé samedi avoir été chassés par des soldats russes d'un poste-frontière situé dans l'est de la Crimée. Les assaillants ont saisi leurs appartements et les ont contraints à partir avec leur famille, au beau milieu de la nuit de vendredi à samedi, ont-ils ajouté. Selon un communiqué du corps des garde-frontières :

Des soldats russes agressifs ont fait irruption et pris le contrôle d'un poste de surveillance des frontières à Chtcholkine, et ont chassé les familles des garde-frontières ukrainiens Les Russes ont confisqué les téléphones portables du chef de l'unité, de sa femme et d'autres gardes. Ils leur ont donné l'ordre de prendre leurs affaires et de quitter le bâtiment. Actuellement, le poste est occupé par des soldats russes

Moscou dément que ses troupes soient passées à l'action en Crimée. Kiev déclare en revanche que la Russie a déployé dans les 30 000 hommes dans la péninsule. Des Russes portant des uniformes sans insigne ont encerclé les bases de soldats ukrainiens. Aucun coup de feu n'a été tiré jusqu'à présent, même si les face-à-face dans les bases sont de plus en plus tendus.

La tension est vive. Géraldine Hallot s'est rendu à Simféropol et à Sébastopol

Tirs de sommation contre les observateurs de l'OSCE en Crimée

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a annoncé samedi que ses observateurs avaient renoncé à se rendre en Crimée après avoir subi des tirs de sommation. Aucun des observateurs, qui étaient tous désarmés, n'a été blessé, a précisé l'OSCE.

La mission tentait pour le troisième jour consécutif de franchir le détroit de Kertch, un bras de mer étroit qui sépare le territoire russe de la péninsule ukrainienne. Un porte-parole de l'OSCE a indiqué que les observateurs s'étaient repliés dans la ville la plus proche, Kherson, afin de décider de la conduite à tenir.

La mission s'est rendue en Ukraine à l'invitation du gouvernement de Kiev mais les autorités pro-russes de Crimée lui ont interdit de se rendre sur son territoire.

Crimée : les derniers événements
Crimée : les derniers événements © Radio France

La Pologne évacue son consulat

Autre signe de crispation, la Pologne a annoncé samedi avoir évacué son consulat à Sébastopol en raison, selon son ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, d'interférences répétées des troupes russes.

La capitale de la Crimée abrite à la fois la marine ukrainienne et la flotte russe de la mer Noire en vertu d'un accord conclu entre les deux pays à l'indépendance de l'Ukraine. L'armée russe y a pris dans la nuit de vendredi à samedi le contrôle d'un poste de défense ukrainien équipé d'une batterie de missiles, a constaté un journaliste de Reuters.

Le vice-commandant ukrainien de la base, Vadim Filipenko, a confirmé que le face-à-face avec la centaine de soldats russes qui en contrôlent l'accès était de plus en plus crispé :

L'atmosphère se dégrade. Les Russes nous menacent quand nous sortons acheter de la nourriture et braquent leurs armes dans notre direction.

Moscou nie que ces soldats obéissent à ses ordres, une affirmation qualifiée de "fiction de Poutine" par la Maison blanche. Bien qu'ils ne portent pas d'insignes, les soldats circulent dans des blindés immatriculés en Russie et disent eux-mêmes être des soldats russes.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, n'a montré aucun signe de fléchissement samedi en répétant la position de Moscou selon laquelle le gouvernement de transition ukrainien a été porté au pouvoir par un "coup de force armé" et est dirigé par des "nationalistes extrémistes".

Moscou menace Washington de rétorsion

Des sources anonymes au ministère russe de la Défense ont par ailleurs déclaré aux agences de presse locales que Moscou pourrait répondre aux sanctions occidentales en suspendant les inspections des sites nucléaires convenues avec les Etats-Unis dans le cadre du Traité de réduction des armes stratégiques (START). Selon unesource à l'agence officielle RIA Novosti :

Nous sommes prêts à prendre cette décision en réponse aux déclarations du Pentagone sur la suspension des exercices conjoints entre les armées russe et américaine.

Le Premier ministre pro-russe de Crimée a de son côté déclaré que le parlement régional de Crimée, dominé par les Russes de souche, avait appelé à la tenue du référendum sur le rattachement à la Russie, le 16 mars, pour éviter toute "provocation". Les parlementaires de Crimée hostiles à cette initiative affirment avoir été empêchés de participer au vote, comme à celui par lequel le parlement a élu Sergueï Axionov à sa tête la semaine dernière. Les deux votes se sont déroulés à huis clos.

Les émissions de la télévision ukrainienne ont depuis été interrompues, de même que celles de la seule chaîne indépendante de la région, et remplacées par des chaînes pro-russes qui répètent en boucle que les "fascistes" ont pris le pouvoir à Kiev et veulent interdire la pratique de langue russe en Ukraine. C'est le cas de Black Sea TV, une chaïne indépendante de Simféropol et qui aujourd'hui le paie au prix fort.Le reportage de Géraldine Hallot

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