Le laboratoire allemand Fresenius Kabi a intenté une action en justice qui pourrait suspendre l'exécution d'une peine de mort dans le Nebraska, au motif que l'État américain se serait procuré ses produits pour en détourner l'usage.

Aux États-Unis, la peine de mort par injection létale rencontre l'opposition du public et des laboratoires pharmaceutiques.
Aux États-Unis, la peine de mort par injection létale rencontre l'opposition du public et des laboratoires pharmaceutiques. © AFP / CA. DEPARTMENT OF CORRECTIONS

L'exécution de Carey Dean Moore, condamné à mort pour le meurtre de deux chauffeurs de taxi en 1976, sera-t-elle suspendue ce mardi ? Un laboratoire pharmaceutique allemand a déposé mardi dernier une plainte contre l'État américain du Nebraska, affirmant que deux des produits prévus pour l'injection létale ont été obtenus illégalement auprès de la société.

Pour l'exécution de la sentence, programmée ce mardi 14 août, le Nebraska prévoit d'utiliser quatre médicaments : un sédatif, le diazépam, un puissant analgésique, le fentanyl, un relaxant musculaire, le cisatracurium et enfin du chlorure de potassium pour arrêter le cœur. Or, si l'État américain a dévoilé la composition du cocktail injecté, il n'en a pas précisé la provenance.

Pourtant, le laboratoire Fresenius Kabi croit savoir que les deux derniers médicaments cités sont fabriqués par l'entreprise pharmaceutique. Pour protéger sa réputation, sans pour autant "[prendre] position sur la peine capitale", la firme allemande demande à un juge fédéral de rendre une ordonnance, afin d'empêcher, temporairement ou définitivement, l'utilisation de ses produits injectables par le Nebraska.

Réticence des laboratoires à fournir des cocktails létaux

"Ces médicaments, s'ils ont été fabriqués par Fresenius Kabi, n'ont pu être obtenus qu'en contradiction et en violation des contrats de distribution que l'entreprise a mis en place et donc par des moyens inappropriés ou illégaux" affirme la société dans sa plainte, qui "s'oppose à l'utilisation de ses produits à cette fin et ne vend donc pas certains médicaments aux établissements pénitentiaires".

En réponse, le bureau du procureur général de l'État a brièvement affirmé que ces produits ont été "achetés légalement et conformément à l'obligation de l'État d'exécuter les peines capitales dans un cadre légal".

Les cocktails létaux sont devenus difficiles à obtenir en raison de l'opposition du public et de la réticence, ou de l'hostilité pure et simple, des laboratoires pharmaceutiques à les vendre aux prisons pour procéder à des exécutions.

Face à cette pénurie, certains États inventent des solutions alternatives : il y a 4 ans le Tennessee a réintroduit la chaise électrique, l’Utah a voté pour le rétablissement des pelotons d’exécution et en Oklahoma les autorités locales ont opté pour une autre méthode, l’inhalation forcée d’azote, une technique habituellement réservée à l’abattage des animaux.

Le mois dernier, un procès similaire intenté par le laboratoire pharmaceutique Alvogen a temporairement interrompu une exécution capitale dans le Nevada. Si la condamnation à mort était exécutée, ce serait la première dans le Nebraska depuis 21 ans, la toute première par injection létale.

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