Depuis 43 ans, le Texas n'a pas soutenu un seul président démocrate. Au point que plus un candidat ou presque ne faisait de cet État du sud une étape dans sa campagne. Il est pourtant devenu un champ de bataille. Et un afflux migratoire d'un nouveau genre pourrait faire basculer la couleur de ses 38 grands électeurs.

Premier État à mettre fin au confinement, début mai, le Texas a dû faire marche arrière et fermer ses bars et restaurants dès le mois de juin, comme ici à Austin, du fait d'une flambée épidémique.
Premier État à mettre fin au confinement, début mai, le Texas a dû faire marche arrière et fermer ses bars et restaurants dès le mois de juin, comme ici à Austin, du fait d'une flambée épidémique. © AFP / Mark Felix

Depuis 1976, le Texas, c'est un peu la base sur laquelle tout candidat républicain à la présidence des États-Unis peut commencer à construire : 38 grands électeurs par principe acquis, dans la course aux 270 voix qui lui permettront de décrocher le Graal. On a connu des États plus conservateurs, mais jamais d'aussi "lucratifs" pour le GOP.

Les démocrates, d'ailleurs, en ont pris leur parti : ni Al Gore, ni John Kerry, ni Barrack Obama ou Hillary Clinton n'ont investi dans le Lone Star State, par principe perdu. D'un côté comme de l'autre, donc, le Texas constitue l'étape manquante dans le marathon de la campagne. En 2016, le candidat Trump seul a fait le voyage, une unique fois !

Pourtant, depuis plus d'une décennie, les signaux d'un possible retournement se multiplient. Les écarts de voix entre démocrates et républicains s'amenuisent sur le long terme. Si Donald Trump l'a emporté sur Hillary Clinton avec 9 points d'écart en 2016, il est bon de se souvenir que ce sont presque 15,8 points qui séparaient Romney et Obama en 2012 et presque 12 entre McCain et Obama en 2008.

Des migrants d'un nouveau genre

Un récent sondage, qui confirme une tendance lourde, place Joe Biden à… 2 points de Trump. Ses récents investissements publicitaires laissent penser que le candidat démocrate a bien compris le message : début octobre, son équipe de campagne a planifié pour 6 millions de dollars de publicités télévisées au Texas. Un tournant, qui fait du Texas un État charnière.

Il faut dire que la population de ce territoire frontalier du Mexique a changé. Le Texas, où les armes sont en vente libre, le droit à l'avortement contrarié et l'État fédéral considéré comme trop envahissant, se révèle très attractif, et pas seulement pour les fous de la gâchette.

Au Texas, la croissance démographique a changé de visage. Autrefois alimentée par l'immigration, elle est désormais tirée par des populations au niveau d'éducation élevé, fuyant des États où la vie est trop chère, à l'instar de la Californie – depuis 2008, plus de 700 000 Californiens, chassés par la crise économique et le coût de la vie, ont rejoint les banlieues d'Austin, Houston ou Fort Worth. Parmi eux, une proportion croissante de blancs diplômés de l'enseignement supérieur, qui représenteraient jusqu'à 42 % du corps électoral texan en 2020, selon le New York Times. Et qui, selon une étude NBC News/Marist Poll de mars dernier, voteraient à égalité pour Trump ou Biden.

Les clés de la reconquête 

Ces nouveaux venus, que le gouverneur (républicain) du Texas stigmatise volontiers, pourraient bien être les arbitres du match présidentiel.

À moins que les républicains ne parviennent à convaincre ceux des latino-américains (37,6 % de la population texane, contre 16,3 % au niveau national) qui vont voter, dans un État où les blancs sont minoritaires. Pour moitié acquis à Biden, ils sont aussi, pour un quart d'entre eux, indécis.

Les ramener dans le camp républicain pourrait se révéler déterminant pour Donald Trump, même si le message sera sans doute difficile à faire passer dans le camp de ceux qui ont applaudi le projet de construire un mur entre les États-Unis et le Mexique. 

Plus généralement, le traitement de la crise sanitaire au Texas, encouragé par le président américain, pourrait se révéler dévastateur pour le camp républicain, qui est majoritaire dans les deux chambres et tient l'exécutif. Premier État à rouvrir ses centres commerciaux et à déconfiner, en mai dernier, le Texas a connu une flambée épidémique unique tout l'été, qui tend à peine à s'amortir. Signe que la réponse politique n'était peut-être pas la bonne. 

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