Ukraine : les élections du 25 mai
Ukraine : les élections du 25 mai © Radio France

Qui va succéder à Viktor Ianoukovitch, le président soutenu par Moscou et destitué le 22 février après trois mois de manifestations à Kiev ? Les zones russophones de l'est du pays peuvent-elles faire sécession ? Enjeux et décryptage...

Un accord d'association avec l'Union européenne a mis le feu aux poudres. Le pouvoir ukrainien a été renversé. Kiev penche désormais à l'Ouest, une situation que les populations russophones de l'Est ne tolèrent plus, sous l'oeil bienveillant de Moscou.

Les autorités ukrainiennes, qui comptaient sur l'élection présidentielle pour renforcer leur légitimité dans les zones russophones, ont reconnu que le scrutin du 25 mai serait sans doute impossible à organiser dans les régions de Donetsk et Louhansk. Ils accusent la Russie de vouloir empêcher la démocratie dans le pays. La Russie, qui a annexé la Crimée en mars, ne reconnaît pas la légitimité du gouvernement intérimaire, arrivé au pouvoir à Kiev en février après le renversement du président pro-russe Viktor Ianoukovitch. Quelques jours avant les élections du 25 mai, Poutine baisse le ton et se dit prêt à reconnaître les résultats du scrutin si les tensions baissent.

Depuis l'annexion de la Crimée, les violences se multiplient à l'est de l'Ukraine. Les Etats-Unis, la Russie, l'Ukraine et l'Union européenne ont convenu de prendre des mesures. Une feuille de route a été dessinée. Elle est supervisée par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. L'OSCE appelle notamment l'ensemble des parties en Ukraine à s'abstenir de toute "violence, intimidation ou acte de provocation", prône un dialogue national et estime que la présidentielle est essentielle à la stabilisation du pays

Vingt et un candidats sont en lice dimanche 25 mai. Si aucun d'entre eux ne recueille plus de 50% des voix, un second tour sera organisé le 15 juin entre les deux candidats arrivés en tête dimanche. Selon les derniers sondages, le principal opposant à l'ancien président Viktor Ianoukovitch, le pro-européen Petro Porochenko est largement en tête. Il pourrait l'emporter dès le premier tour.

Les quatre principaux candidats à l'élection du 25 mai

Petro Porochenko
Petro Porochenko © Christophe Morin / IP3 / Christophe Morin / IP3

Petro Porochenko : le favori

Ce magnat de la confiserie, âgé de 48 ans, est le grand favori du scrutin et certains instituts de sondages le donnent même vainqueur dès le premier tour. La dernière enquête en date, publiée mardi, le crédite ainsi de 53,2% des suffrages.

Petro Porochenko a été le premier oligarque ukrainien à soutenir le soulèvement pro-européen contre Viktor Ianoukovitch, qui a débuté fin novembre à Kiev, consacrant sa chaîne de télévision, la 5e, à la couverture des manifestations. Pro-européen, cet homme d'affaires de 48 ans, qui a été chef de la diplomatie et ministre de l'Economie dans de précédents gouvernements, est l'une des dix plus grandes fortunes d'Ukraine, où il est surnommé le "roi du chocolat".

Petro Porochenko a reçu fin mars le soutien précieux de l'ancien boxeur Vitali Klitschko, qui a joué un rôle de premierplan dans le mouvement de contestation ayant entraîné la destitution de Viktor Ianoukovitch. Sa chocolaterie Rochen, l'un des principaux groupes mondiaux de confiserie, a été visée par des sanctions russes.

 Ioulia Timochenko
Ioulia Timochenko © Remi OCHLIK/IP3 / Remi OCHLIK/IP3

Ioulia Timochenko : l'égérie de la "révolution orange"

Née dans l'est russophone de l'Ukraine, l'égérie de la "révolution orange" de 2004 a dirigé à deux reprises le gouvernement, une première fois brièvement en 2005 puis entre fin 2007 et 2010. Elle avait alors été battue sur le fil par Viktor Ianoukovitch au second tour de l'élection présidentielle.

Ioulia Timochenko a bâti sa fortune dans les années 1990 grâce à la signature d'accords gaziers qui lui ont valu le surnom de "princesse du gaz". Arrêtée en 2011 alors qu'elle avait pris la tête de l'opposition, elle a été condamnée à sept ans de prison pour abus de pouvoir lors de la signature d'un contrat gazier avec la Russie en 2009 puis emprisonnée.

Libérée en février après la chute de Viktor Ianoukovitch, elle a reçu un accueil mitigé de la part des milliers d'Ukrainiens manifestant dans le centre de Kiev et n'est pas parvenue à mobiliser autour de sa candidature à hauteur de sa popularité passée. Les sondages la placent en seconde position, loin derrière Petro Porochenko, avec environ 10% des voix.

Serhiy Tigipko
Serhiy Tigipko © Shemetov MaximPHOTOSHOMAXPPP / Shemetov MaximPHOTOSHOMAXPPP

Serhiy Tigipko : l'homme de l'Est russophone

Ce banquier et député, âgé de 54 ans, a servi dans plusieurs gouvernements, notamment en tant que ministre de l'Economie, et a été un proche de Viktor Ianoukovitch, dont il a brièvement été le directeur de campagne à la fin 2004.

Considéré comme le troisième homme par les instituts de sondage, Serhiy Tigipko, dont la base électorale se situe dans l'Est russophone, est très critique vis-à-vis des autorités intérimaires à Kiev à qui il reproche leur gestion de la rébellion pro-russe. Il estime que Kiev n'a pas suffisamment oeuvré pour rassurer les habitants de l'est du pays et pour répondre à leurs inquiétudes légitimes, sur la question de la langue russe notamment.

Le sondage effectué auprès d'un échantillon de 6 200 personnes entre le 8 et le 13 mai, le crédite de 8,8% des intentions de vote.

Mikhaïlo Dobkine
Mikhaïlo Dobkine © Wikimedia commons / Ace^eVg

Mikhaïlo Dobkine, l'héritier de Ianoukovitch

Ancien gouverneur de la région de Kharkiv, dans l'Est, cet homme d'affaires de 44 ans est le candidat du Parti des Régions, ancienne formation de Viktor Ianoukovitch, dont il est l'un des proches.

Mikhaïlo Dobkine a été un virulent détracteur des manifestations pro-occidentales à Kiev et a remis en cause la légitimité des autorités intérimaires ukrainiennes. Sa campagne électorale a été financée par le magnat des mines et de l'acier Rinat Akhmetov, qui a tardivement condamné les actes des séparatistes pro-russes et appelé les habitants de l'est de l'Ukraine à reprendre le contrôle de leur ville.

Mikhaïlo Dobkine figure parmi la trentaine d'Ukrainiens dont les avoirs ont été gelés par la Suisse en raison de son rôle dans la crise ukrainienne.

Les enjeux du scrutin du 25 mai : l'analyse de Bernard Guetta

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L'Ukraine le 12 janvier © Reuters

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