L'opposition vénézuélienne a manifesté à nouveau lundi pour célébrer le 1er mois de protestations contre le président Nicolas Maduro et braver les rassemblements gouvernementaux

Manifestante, descendue, comme des milliers d'autres dans la rue le 29 avril, en hommage aux victimes
Manifestante, descendue, comme des milliers d'autres dans la rue le 29 avril, en hommage aux victimes © Reuters / Carlos Garcia Rawlings

L'opposition ne cesse de manifester contre le gouvernement de Nicolas Maduro : depuis le 1er avril, des millions de gens sont descendus dans la rue et presque toutes les marches ont dégénéré en heurts, pillages et échanges de gaz lacrymogènes et de cocktails Molotov entre manifestants et forces de l'ordre. Au total, 28 personnes sont mortes et plus d'un millier ont été interpellées dans la tentative, vaine pour l’instant, d’obtenir des élections générales anticipées.

Un pays au bord de la guerre civile

Lundi, le défilé du 1er mai a eu lieu sous haute tension a Caracas, avec des incidents survenus dans l’ouest de la capitale : alors que 300 personnes tentaient de franchir un cordon de sécurité pour rejoindre le siège de l'autorité électorale, dans le centre-ville, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour barrer la route aux manifestants.

A l’est de la ville, cette fois, d’autres militants ont fait irruption sur une base aérienne militaire. L'incident s'est produit sur la base aérienne Generalissimo Francisco de Miranda, où les manifestants ont arraché une partie de la grille d'enceinte. De petits groupes de personnes sont entrés sur la base, mais en ont été chassés par les forces de sécurité.

Le Venezuela, pays pétrolier qui possède les premières réserves de pétrole avant l'Arabie Saoudite, ne s'en sort pourtant plus. Frappé par la pénurie alimentaire et de médicaments, mais aussi par l'inflation la plus élevée au monde - à 720% pour 2017 selon la dernière prévision du FMI -, l'étincelle a été la reprise en main, fin mars, des pouvoirs du parlement par la Cour suprême, réputée proche de Maduro. 48 heures plus tard, il une marche arrière avait lieu devant l'accusation de "coup d'Etat" de l'opposition et devant le tollé international, mais c'était déjà trop tard.

Un pays qui inquiète toute l’Amérique Latine

Caracas, qui a initié vendredi sa sortie de l'Organisation des Etats Américains (OEA), cherchera un appui du côté de la Celac (Communauté des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes) lors d'une réunion extraordinaire mardi au Salvador.

Dans une déclaration commune, huit pays latino-américains, dont le Brésil et l'Argentine, ont apporté dimanche leur soutien à la proposition du papeFrançois. Ce dernier a déclaré samedi qu'il était d'accord pour que le Vatican reprenne le rôle de "facilitateur" entre opposition et pouvoir qu'il avait déjà joué en 2016. Mais il avait ajouté que cela ne pourrait se faire qu'à "des conditions très claires", sans en préciser la nature..

Tout ce qui peut être fait pour le Venezuela, il faut le faire, avec les garanties nécessaires

Le pape n'a pas précisé quelles étaient ces conditions, mais son secrétaire d'Etat, Pietro Parolin, ancien nonce apostolique au Venezuela, en avait évoqué quatre, en décembre : établissement d'un calendrier électoral, libération des opposants détenus, ouverture à l'aide sanitaire étrangère et rétablissement des prérogatives du Parlement.

Nicolas Maduro s'est officiellement félicité de la proposition du pape François tout en doutant que les conditions requises permettent cette médiation :

Si je dis 'dialogue', l'opposition s'enfuit épouvantée, ils ne veulent pas de dialogue. Hier, ils s'en sont pris au pape François. Moi, je respecte les déclarations du pape François

L'opposition a en effet répondu à la proposition du pape dimanche dans une lettre. Elle ne veut pas reprendre un dialogue avec le président Maduro sans "garanties" sur les modalités de ce dialogue.

Pour Gianni La Bella, en charge du dossier Venezuelien à la communauté Sant Egidio, une médiation dans un contexte complètement figé passe par les Évêques locaux qui, selon lui, doivent s'engager car ils sont considérés comme "une force morale" :

Un mois de violences en Venezuela
Un mois de violences en Venezuela © Visactu /
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