Les Américains voteront le 8 novembre. Frédéric Carbonne nous livre son billet de campagne quotidien. Ce jeudi, il a rencontré un abstentionniste qui n'a pas le choix.

#USA 2016 : "je me suis organisé pour aller  voter"
#USA 2016 : "je me suis organisé pour aller voter" © staff Hillary Clinton

Bien sûr le 8 novembre il y aura un vainqueur de l’élection présidentielle, et le 20 janvier 2017 Hillary Clinton ou Donald Trump succédera à Barack Obama à la Maison-Blanche. Mais ce qui aura dominé cette campagne électorale, c’est la réticence des Américains à voter pour l’un ou l’autre des deux candidats et souvent vous entendez les gens vous dire qu’ils choisiront « the less of two evils », le moindre de deux maux. Matt Lewis, lui ne veut pas de cette résignation et ne pas voter explique-t-il est "un acte de résistance passive".

Matt est pourtant ce que les Américains appellent un political junkie, éditorialiste, écrivain, tendance conservateur, républicain aux valeurs morales affirmées, le fait de ne pas voter ne l’avait jamais effleuré mais cette fois-ci c’est décidé dans son Etat de Virginie sa voix ne s’exprimera pas. Il raconte que ce fut un long cheminement parsemé de dîners familiaux avec des cousins qui essayaient de le convaincre de voter Trump parce que "c’est le candidat républicain et qu’on ne peut pas faire autrement" et de conversations avec des amis qui, eux, le pressaient en tout cas de ne pas s’abstenir. "Ce serait une forme de lâcheté".

Matt Lewis n’a jamais imaginé voter pour Donald Trump. Il y a quelques mois, il expliquait que le candidat faisait évoluer le parti républicain dans une direction incompatible avec ce qu’il est en tant que personne. Il n’a jamais dévié de cette ligne, n’a pas fait comme beaucoup d’aller-retour entre pro et anti-Trump. Il admire la capacité de résistance du candidat mais pas une minute, il n’a envisagé un bulletin Trump.

Reste Hillary Clinton, et là le cas est différent ; c’est comme si Matt Lewis avait essayé de se persuader que lui, le républicain conservateur, pouvait voter démocrate. Ce qui l’a fait définitivement renoncer, c’est le dernier débat, et les propos sur la Cour Suprême, la perspective de nommer des juges libéraux (au sens américain du terme, c'est à dire progressistes) dans la plus haute instance juridique américaine.

Donc ce sera l’abstention, mais à tous ses proches qui lui expliquent qu’il ne pourra pas se plaindre quoi qui se passe puisqu’il n’aura pas voté, Matt Lewis répond qu’il assume sa décision, qu’il en est même fier, et qu’il demandera des comptes au prochain président sur tout ce qu’il considère comme ses valeurs fondamentales.

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