VIDÉO - Le courant conduit par le président Petro Porochenko est donné, dimanche soir, en tête des résultats des élections législatives en Ukraine. À l’Est, pas de bureau de vote dans les zones contrôlées par les séparatistes.

Les premières estimations donnent le bloc pro-occidental vainqueur

Selon les estimations à la sortie des urnes, le bloc de Porochenko, qui comprend le parti Oudar de l'ancien champion de boxe Vitali Klitschko, obtiendrait 23% des suffrages devant le Front populaire, le parti du Premier ministre Arseni Iatseniouk, 21,3% et un parti pro-occidental à 13,2%. Le bloc de l'opposition, réunissant les alliés de l'ancien président Viktor Ianoukovitch, obtiendrait 7,6%, franchissant la barre des 5% indispensables pour être représenté à la Rada. Ces résultats, s'ils sont confirmés, devraient assurer au chef de l'Etat ukrainien de disposer d'une majorité au parlement afin de mettre en oeuvre les réformes démocratiques promises.

Les partis qui sont en faveur du règlement pacifique de la crise ukrainienne ont obtenu la majorité

Pour Moscou, la victoire des partis pro-occidentaux consacre aussi la victoire des partisans d'un "règlement pacifique " du conflit. Ce lundi, Grigori Karassine, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a ainsi déclaré que si le bilan officiel des élections n'était pas encore été dressé, il était déjà "clair que déjà clair que les partis qui sont en faveur du règlement pacifique de la crise ukrainienne ont obtenu la majorité ".

Une opportunité de parvenbir à la paix selon Moscou

Les élections législatives seraient à cet égard, selon lui, une opportunité de parvenir à la paix dans l'est ukrainien même si la présence d'un grand nombre de "nationalistes " dans le nouveau parlement pourrait menacer le processus.

Lundi matin, les tirs reprennent

Après deux jours d’accalmie, des tirs d'artillerie soutenus retentissaient lundi matin à Donetsk, fief des rebelles prorusses dans l'est de l'Ukraine. Une trentaine de tirs de lance-roquettes multiples Grad ("orgues de Staline") a ainsi été entendue en début de matinée dans le quartier Poutilovski, près de l'aéroport, tandis qu’une base militaire était touchée côté ukrainien à Avdiivka, à quelques kilomètres de là.

Les précisions de Marc Crépin à Kiev

Toujours la guerre à l'est

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► ► ► VIDÉO | Donetsk : Le retour des réfugiés

On ne trouve pas un seul panneau électoral à Donetsk. Les seules affiches visibles sont celles des rebelles prorusses qui invitent les citoyens à rejoindre les rangs des combattants contre l’armée. Au siège de l’administration régionale dans le centre ville, un immense bâtiment de onze étages occupé par des séparatistes avec kalachnikovs à la main, Boris Litvinov, ancien élu communiste qui préside le conseil suprême de la révolution n’y va pas par quatre chemins :

Sur ce territoire, on ne peut pas élire les responsables d’un autre pays. Nous sommes un autre pays. Ce n’est plus l’Ukraine ici. C’est la République populaire de Donetsk. Une république en guerre contre son voisin l’Ukraine. Imaginez-vous une seconde la situation si en 1940 en France, on avait organisé les élections de l’Allemagne nazie y compris chez vous en France. Ça aurait été impensable. Pour nous, c’est la même chose. À Donetsk, il y aura bien des élections législatives qui permettront de désigner notre premier ministre mais ça sera le 2 novembre, dans une semaine

Une élection le 2 novembre

Pas de trace de campagne électorale pourtant non plus pour le 2 novembre dans la ville. Ce leader ne sait d’ailleurs pas nous citer les trois candidats au poste de premier ministre. Sans aucun doute, Alexandre Zakharchenko, 38 ans sera choisi. Cet homme qui a échappé en août à un attentat à Donetsk est déjà à la tête de la région séparatiste. Aujourd’hui ou le 2 novembre, un scrutin ou un autre, les habitants de Donetsk s’en fichent. Ils ont bien d’autres préoccupations. Ils sont fatigués déjà cinq mois de guerre. Car même si un cessez-le-feu a été signé début septembre à Minsk en Biélorussie, les tirs d’artillerie restent quotidiens particulièrement dans le secteur de l’aéroport Tchaïkovski réduit à l’état de ruines. Autour de cet aéroport, se trouvent de nombreux quartiers résidentiels devenus des quartiers fantômes, désertés par les deux tiers de leurs habitants. Si la population se soucie peu des élections législatives, c’est aussi parce ce qu’elle doit faire face désormais aux privations. Depuis cet été, Kiev ne verse plus aux habitants de la région ni salaire, ni retraite, ni allocation. Les plus démunis - ceux qui n’ont pas fait de provisions et n’ont pas d’économies – se contentent des colis et des soupes populaires offertes par les oligarques locaux comme Rinat Akhmetov, le président du club de football du Shakthar Donetsk.

Trois heures de routes pour aller voter : Impensable

Cette aide alimentaire est particulièrement appréciée des habitants du quartier Kievski, l’un des plus endommagés, où même les écoles ont été visées par des tirs d’obus et où quantité de vitres brisées ont été remplacées par des planches de bois. Alexandre, une trentaine d’année vit dans ce quartier :

Un des mes voisins est allé au marché Il s’est fait déchirer le bras par un obus. On vit dans des caves par crainte des bombardements. Vous croyez vraiment que les élections nous intéressent. Mon patron propose de nous y emmener, mais je n’irai pas. Les politiciens ukrainiens ne font rien pour nous. Pour ce qui est de l’élection de la République populaire le 2 novembre, on ne sait pas si on se déplacera aux urnes. Ca dépendra du niveau de violences ce jour-là.

Les habitants de Donetsk qui voudraient vraiment voter sont autorisés dans l’absolu à se rendre dans n’importe quel bureau de vote même loin de chez eux. Mais cela impliquerait des heures de routes pour contourner les différents barrages : ceux des séparatistes puis ceux de l’armée ukrainienne. Trop dangereux. Impensable.

De rares électeurs se sont déplacés tout près de la ligne de front. Le reportage de Mathilde Lemaire .

Des élections anticipées en Ukraine
Des élections anticipées en Ukraine © Radio France
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