"Devotion", jeu d'horreur développé par un petit studio taïwanais, a été retiré de la vente dans l'ensemble du monde, après une avalanche de commentaires négatifs venus de Chine. La raison ? Un poster caché dans l'univers du jeu, sur lequel est écrit : "Xi Jinping, Winnie l'ourson idiot".

Le jeu vidéo "Devotion" plonge le joueur dans un sinistre appartement taïwanais
Le jeu vidéo "Devotion" plonge le joueur dans un sinistre appartement taïwanais © RedCandleGames

Parfois, la censure chinoise est si efficace qu'elle finit par avoir des conséquences bien au-delà de ses frontières. Ainsi, même en vivant en France, il vous est désormais impossible d'acheter le jeu vidéo "Devotion", développé à Taïwan et qui a valu à ses créateurs de sérieux ennuis.

Sorti le 19 février dernier sur la plateforme de jeux dématérialisés Steam, "Devotion" a été retiré de la vente dans l'ensemble du monde (seule sa bande originale reste accessible) par ses propres développeurs. Ces derniers ont accompagné ce retrait (a priori temporaire) d'un message d'excuses, évoquant des problèmes techniques et surtout une nécessité de "réduire la pression" pour permettre "au public de se focaliser sur le jeu lui-même à son retour".

Ils avaient déjà publié, le 23 février, un message dans lequel ils assuraient "prendre l'entière responsabilité de cet incident", et "demandaient sincèrement aux joueurs de les pardonner".

Pourquoi un tel mea culpa ? À cause d'un petit détail pourtant bien caché dans le jeu, mais qui a fait scandale dès sa découverte. Sur un bout de papier trouvé par le joueur, on pouvait lire la phrase suivante : "Xi Jinping, Winnie l'ourson idiot". Le petit ours est en effet depuis plusieurs mois un moyen détourné pour les opposants chinois de se moquer de leur dirigeant, et le régime censure allègrement toute référence au personnage sur les réseaux sociaux et au-delà.

Le détail qui a mis le feu aux poudres (capture d'écran)
Le détail qui a mis le feu aux poudres (capture d'écran) / RedCandleGames

Une simple erreur, assure le développeur, qui explique avoir intégré cette blague dans une des premières versions d'essai de leur jeu, en interne. Ils expliquent que cette référence et d'autres n'étaient pas destinées à se retrouver dans la version finale du jeu, mais qu'un incident technique a empêché leur effacement. Une boulette rapidement réparée, mais sans doute trop tard.

Tapis de bombes virtuel

Le retrait pur et simple du jeu a suivi quelques jours après : s'il peut paraître excessif, il est en fait directement lié à la contre-attaque subie par ses créateurs. Une fois le bout de papier découvert, le jeu a subi les foudres des soutiens zélés du régime chinois, qui ont lancé une campagne de "review-bombing" : autrement dit, noyer la page d'achat du jeu sous un torrent de commentaires négatifs. Une méthode qui n'a l'air de rien, mais qui peut être particulièrement efficace, puisque sur la boutique Steam, la note moyenne donnée par les joueurs est cruciale pour s'assurer une visibilité (et donc des ventes).

Dans les commentaires du communiqué sur le retrait du jeu, le débat est toujours particulièrement vif entre les soutiens du régime et ses opposants : on y trouve presque exclusivement des messages à caractère politique.

L'affaire a aussi pris un tournant diplomatique bien plus visible, avec l'intervention du vice-Premier ministre taïwanais, Chen Chi-mai, qui a apporté son soutien à l'équipe du jeu. "Il n'y a que dans les pays libres et démocratiques que la création peut être libre de toute restriction", explique-t-il. "Ce jeu est un symbole de la créativité de notre jeunesse, j'y jouerai dès que j'en aurai le temps." Taïwan a un statut bien particulier dans la région, et des relations parfois tendues avec la Chine qui revendique l'île comme une de ses provinces.

L'affaire pourrait tout de même, une fois la tempête passée, être une bonne nouvelle pour le jeune studio taïwanais : elle a braqué un coup de projecteur mondial sur un petit jeu méconnu, ce qui pourrait lui assurer un succès surprise partout ailleurs... une fois qu'il sera à nouveau disponible.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.