Gina Haspel, 61 ans, doit remplacer Mike Pompeo nommé par Donald Trump Secrétaire d'État. Elle passe ce mercredi son audition devant le Sénat américain. Cette espionne est la première femme à diriger la CIA. Elle a dirigé les opérations clandestines dans les prisons secrètes américaines.

Gina Haspel
Gina Haspel © AFP / Alex Edelman / Consolidated News Photos / DPA

Gina Haspel a rejoint l'agence en 1985 et a servi dans plusieurs endroits du monde. 

Gina est une espionne exemplaire et une patriote dévouée qui apporte plus de 30 ans d'expérience dans l'agence. Elle est aussi une dirigeante expérimentée avec une aptitude fantastique à faire les choses et inspirer ceux qui l'entourent

déclarait Mike Pompeo en la nommant numéro 2 de l'agence il y a un an.

Le rôle de cette ancienne responsable des opérations clandestines dans les prisons secrètes où des détenus étaient torturés pourrait compliquer sa tâche pour diriger l'une des plus grandes agences de renseignement du monde.  

Gina Haspel avait été nommée en 2013 à la tête du Service national clandestin de la CIA, mais avait été remplacée après seulement quelques semaines, apparemment en raison de doutes sur sa responsabilité dans la mise en place après le 11 septembre 2001 de prisons secrètes à l'étranger où des méthodes comme la simulation de noyade (water boarding) ou la privation de sommeil pour obtenir des aveux, assimilées à de la torture, étaient employées pour interroger les suspects.                      

Selon le Washington Post en 2002, sous la présidence de George W.Bush, elle avait "géré une prison secrète en Thaïlande où les détenus étaient soumis à des simulations de noyade et à d'autres mauvais traitements"

Quand ces méthodes avaient été révélées, trois ans après, Haspel faisait partie d'une groupe d'officiels de la CIA impliqués dans la destruction de vidéos d'interrogatoires qui ont laissé certains détenus au bord de la mort.

Vives réactions des défenseurs des droits

Des groupes de défense des droits de l'homme ont fait connaître leur opposition à cette nomination. Selon Rob Berschinski, vice-président de l'organisation Human Rights First :

C'est un choix particulièrement controversé, étant donné ces histoires de tortures dans les prisons secrètes de la CIA. Si quelqu'un a été responsable d'actes de torture, il ne doit pas diriger une agence fédérale, un point c'est tout

Selon un ancien directeur de la puissante ACLU, l'Union américaine pour la défense des libertés civiles, Gina Haspel n'est ni plus ni moins qu'une "criminelle de guerre" :

John McCain lui demande de s'expliquer

Gina Haspel devra s'expliquer sur ses activités passées et s'engager à ne pas recourir aux méthodes controversées, a estimé mardi l'influent sénateur républicain John McCain. 

John McCain est un opposant farouche à tout usage de la torture, à laquelle il a lui-même été soumis pendant plusieurs années dans les geôles nord-vietnamiennes.

Admiré comme un héros de la guerre du Vietnam aux Etats-Unis, John McCain avait fait part de son opposition aux "techniques d'interrogatoire poussées", terme utilisé par l'administration de George W. Bush après le 11 Septembre pour décrire les méthodes de torture de suspects soupçonnés d'être des terroristes.

Un rapport que certains veulent enterrer

Un rapport secret sur ce programme de tortures de la CIA a été réalisé en 2014 par la commission du Renseignement du Sénat, mais le président actuel de cette commission, un Républicain, tente depuis plusieurs mois d'en rassembler les copies, assurant vouloir éviter des fuites. 

Les démocrates craignent que l'élu républicain ne veuille détruire toutes les copies de ce rapport et que la vérité sur ce programme de la CIA ne voit jamais le jour. 

Ce rapport de 6 700 pages détaille les méthodes d'interrogatoire et les conditions de détention très controversées des suspects.  Un résumé de 528 pages avait été rendu public en décembre 2014 mais la version complète - classifiée - comprend des détails sur les méthodes, les participants et les lieux.  Le président sortant Barack Obama, qui craignait que ce rapport soit enterré, a conservé une copie pour sa librairie présidentielle de Chicago. Mais elle restera classifiée jusqu'en 2029.

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