La photographie des corps d'un père et de sa fille noyés dans le Rio Grande, en tentant de rejoindre les États-Unis, a fait le tour du monde. Ce n'est pas la première photo dépeignant la crise migratoire à avoir un tel retentissement, provoquant des indignations mondiales mais pas toujours de réponse concrète.

Óscar Alberto Martínez Ramírez et sa fille Valeria, retrouvés morts noyés lundi 24 juin 2019 dans le Rio Grande.
Óscar Alberto Martínez Ramírez et sa fille Valeria, retrouvés morts noyés lundi 24 juin 2019 dans le Rio Grande. © AFP / STR

Oscar et Valeria : un père et sa fille retrouvés morts noyés sur une berge du Rio Grande

La photo fait le tour du monde depuis lundi : les cadavres d'un homme de 25 ans et de sa fille de 23 mois ont été retrouvés sur une berge du Rio Grande, le fleuve qui marque la frontière entre le Mexique et les États-Unis. La petite fille est enveloppée dans le t-shirt de son père, et les deux corps gisent, face vers le bas, la tête dans l'eau.

L'histoire de la photo

Óscar Alberto Martínez Ramírez et sa fille Valeria étaient originaires du Salvador. Selon le récit de l'auteure de la photo, Julia Le Duc, ils étaient frustrés de ne pas pouvoir se présenter aux autorités américaines à la frontière pour demander l'asile et auraient tenté de rejoindre les États-Unis à la nage. Oscar aurait d'abord nagé avec Valeria, qu'il aurait déposé du côté américain du fleuve. Alors qu'il repartait à la nage pour aider sa femme Tania à traverser, Valeria aurait sauté à l'eau pour rejoindre son père. Il aurait alors décidé de la récupérer, avant d'être emporté par le courant, sous les yeux de la mère de la fillette.

La photographe

Julia Le Duc, qui travaille pour le journal La Frontera, raconte une scène qui l'a "profondément retournée, car cela montre que jusqu'à son dernier souffle, Valeria était avec son père non seulement parce qu'elle était dans son T-shirt, mais aussi parce qu'ils sont morts alors qu'elle l'enlaçait avec son bras."

Quelles conséquences?

La photo suscite énormément de réactions depuis sa publication. Le président mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador, parle d'un évènement "très regrettable". Le représentant démocrate du Texas, Joaquin Castro, parle d'une photographie "très difficile" à voir, "notre version de l'enfant syrien de trois ans mort sur une plage". Les démocrates élus à la chambre des représentants ont fait part de leur volonté d'approuver un plan humanitaire d'urgence de 4,5 milliards de dollars pour les migrants se trouvant à la frontière avec le Mexique. 

Aylan, 3 ans, retrouvé mort noyé sur une plage en Turquie

La dépouille du petit Aylan, retrouvé sur une plage de Turquie.
La dépouille du petit Aylan, retrouvé sur une plage de Turquie. © AFP / Nilufer Demir

C'est sans doute la première photo à avoir créé un électrochoc sur la crise migratoire. Sur une plage de Turquie, le corps d'un enfant de trois ans vêtu d'un short bleu et d'un t-shirt rouge git, le visage dans le sable et la tête léchée par les vagues.

L'histoire de la photo

Aylan et sa famille sont originaires de Syrie. Ils se trouvaient sur un navire et se dirigeaient vers l'île de Kos, en Grèce, lorsque l'embarcation a fait naufrage. Aylan, son frère Galip, âgé de cinq ans, et leur mère Rehan, sont morts. Seul le père, Abdullah, a survécu. La famille voulait se rendre au Canada où certains de leurs proches vivaient déjà.

La photographe

Nilüfer Demir est Turque. Elle travaille pour l'agence de presse Dogan. Elle a raconté avoir été "pétrifiée" au moment où elle a aperçu Aylan sur la plage. En prenant la photo, elle a souhaité "exprimer un cri de colère."

Quelles conséquences ?

La publication de cette photo à la une de très nombreux journaux européens a sonné comme une prise de conscience de la crise migratoire qui est alors en train de se jouer aux portes de l'Europe. Sur Twitter, c'est à ce moment que le mot-dièse #refugeeswelcome apparaît.

Yanela Sanchez, en pleurs à la frontière entre le Mexique et les États-Unis

Yanela Sanchez en pleurs alors que sa mère est fouillée par un officier de la police aux frontières américaine
Yanela Sanchez en pleurs alors que sa mère est fouillée par un officier de la police aux frontières américaine © Getty / John Moore

Cette photo a remporté le concours World Press Photo of the Year 2019. On y voir une petite fille en pleurs, alors que sa mère est fouillée par un policier à McAllen, une ville du Texas à la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

L'histoire de la photo

Yanela Sanchez et sa mère Sandra sont originaires du Honduras. Elles ont marché jusqu'à la frontière avec les États-Unis pour demander l'asile. Après avoir franchi le Rio Grande depuis le Mexique, elles sont arrêtées par une patrouille américaine et envoyées dans un centre de traitement pour les migrants. Lors de la remise des prix du concours World Press Photo Of The Year, les juges ont expliqué que cette photo illustrait "une violence d'un autre type, qui est psychologique".

Le photographe

John Moore est correspondant pour Getty Images. Il raconte à franceinfo qu'il suivait les patrouilles lorsqu'elles ont contrôlé un groupe de migrants dans lequel se trouvait Sandra et Yanela Sanchez. Alors que l'un des officiers demande à Sandra de poser sa fille pendant qu'elle est fouillée, Yanela se met à pleurer très fort. John Moore prend alors la photo. Une fois la fouille terminée, Sandra a pu reprendre sa fille dans ses bras, et elle a cessé de pleurer.

Quelles conséquences?

À l'époque où la photo est prise, l'administration Trump prônait la tolérance zéro en matière d'immigration illégale. Des milliers d'enfants ont ainsi été séparés de leurs parents, et emmenés dans des centres de détention séparés. Alors que la photo commençait à faire le tour du monde, les douanes américaines ont affirmé que Yanela et sa mère n'avaient pas été séparées. Quelques jours plus tard, Donald Trump mettait fin à ces mesures.

"Hope for a New Life" : à la frontière entre la Serbie et la Hongrie

Warren Richardson (à droite) devant son cliché, lors de la remise des prix du World Press Photo Of The Year Contest.
Warren Richardson (à droite) devant son cliché, lors de la remise des prix du World Press Photo Of The Year Contest. © AFP / Bart Maat

Cette photo prise par Warren Richardson a remporté le concours World Press Photo of the Year 2015. Elle montre un homme tendre un bébé à une autre personne pour le faire passer sous des barbelés, à la frontière entre la Serbie et la Hongrie.

L'histoire de la photo

La frontière entre la Serbie et la Hongrie est une porte d'entrée pour les migrants qui souhaitent rejoindre l'Union Européenne. En juin 2015, la Hongrie décide de fermer la frontière entre les deux pays et installe une barrière de quatre mètres de haut, équipée de barbelés. 

Le photographe

Warren Richardson est australien. Il vit à Budapest, en Hongrie. Il raconte qu'il venait de passer cinq jours avec un groupe de réfugiés lorsqu'un groupe de 200 personnes est arrivé le long de la ligne de barbelés. Ils ont commencé à faire passer les femmes, les enfants, puis les pères et les personnes âgées. Warren Richardson ne pouvait pas utiliser de flash pour prendre ses photos, au risque d'être repéré par la police.

Quelles conséquences ?

Cette photo a rappelé que la crise migratoire ne se joue pas qu'en Méditerranée, mais aussi en Europe de l'Est où les réfugiés arrivent en passant par la Turquie.

Petra Laszlo : la journaliste et le croche-pied sur un réfugié

Ce n'est pas une photo, mais cette séquence vidéo a marqué les esprits en Europe. On y voit une journaliste reporter d'image hongroise, Petra Laszlo, faire un croche-pied à un réfugié et à son fils.

L'histoire de la photo

La scène se déroule à la frontière entre la Hongrie et la Serbie, dans la région de Roszke. Petra Laszlo, qui travaille pour la chaîne de télévision N1TV, filme des réfugiés encadrés par des policiers. Ceux-ci parviennent à forcer le cordon de police et se mettent à courir en direction des journalistes. Alors qu'un homme qui tient un enfant dans les bras passe à proximité d'elle, Petra Laszlo tend sa jambe et le fait chuter

La photographe

Deux jours après, Petra Laszlo prend la parole et affirme avoir paniqué en voyant ces centaines de personnes courir subitement vers elle. Elle explique avoir pensé qu'elle était attaquée et qu'elle devait se protéger.  Sur d'autres images, on la voit également asséner un coup de pied à un jeune garçon et à une jeune fille au moment où ceux-ci rompent le cordon de police.

Quelles conséquences ?

Petra Laszlo a été licenciée par la chaîne qui l'employait. La journaliste a été jugée et reconnue coupable de vandalisme. Elle a été condamnée à une période de mise à l'épreuve.

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