Berceau de la Constitution, champ de bataille décisif de la guerre civile, la Pennsylvanie est un État central de l'Histoire américaine. Un État que, depuis un siècle, républicains et démocrates se disputent âprement, avec des écarts de voix parfois infimes. Or dans le choix du président, le Keystone State pèse lourd.

Des démocrates réunis sur un rooftop de Pittsburgh pour assister à la convention démocrate à distance. Depuis 1972, la Pennsylvanie a choisi 7 présidents démocrates et 5 républicains. Dont Trump.
Des démocrates réunis sur un rooftop de Pittsburgh pour assister à la convention démocrate à distance. Depuis 1972, la Pennsylvanie a choisi 7 présidents démocrates et 5 républicains. Dont Trump. © AFP / Jeff Swensen/Getty Images

Dans l'élection présidentielle américaine, la Pennsylvanie a une histoire particulière, à la fois fondatrice et décisive. Fondatrice, parce que le 19 novembre 1863, à Gettysburg, le président Abraham Lincoln prononça, sur un champ de bataille qui avait fait 51 000 victimes parmi les soldats de l'Union et de la Confédération l'été précédent, le discours qui devait jeter les bases d'une démocratie plus juste, fondée sur la liberté et l'égalité (et opposée à l'esclavage) : le "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple". C'est ce fait historique, notamment, qui vaut à la Pennsylvanie son surnom : the "Keystone State", la clé de voûte qui soutient l'édifice américain.

Mais ce n'est sans doute pas la raison qui explique que les candidats à la présidentielle y passent autant de temps – en 2016, Hillary Clinton et Donald Trump s'y sont déplacés, à eux deux, 54 fois, faisant de l'État le troisième plus fréquenté des États-Unis lors de cette campagne. Si la Pennsylvanie préoccupe autant les candidats, au moins par superstition, c'est peut-être un peu parce qu'elle a élu 20 des 25 derniers présidents. Plus certainement, si l'État de l'est américain est aussi central dans l'élection du président, c'est que d'une part les scores y sont très serrés et que, d'autre part, celui qui l'emporte s'assure 20 voix au collège électoral, ce qui en fait le 5e contributeur ex æquo avec l'Illinois. 

L'emporter dans le Keystone State n'est pas simple. Si le candidat démocrate s'y est imposé plus souvent que son concurrent républicain ces cinquante dernières années, tout peut toujours basculer. Donald Trump l'a d'ailleurs arraché de haute lutte en 2016 avec à peine 40 000 voix d'écart sur Hillary Clinton. Une marge très faible dans un État qui abrite 12 millions de personnes (9 millions d'électeurs) dans des environnements très différents : grandes métropoles et campagne – "Philadelphie et Pittsburgh avec l'Alabama entre les deux", dit l'éditorialiste James Carville –, industries de pointe et secteurs sinistrés…

Et, au-delà de l’opposition villes-ruralité, c'est peut-être le clivage entre une économie déclinante, qui emploie des personnels peu qualifiés, et un business prospère, qui recrute des diplômés, qui pourrait faire la différence. Si les circonscriptions du cœur de la Pennsylvanie ont toujours servi  les Républicains, le nord-est et le sud-ouest, eux, rassemblent une armée d’ouvriers et d’employés, acquis par le passé aux Démocrates. 

Nouveaux arbitres

Mais avec la crise qui a laminé les industries traditionnelles de la région, le charbon et l’acier, notamment, les électeurs ont changé : certains sont partis, et d’autres, reconvertis, ont reporté leurs espoirs sur de nouveaux hérauts. On estime que les employés du secteur des hydrocarbures, qui a connu ici une grande prospérité ces dix dernières années avec l’exploitation des gaz de schistes, ont tendance à voter GOP ; ils auraient sans doute alimenté la victoire de Donald Trump en 2016.

Face à ces électeurs, souvent blancs et peu diplômés, une nouvelle sociologie se développe dans les banlieues de Philadelphie et Pittsburgh, où des entreprises pharmaceutiques (Wyeth, GlaxoSmithKline…), et des groupes technologiques (Comcast…) proposent des emplois très qualifiés. Et un nouveau terreau démocrate. 

Les élections de mi-mandat, alimentées par une nouvelle génération de candidates, qualifiées et diplômées, ont d’ailleurs été remportées par les opposants à Donald Trump. Le signe d’un nouvel équilibre ou une victoire conjoncturelle ? Si le parti démocrate compte encore en Pennsylvanie un nombre d’inscrits, 4,15 millions, supérieur à celui du parti républicain, 3,43 millions, la tendance est à la baisse pour le premier, et à la hausse pour le second. Plus que jamais, la Pennsylvanie, avec ses vingt émissaires au collège électoral, est un État charnière. Et durablement un champ de bataille électoral. 

C'est d'ailleurs celui sur lequel Donald Trump s'est engagé pour contester par avance un scrutin qui, comme c'est le cas depuis plus de 150 ans, se déroule en grande partie à distance. "Il y a des choses pas bien qui se passent à Philadelphie", a lancé le président américain lors du débat contre Joe Biden fin septembre. En l'occurrence, certains de ses supporteurs exclus d'un bureau de vote pour avoir tenté d'y prendre des photos. Trump évoque aussi des bulletins de vote détruits, notamment, sans qu'une fraude ait pu être établie.

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