La carte électorale 2016 est tout sauf une carte du tendre, au contraire c’est une Amérique de la guerre des sexes qui se dessine avec une fracture qui n'a jamais été si profonde.

Garçons et filles américains ne votent pas dans le même sens
Garçons et filles américains ne votent pas dans le même sens © Reuters / Carlo Allegri

C’est le site FivethirtyEigth, sans doute une des meilleurs compilations de datas aux États-Unis, qui vient d’en publier l’illustration la plus spectaculaire en projetant le résultat du scrutin du 8 novembre si seulement les femmes votaient ou à l’inverse si seulement les hommes votaient.

Dans le premier cas, on a une carte toute bleue, la couleur des démocrates, Hillary Clinton remporterait des États profondément républicains comme le Texas, l’Alaska ou le Montana. Et elle obtiendrait 458 délégués contre à peine 80 pour Donald Trump.

Et dans le deuxième cas, c’est presque aussi tranché, le rouge républicain domine largement, les démocrates ne conserveraient qu’un fine bande côtière, Californie, Oregon le long du Pacifique, de New-York au New Hampshire sur la côte Atlantique. Et parce que certains États sont très peuplés, donc avec beaucoup de délégués, la majorité serait moins démesurée. 350 Trump contre 188 Clinton quand même.

La polarisation par genre est donc à un niveau jamais atteint, cela tient sans doute à la candidature d’une femme pour la première fois et à la figure mâle dominant de Donald Trump, et cela ne fait que s’accentuer avec les révélations en série sur les pratiques du candidat républicain.

Dans l’électorat féminin ainsi, Hillary Clinton devance Donald Trump de 20 points en moyenne selon les enquêtes, c’est une des explications les plus claires de son avance dans les sondages. Et elle est en tête dans absolument toutes les catégories de cet électorat, y compris les femmes blanches vivant en banlieue et à haut niveau d’études, clientèle habituellement fidèle aux républicains, des électrices heurtées par les paroles et les actes de Donald Trump. Si les chances de remporter l’élection sont aujourd’hui évaluées autour de 85 % pour Hillary Clinton, c’est largement du fait de sa domination dans cette catégorie d’électeurs.

Dans l’électorat masculin, la situation est moins caricaturale : la variable sociologique entre en jeu. Si Donald Trump dispose de 7 points d’avance en moyenne, c’est avec une forte différence selon le niveau d’études. Hillary Clinton reste en effet devant le candidat républicain chez les hommes ayant effectué des études supérieures.

D’une certaine manière, le deuxième débat télévisé a fourni la preuve de ce mélange des genres délicat ; la pression physique exercée par Donald Trump tout au long de la soirée, sa façon de se tenir debout comme une ombre derrière Hillary Clinton, et à l’inverse l’affichage d’un calme dans la tempête, le souci de soutenir en permanence le regard de son adversaire de la part de la candidate démocrate, tout cela est une traduction corporelle de ces enquêtes qui indiquent un profond clivage hommes-femmes au cours de cette élection. Une fois passé le vote, le vainqueur sera le président de tous les américains, mais sans doute est-il temps que cette campagne se termine, on entend en effet ici ou là des appels à remettre en cause le 19ème amendement de la constitution, celui qui accorde le droit de vote aux femmes et qui aura un siècle à la fin du mandat du prochain président.

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