Dans un article du New Yorker, Georges Packer fait une analyse désabusée de la campagne, dans une Amérique où, selon lui, les politiques ont oublié une partie de la population.

Une électrice du Michigan "salue" le passage du candidat républicain Donald Trump
Une électrice du Michigan "salue" le passage du candidat républicain Donald Trump © Reuters / Mike Segar

Dans deux semaines, l’Amérique aura un nouveau président, et au milieu de cette folle campagne électorale peut-être est-ce le bon moment, la dernière occasion en tout cas de s’interroger sur le chantier du 45 ème président des Etats-Unis. Ça tombe bien : des milliers de pages ont été écrites dans la presse américaine ces derniers mois, mais aucune aussi limpide, lucide et désespérante également que l’article que publie le New Yorker dans son dernier numéro, sous la signature de Georges Packer. Il s’appelle "Les déconnectés", et le terme s’applique à la fois aux millions d’Américains, de cette classe ouvrière blanche isolée et appauvrie, et aux partis qui les ont délaissés pendant des décennies. Les Démocrates les ont perdus, écrit l’auteur, et les Républicains les exploitent.

Georges Packer ne découvre pas cette Amérique, contrairement à une grande partie de l’élite qui, fait-il remarquer, n’a jamais croisé un électeur de Donald Trump. Lui, il avait déjà publié un livre traduit en France sous le titre « L’Amérique défaite. Portraits d’une Nation en crise » (éditions Piranha). Il y brossait un tableau saisissant, une sorte de paysage avant la bataille, d’état des lieux pré-Donald Trump. Et la question centrale de son article est : comment cette population a été ainsi oubliée par les Démocrates et que peut faire Hillary Clinton pour reconnecter avec cet électorat si elle est élue ?

Georges Packer va donc voir Lawrence Summers, homme-clé de l’administration Bill Clinton à la fin des années 90, du temps de la globalisation heureuse et de la dérégulation financière. L’ancien secrétaire au Trésor lui dit qu’à l’époque, pour les démocrates, la pauvreté c’était une question concernant les africains-américains ou les pays du tiers monde, pas l’Amérique blanche en difficulté. "Je crois", ajoute Lawrence Summers "que je n’ai jamais mis les pieds à Akron, Flint, Toledo ou Youngstown". Des villes du Michigan et de l'Ohio, symboles de la crise industrielle.

Hillary Clinton elle-même est dans une forme d’auto-critique : "Ces trente dernières années", explique la candidate démocrate, "nous avons mené des batailles électorales sur des questions de société, sur des enjeux militaires, sur la sécurité, mais nous n’avons pas été capables d’avoir un programme économique cohérent avec des traductions concrètes".

Georges Packer n’a aucune tendresse pour Donald Trump, qu’il qualifie de "pire menace depuis des décennies pour les États-Unis". Mais pour lui, il représente l’échec de toute l’Amérique. Il ne faut pas s’étonner selon lui si ces millions de gens sans voix, sans porte-parole, qui coulent tout seuls, sans institution pour les représenter se sont jetés dans les bras d’un homme fort qui dénonce justement toutes les élites et toutes les institutions.

Au fil de l’article, on revisite donc trois décennies qui ont amené à ce phénomène, et l’auteur s’interroge sur les responsabilités des Républicains dans cet échec. Il n’évite pas la question la plus sensible de l’articulation entre la classe et la race dans les États-Unis de ce début de XXIe siècle. Il fait bien sûr le parallèle avec les mouvements populistes en Europe, et sa conclusion est d’une logique absolue : un désastre d’une telle ampleur ne concerne pas qu’une partie de l’Amérique, et il s’imposera longtemps après l’élection du 8 novembre, quel qu’en soit le résultat.

Face à cela, les mots ne suffisent pas, Barack Obama en a fait l’aveu récemment, et les actes sont indispensables. Voici ce que dit Hillary Clinton à Georges Packer : "si nous n’agissons pas comme il le faut, ce qui se passe aujourd’hui avec Donald Trump n’est que le début".

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