Depuis le scrutin entaché le 30 juillet dernier, l'opposition vénézuélienne et des dizaines de pays dénoncent la mise en place d'une dictature.

L'Assemblée Constituante du Venezuela se trouve à quelques dizaines de mètres du Parlement.
L'Assemblée Constituante du Venezuela se trouve à quelques dizaines de mètres du Parlement. © AFP / JUAN BARRETO / AFP

Les 545 membres de l'Assemblée Constituante ont tenu la première session le samedi 5 août. Leur mission à la base est de rédiger une nouvelle Constitution pour le pays et réviser le texte de 1999 promulgué par Hugo Chavez.

Une Assemblée dotée de "supers pouvoirs"

Avant son élection, l'étendue des pouvoirs de cette nouvelle Assemblée Constituante restait floue. Les craintes de l'opposition se sont finalement révélées exactes au moins en partie : par décret, l'Assemblée s'est déclarée supérieure à toutes les autres branches du gouvernement. Elle est donc plus puissante que le président du Venezuela, Nicolas Maduro et composée en quasi-totalité de députés pro-Chavez. Ce décret bloque aussi toutes les décisions prises par l'Assemblée nationale, seule institution tenue par l'opposition. Compétences, fonctionnement, organisation des pouvoirs législatifs, exécutifs, même la justice passe sous sa coupe.

La Constituante gouverne par décret et a le pouvoir de modifier la totalité des institutions. Comme dissoudre le Parlement, repousser les prochaines élections régionales de décembre 2017 et présidentielles de 2018, soit laisser Nicolas Maduro au pouvoir, voir l'autoriser à régner par décret. Les députés de cette chambre se sont librement attribués à eux-mêmes un mandat de deux ans.

Une "chasse aux sorcières" ?

La toute première décision de l'Assemblée Constituante a été de révoquer la procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega. Pourtant chaviste, elle est devenue depuis le début des manifestations la seule voix dissonante dans le camp Maduro.

Dans la même veine, la Constituante a institué une "Commission de Vérité". Son but : enquêter sur les cas de violences politique depuis 1999, les juger et les sanctionner. Depuis sa mise en place, la Cour Suprême a condamné Ramon Muchacho, maire d'opposition d'un district de Caracas à 15 mois de prison. Son tort, ne pas avoir empêché les manifestations contre le gouvernement. Alfredo Ramos maire d'Irribarren, a lui été arrêté et condamné pour n'avoir pas lever des barricades au cours d'une manifestation.

"Perquisitions de domiciles, torture et sévices aux prisonniers des manifestations" dénoncent les enquêteurs de l'ONU.

Les prisonniers politiques seraient environ 500, selon l’ONG Foro Penal. Le bureau des droits de la personne à l'ONU a d'ores et déjà dénoncé un recours "répandu et systémique" à la force. Les manifestants vénézuéliens emprisonnés et détenus vivraient un véritable calvaire. Si eux, seront sans doute jugés et condamnés, la Constituante ne devraient pas se pencher sur les crimes des autorités. Sur les 125 morts au cours des violences depuis quatre mois, l'ONU estime qu'au moins 46 personnes ont été tuées par les forces de sécurité, 27 seraient mortes à cause des groupes armés qui appuient le gouvernement.

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