Dans un texte co-rédigé par l'écrivaine franco-marocaine Leila Slimani et signé par 490 femmes, les Marocaines dénoncent l'article 490 du code pénal qui punit de prison les relations sexuelles hors mariage.

Manifestation  en marge du procès de Hajar Raissouni, journaliste marocaine accusée d'avortement
Manifestation en marge du procès de Hajar Raissouni, journaliste marocaine accusée d'avortement © AFP / Fadel Senna

Des centaines de Marocaines se sont déclarées "hors-la-loi" en proclamant avoir déjà violé les lois obsolètes de leur pays sur les mœurs et l'avortement, dans un manifeste publié lundi dans plusieurs médias marocains au nom des libertés individuelles. La tribune, qui constitue une rare démarche de cette ampleur, est également publiée dans le quotidien français Le Monde qui en fait la Une de son édition du mardi 24 septembre.  

Nous sommes hors-la-loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n'ont plus lieu d'être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d'un avortement", affirment les signataires.

"La culture du mensonge et de l'hypocrisie sociale génère la violence, l'arbitraire, l'intolérance. Ces lois, liberticides et inapplicables, sont devenues des outils de vengeance politique ou personnelle", déclare le manifeste lancé sous forme de pétition ouverte aux hommes.  

"Cette loi n'a plus lieu d'être. Personne n'a le droit d'atteindre à la vie privée des gens. la loi protège cela. Il y a donc une entente à créer. Même si les mentalités de certains sont encore conservatrices,  je pense que ce sont les lois qui changent les mentalités. Changer la loi, c'est faire un Maroc plus ouvert", explique Sonia Terrab, co-autrice du texte,  à Claude Guibal de France Inter.

"Défendre toutes les vies brisées par le déshonneur, l'infamie ou la prison"

Le texte co-rédigé par l'écrivaine franco-marocaine Leila Slimani, porte symboliquement 490 signatures, en référence à l'article 490 du code pénal marocain qui punit de prison les relations sexuelles hors mariage. Sa publication coïncide avec la troisième audience du procès de Hajar Raissouni, une journaliste en détention depuis fin août pour "avortement illégal" et "débauche" (sexe hors mariage). Cette reporter du quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum dénonce une affaire politique depuis son arrestation.

Sa demande de remise en liberté a été rejetée la semaine dernière par le tribunal de Rabat, tout comme celle de son fiancé, du médecin, de l'infirmier et de la secrétaire médicale, arrêtés en même temps qu'elle. L'audience de lundi doit être consacrée au fond, les "vices de forme" soulevés par la défense n'ayant pas été retenus.  

"On se fiche que ce soit politique ! En tant que femmes nous sommes heurtées dans notre chair et révoltées", estime Sonia Terrab. "Des lois très claires pénalisent les relations sexuelles hors mariage, l'avortement, l'homosexualité au Maroc, et elles sont appliquées !  Tout le monde est concerné, ça peut nous arriver à tous, on ne peut pas rester dans cet état de résignation qui ronge le Maroc de l'intérieur."

L'an dernier, la réalisatrice a donné la parole à des femmes. La web-série Marokkiat a ainsi permis de libérer la parole en mettant en lumière les témoignages de femmes - voilées ou pas - victimes de harcèlements, d'agressions sexuelles, ou affichant à visage découvert leur bisexualité. 

"Je n'en peux plus. Car mon corps m'appartient, il n'appartient ni à mon père, ni à mon mari, ni à mon entourage, ni aux yeux des hommes dans la rue, et encore moins à l'État", affirment les signataires.   

Le manifeste évoque dans sa forme le manifeste féministe dit des "343 salopes" qui a fait basculer la loi sur l'avortement en France au début des années 1970.  

En 2018, la justice marocaine a poursuivi 14 503 personnes pour débauche, 3 048 pour adultère, 170 pour homosexualité et 73 pour avortements, selon les chiffres officiels. 

Entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc, selon des estimations.

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