Comme souvent lors d'une guerre civile, le conflit au Soudan du Sud apporte son lot de souffrances pour la population.

Déplacés du Soudan du Sud
Déplacés du Soudan du Sud © Reuters / Siegfried Modola

Les civils fuient en masse combats et massacres. Une grande majorité est menacée de famine, et les enfants sont enrôlés de force

Des millions de déplacés

Les atrocités commises poussent les civils sur les routes, ou dans la brousse. Aujourd’hui, selon les chiffres de l’ONU, ils sont 2,25 millions à avoir été contraints de fuir, dans un pays qui compte à peine 12 millions d’habitants.

Le Haut-commissariat aux réfugiés a fait les comptes. Depuis le début du conflit, 730.000 personnes ont tout simplement fui le Soudan du Sud pour rejoindre les pays voisins : l’Ethiopie (180 réfugiés sud-soudanais arrivés chaque jour), l’Ouganda, le Soudan, ou encore le Kenya. 90% de ceux qui franchissent les frontières sont des femmes et enfants .

Ethnies dans le Soudan du Sud
Ethnies dans le Soudan du Sud © / CTC

Les autres, un million et demi de personnes, restent dans le pays, mais se retrouvent sans abris.Les violents combats, qui se sont encore intensifiés depuis le mois d’avril dernier , ont poussé les civils à se réfugier dans la brousse et les marécages.

D’autres, plus de 165.000 personnes, ont rejoint les six bases de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (Minuss), mais les conditions de vie sont loin d’être idéales. Au sein de la base de Juba, la capitale (28.000 civils réfugiés), une épidémie de choléra a fait une quarantaine de morts depuis début juin. A Bentiu, l’une des capitales régionales, ils sont 91.000 à s’entasser. A Malakal, chef-lieu de l’Etat pétrolier du Haut-Nil (dans le Nord-Est), la base onusienne accueille 30.000 civils au bas mot.

Carte - Soudan du Sud, Malakal
Carte - Soudan du Sud, Malakal © Radio France / Idé

Début juillet, l’armée gouvernementale a repris Malakal aux rebelles, n’hésitant pas à tirer sur les civils réfugiés au sein de la base. La Minuss a dénoncé un crime de guerre.

Près des trois quarts des Sud-soudanais risquent l’insécurité alimentaire

Pour les Sud-Soudanais qui ont échappé à la mort, une autre menace plane. Toujours selon l’ONU, 70% de la population risque de plonger dans l’insécurité alimentaire à cause de la guerre civile. Lors des combats, le bétail est volé ou tué, les cultures incendiées . Selon l’association caritative Oxfam, 3,8 millions de Sud-soudanais souffrent déjà directement de la faim.

La crise au Soudan du Sud est une crise oubliée, et sans précédent, selon Stéphanie Rivoal de l'ONG Action contre la Faim. Fin juillet, elle tirait la sonnette d'alarme sur France Inter.

Le réseau FEWS NET (Famine Early Earning Systems Network) tire la sonnette d’alarme pour le nord et l’est du Soudan du Sud, des zones sur le point de basculer dans la famine.

► ► ► APPROFONDIR | La page Soudan du Sud sur le site du Réseau FEWS NET

Carte des risques de famine au Soudan du Sud
Carte des risques de famine au Soudan du Sud © Radio France

Enfants soldats : une génération sacrifiée

Les enfants ne sont pas épargnés, loin de là. A eux deux, les deux camps adverses ont enrôlé de force plus de 13.000 enfants-soldats, selon l’Unicef. Anthony Lake, le directeur général de l’Unicef, s’inquiète du "rythme alarmant " de ces recrutements . "Vous pouvez imaginer les séquelles physiques et psychologiques sur ces enfants - pas seulement celles liées à la violence qui leur a été infligée mais aussi la souffrance qu'ils ont dû infliger à d'autres ".

Selon Human Rights Watch, à Malakal (nord), les milices gouvernementales n’hésitent pas à venir chercher les enfants devant la base des Nations-Unies.

La base ONU à Malakal au Soudan du Sud
La base ONU à Malakal au Soudan du Sud © Reuters / Andreea Campeanu

En février dernier, une milice liée au président Salva Kiir a enlevé au moins 90 adolescents (sans doute beaucoup plus mais c’est difficilement vérifiable) à Wau Shilluk, au nord du pays, passant de maison en maison . Le général mis en cause, Johnson Olony, devait être convoqué pour s’expliquer, mais au mois de juin, les médiateurs régionaux du conflit l’ont de nouveau pointé du doigt, avec des chiffres bien plus élevés : le général Olony aurait ainsi recruté sous la contrainte entre 500 et 1.000 jeunes, dont de nombreux enfants âgés de 13 à 17 ans.

Carte - Soudan du Sud, Wau
Carte - Soudan du Sud, Wau © Radio France / Idé

► ► ► Suite | Quel avenir pour le Soudan du Sud ?

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