[scald=41079:sdl_editor_representation]AGADEZ, Niger (Reuters) - Des dizaines de véhicules militaires libyens ont franchi lundi la frontière avec le Niger et sont arrivés dans la soirée près d'Agadez, a-t-on appris mardi de sources militaires française et nigérienne.

Il pourrait s'agir d'une tentative d'exil secrètement négociée de Mouammar Kadhafi vers le Burkina Faso, qui a offert de l'accueillir lui et sa famille, dit-on de même source.

Le convoi, escorté par l'armée nigérienne, compte de 200 à 250 véhicules et comprend des officiers des bataillons Sud de l'armée. Il est probablement passé par l'Algérie avant d'entrer au Niger, ajoutent ces sources.

La source militaire française dit avoir été informée que Mouammar Kadhafi et son fils Saïf al Islam pourraient envisager de rejoindre le convoi lorsque ce dernier fera route vers le Burkina Faso, qui est frontalier du Niger.

Un membre du Conseil national de transition (CNT) désormais au pouvoir à Tripoli a indiqué mardi, citant des informateurs touaregs, qu'un convoi de dix véhicules transportant de l'or et de l'argent en liquide avait aussi pénétré au Niger.

"Tard hier soir, dix véhicules chargés d'or, d'euros et de dollars sont passés au Niger via Djoufra avec l'aide de touaregs d'une tribu nigérienne", a déclaré Fathi Badja, président de la commission pour les affaires politiques et internationales du CNT.

Des responsables du CNT disent que selon certaines informations Saïf al Islam a fui samedi la ville de Bani Walid, à 150 km au sud de Tripoli, pour se diriger vers le désert et les frontières algérienne et nigérienne plus au sud.

OFFRE D'ASILE

Les mêmes sources assurent que la France pourrait avoir facilité un arrangement entre le nouveau pouvoir et Mouammar Kadhafi. À Paris, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères n'a pas confirmé ni l'arrivée du convoi à Agadez ni aucune offre à Kadhafi, qui est poursuivi par la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité.

Les nouveaux dirigeants de la Libye ont dit vouloir juger Mouammar Kadhafi avant de le remettre éventuellement aux mains de la CPI, qui siège à La Haye.

La France a joué un rôle clé dans l'intervention militaire contre le régime de Mouammar Kadhafi et a été l'un des premiers pays à reconnaître, dès le mois de mars, le CNT. Un convoi aussi imposant n'aurait pas pu traverser une telle distance sans que l'Otan s'en aperçoive, estime-t-on.

Le porte-parole de Mouammar Kadhafi, Moussa Ibrahim, a déclaré lundi à une chaîne de télévision à capitaux syriens, Arraï TV, que le "Guide" se trouvait quelque part en Libye, "en excellente santé", "en un lieu que ne pourront pas atteindre les groupes factieux".

L'entourage de Mouammar Kadhafi a subi de nombreuses défections, arrestations ou pertes depuis le soulèvement de la mi-février qui s'est achevé il y a deux semaines par la prise de Tripoli par les forces du CNT.

Le Burkina Faso, qui a longtemps bénéficié de l'aide de Tripoli, a offert l'asile à Kadhafi il y a deux semaines environ tout en reconnaissant le CNT comme le nouveau gouvernement libyen. Une source proche de la présidence du Burkina Faso a confié mardi que l'annonce de l'arrivée prochaine dans le pays de Mouammar Kadhafi et de sa garde rapprochée était fausse.

REDDITION À BANI WALID ?

Sur le terrain en Libye, les forces du CNT ont conclu un accord préliminaire pour entrer sans combattre dans le bastion kadhafiste de Bani Walid, à 150 km au sud-est de Tripoli, rapporte la chaîne de télévision Al Djazira.

Cette possible reddition laisse penser que des cadres du régime de Kadhafi ont quitté la ville. Le négociateur du CNT espère à présent pouvoir y entrer sans effusion de sang.

"Un accord préliminaire a été conclu mais nous attendons toujours de voir si les chefs tribaux peuvent convaincre la brigade Kadhafi de déposer les armes", a déclaré Abdallah Kanchil.

Le sort de la ville est considéré comme un indicateur de la capacité du CNT à surmonter les rivalités tribales et à ramener le calme en Libye après six mois de guerre civile.

Sur le terrain diplomatique, la Chine a promis de reconnaître le CNT en tant que représentant légitime du peuple libyen "quand les conditions seront réunies".

Abdoulaye Massalatchi et Nathalie Prévost, avec Christian Lowe, Mohammed Abbas et Alex Dziadosz à Tripoli, Emma Farge à Benghazi et les rédactions de Tunis, du Caire et de Dakar; Jean-Stéphane Brosse et Benjamin Massot pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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