Pénurie de nourriture, de médicaments, d’électricité… Autrefois pays le plus riche d’Amérique latine, c’est un Venezuela ruiné par l’effondrement des prix du pétrole qui s’apprête à réélire son président Nicolas Maduro ce dimanche.

Nicolas Maduro, sa femme Cilia Flores et l'ancienne star argentine Diego Maradona, lors du dernier meeting à Caracas
Nicolas Maduro, sa femme Cilia Flores et l'ancienne star argentine Diego Maradona, lors du dernier meeting à Caracas © AFP / Juan Barreto

Ce sont des chiffres qui donnent le tournis. D’après le FMI, le PIB (Produit intérieur brut) du Venezuela a chuté de 45% en cinq ans, et les prévisions pour cette année suivent le même chemin (-15%). L’inflation, elle, devrait atteindre un record de 13 800% en fin d’année, toujours selon le Fonds monétaire international. 

Crise au pays de "l’or noir"

Principal responsable de cette situation catastrophique, l’effondrement des cours du pétrole. De 103 dollars en 2012, le prix du baril de brut est passé à 35 dollars en 2016. La compagnie pétrolière nationale PDVSA a été déclarée en défaut de paiement par plusieurs agences de notations et doit faire face, en plus des affaires de corruption, à une amende de deux milliards de dollars – le régime parle de « spoliation » –  infligée par la justice internationale. Enfin, faute de liquidités, le pays ne peut plus investir suffisamment dans les infrastructures pétrolières. Conséquence, la production de pétrole s’est effondrée de 50% en un an et demi, selon le FMI, à 1,5 million de barils par jour (au plus bas depuis trois décennies). 

L’effondrement du secteur de la santé

Dans un pays qui tire 96% de ses revenus du pétrole, la crise est immédiate et se ressent à tous les étages, notamment la santé, autrefois fleuron de la politique sociale d'Hugo Chavez. Dans un rapport publié en mars, Amnesty International dénonce les "violations graves du droit à la santé", pointant notamment une pénurie de 80% des médicaments et du matériel médical (victimes de la baisse drastique des importations). Un tiers du personnel de santé aurait émigré, les mortalités infantile et maternelle ont bondi de 30% et 65%, et les malades et femmes enceintes sont de plus en plus nombreux à se rendre dans les villes frontalières de Colombie.

Que vont faire les Etats-Unis ?

Pour Nicolas Maduro, les nombreuses difficultés du Venezuela sont le fruit d’une "guerre commerciale" menée par Washington. Le pays doit-il craindre des sanctions supplémentaires, alors que le vice-président américain Mike Pence a qualifié "d’escroquerie et de mascarade" le scrutin de ce dimanche ? 

L’hypothèse d’un scénario "iranien" est peu probable. Un embargo total sur le pétrole vénézuélien provoquerait de nouvelles secousses sur le marché, ce qui n'est pas dans l'intérêt de Washington, troisième producteur mondial. Pour le Venezuela, les conséquences d’un boycott seraient catastrophiques : les Etats-Unis achètent un tiers de sa production et fournissent 75% des liquidités. 

Maduro se défend

Le président venezuélien, en proie aux critiques de l’étranger et de son peuple – 75% des habitants désapprouveraient sa gestion, d’après les sondages – a relevé le salaire minimum pour la troisième fois depuis le début de l’année, à 2,5 millions de bolivars par mois (soit 3 dollars au marché noir, c’est-à-dire le prix d’un kilo de viande).

Il a également nationalisé plusieurs entreprises et repris la production de plusieurs usines américaines ayant déserté le pays, comme l’usine Kellogg de Maracay (à 130 km de Caracas). Un départ qui vise "à effrayer le peuple", d’après Maduro, qui a confié la production "à la classe ouvrière". 

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