La situation se tend d'heure en heure en Crimée
La situation se tend d'heure en heure en Crimée © MaxPPP / Maxim Shipenkov

L'Ukraine a mobilisé ce dimanche l'ensemble de ses réservistes et Washington menace d'isoler économiquement la Russie, au lendemain d'un vote du parlement russe donnant au président Vladimir Poutine le feu vert pour envoyer des forces armées sur le territoire de l'ancienne république soviétique.

Pour le chef du nouveau gouvernement de Kiev, Arseni Iatseniouk, la Russie a "déclaré la guerre" à l'Ukraine :

Ce n'est pas une menace : c'est en fait une déclaration de guerre à mon pays.

Engageant un bras de fer avec l'Occident sans précédent depuis la Guerre froide, Vladimir Poutine a obtenu samedi du parlement l'autorisation d'employer la force pour protéger les ressortissants russes en Ukraine.

Face aux menaces de la Russie, Kiev a décidé de mettre son armée en état d'alerte et de mobiliser tous ses réservistes. Les explications de Ruddy Guilmin, l'un des envoyés spéciaux de France Inter en Ukraine.

Les forces russes ont en pratique déjà pris - sans effusion de sang - le contrôle de la République autonome de Crimée, où elles disposent d'une flotte dans le port de Sébastopol, et où les tensions déclenchées en Ukraine par la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch il y a huit jours sont les plus vives.

Les maigres forces ukrainiennes basées en Crimée n'ont pu empêcher des militaires russes, qui ne portent pas d'insigne mais conduisent des véhicules clairement identifiés, d'investir des bâtiments publics, des aéroports et d'autres sites au cours des trois derniers jours.

Dimanche, les militaires russes ont investi de petits avant-postes et exigé le désarmemement des soldats ukrainiens de faction. Certains ont refusé, mais aucun coup de feu n'a été tiré.

mobilisation des réservistes ukrainiens
mobilisation des réservistes ukrainiens © reuters

Nommé samedi à la tête de la marine ukrainienne par les nouvelles autorités de Kiev, Denis Berezovski a été limogé et accusé de haute trahison pour avoir refusé de combattre les Russes et pour avoir livré le QG de Sébastopol. Berezovski est apparu à la télévision russe où il a prêté allégeance aux autorités pro-russes de Crimée.

La Russie a ordonné mercredi des manoeuvres impliquant 150.000 hommes le long de sa frontière terrestre avec l'Ukraine mais aucun mouvement d'ampleur des troupes russes vers l'ouest n'a été pour l'heure signalé.

Concert de protestations

Réunis ce dimanche, les membres de l'OTAN se sont dits vivement préoccupés par la décision du parlement russe d'approuver l'usage de la force contre l'Ukraine et ont appelé Moscou et Kiev à chercher une solution pacifique par le dialogue, sous l'auspice du conseil de sécurité de l'ONU ou de l'OSCE.

Tout au long du weekend, les dirigeants internationaux ont multiplié les contacts par téléphone. Le président américain Barack Obama s'est notamment entretenu avec François Hollande, mais surtout pendant une heure et demie avec son homologue russe Vladimir Poutine.

Crise en Crimée : Obama appelle Poutine
Crise en Crimée : Obama appelle Poutine © MaxPPP / Pete Souza

Dans cet entretien, les Etats-Unis ont fait savoir à la Russie qu'elle avait commis une violation patente de la souveraineté de l'Ukraine et lui ont demandé de replier ses forces dans leurs bases en Crimée.

Barack Obama a haussé le ton face à Vladimir Poutine. Les explications de Frédéric Carbonne à Washington.

Lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, l'ambassadrice des Etats-Unis, Samantha Power, a appelé au "déploiement immédiat" en Ukraine d'observateurs internationaux des Nations unies et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, arrivé au pouvoir à Kiev après la destitution et la fuite de l'allié de Moscou, Viktor Ianoukovitch, il y a une semaine, a lui aussi demandé un retour dans leur caserne des troupes russes lors d'un entretien téléphonique avec son homologue Dmitri Medvedev :

Une intervention militaire marquerait le début de la guerre et la fin des relations entre l'Ukraine et la Russie.

Le président ukrainien par intérim Oleksander Tourtchinov a ordonné que l'armée soit placée en état d'alerte. Le ministre des Affaires étrangères Andriy Dechtchitsia a dit avoir rencontré des responsables européens et américains et avoir envoyé une demande à l'Otan pour examiner "toutes les possibilités de protéger l'intégrité territoriale et lasouveraineté de l'Ukraine".

L'autorisation d'envoyer des troupes en Russie obtenue du Conseil de la Fédération, le Sénat russe, par Vladimir Poutine constitue une claque pour les Occidentaux qui n'ont cessé de demandé à Poutine ces derniers jours de ne pas intervenir.

Vers un boycott du sommet du G8 à Sotchi ?

Pas plus tard que vendredi soir, Barack Obama avait prévenu dans un discours télévisé qu'une action russe aurait un "coût". Samedi au téléphone, le président russe a dit à son homologue américain que la Russie se réservait le droit de protéger ses intérêts et ceux des russophones en Ukraine s'ils venaient à être menacés.

la russie prête à intervenir en ukraine
la russie prête à intervenir en ukraine © reuters

Comme première mesure de protestation au vote russe, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont décidé de suspendre leur participation aux réunions préparatoires au prochain sommet du G8 prévu en juin à Sotchi, la ville russe de la mer Noire où se sont tenus les derniers Jeux olympiques d'hiver et ont mis en garde Moscou contre "un plus grand isolement politique et économique".

Le Canada a aussi décidé de bouder les préparatifs du G8 et annoncé le rappel en consultation de son ambassadeur en Russie.

Les drapeaux russes flottent sur la Crimée

Dans la journée, les forces russes ont consolidé leur contrôle de la Crimée tandis que les troubles se propageaient à d'autres parties de l'Ukraine. Des manifestants pro-russes ont eu des affrontements parfois violents avec des partisans du nouveau pouvoir ukrainien, comme par exemple à Kharkiv, et ont hissé le drapeau russe sur des bâtiments publics dans plusieurs villes, notamment à Kharkiv, Donetsk, Odessa et Dnipropetrovsk.

"Vive la Russie", criaient les manifestants samedi en Crimée.Reportage d'Alice Serrano.

Bien qu'il ne fasse peu de doute que les militaires sans insigne visible en Crimée soient Russes, le Kremlin ne l'a pas confirmé officiellement. Il a décrit l'autorisation obtenue d'envoyer l'armée comme une menace d'action future plutôt que comme une confirmation de l'implication de ses troupes.

La Haute Représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton a appelé Moscou à ne pas envoyer de troupes. "Ce serait de toute évidence contraire au droit international", a dit le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt. Le président tchèque Milos Zeman a rappelé l'invasion russe de 1968 en Tchécoslovaquie.

L'Ukraine mobilise ses réservistes
L'Ukraine mobilise ses réservistes © Idé
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