L'armée ukrainienne se retire de Debaltseve
L'armée ukrainienne se retire de Debaltseve © hromadske.tV / Anastasya Stanko

Un défilé de soldats, à pied, tête basse, armes à la main… Des colonnes de véhicules militaires qui cheminent au ralenti : l’armée ukrainienne se retirait ce mercredi matin de Debaltseve, la ville de l’Est ukrainien qui cristallisait tout le conflit depuis début février. Une dizaine de jours de siège et de pilonnage plus tard, les séparatistes qui encerclaient la ville y ont lancé l’assaut mardi, au troisième jour d’un cessez-le-feu qui n’aura en rien empêché.

La chute de Debaltseve, dernier bastion des forces ukrainiennes et nœud ferroviaire très stratégique, était devenue inéluctable. Les pro-russes n’ont fait que terminer le travail, malgré les accords de Minsk.

Dans tous les médias ukrainiens, les images de la reddition tournent en boucle. Sentiment d’humiliation nationale, tant Debaltseve était devenue la bataille à ne pas perdre. A Kiev, l’état-major tente de minimiser la perte, le président Petro Porochenko se rend dans la journée dans l’Est, sur le front. Mais personne n’est dupe. Perdre la poche de Debaltseve (voir infographie ci-dessous), permettre aux séparatistes d’unifier leur territoire entre Donetsk et Louhansk et de contrôler le trafic ferroviaire vers la Russie, c’est voir prendre forme cette république autonome de Novorossiya dont rêvait Vladimir Poutine. Lui donner les moyens de durer dans le temps. Et tant pis pour l’intégrité territoriale de l’Ukraine, censée être garantie par les accords de Minsk.

« Violation massive du cessez-le-feu »

Si Moscou, par la voix de Vladimir Poutine, avait invité les soldats ukrainiens à poser les armes, à l’Ouest on condamne fermement l’assaut lancé par les séparatistes. L’Union européenne dénonce une violation claire du cessez-le-feu, violation « massive » selon Berlin pour qui la prise de la ville est « très néfaste pour les espoirs de paix.

Pendant ce temps, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov se félicite que le cessez-le-feu en vigueur depuis dimanche soit quasi-respecté… sauf à Debaltseve. « Dans certains secteurs, précise Lavrov, on est prêt – c’est ce que les milices annoncent - à retirer les armes lourdes. » Rappelons qu’officiellement la Russie n’a aucune implication aux côtés de séparatistes…

Pour François Heisbourg de la Fondation pour la recherche stratégique, la parole de Vladimir Poutine n'a plus aucun crédit:

La suite se jouera à nouveau au téléphone, et très loin de Debaltseve. Vladimir Poutine, Petro Porochenko, Angela Merkel et François Hollande doivent à nouveau discuter sur une question simple : peut-il encore y avoir accords de paix et cessez-le-feu après la prise de Debaltseve ?

► ► ►VIDEO | La chronique de Bernard Guetta consacrée au « piège de Debaltseve ».

Les séparatistes prennent Debaltseve
Les séparatistes prennent Debaltseve © Radio France
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