D'après les chiffres officiels, l'opposant âgé de 55 ans remporte l'élection présidentielle congolaise avec une large avance sur l'autre candidat d'opposition Martin Fayulu. Le camp Kabila, dont le candidat a été défait, ne conteste pas le résultat. La ligne politique du vainqueur proclamé suscite des interrogations.

Des partisans de Felix Tshisekedi célèbrent son élection à la présidence de la RDC dans les rues de Kinshasa
Des partisans de Felix Tshisekedi célèbrent son élection à la présidence de la RDC dans les rues de Kinshasa © AFP / John Wessels

S'agit-il d'un "putsch électoral" - comme le martèle l'opposant Martin Fayulu arrivé deuxième à la présidentielle selon les chiffres de la Commission Électorale Nationale Indépendante - et de résultats qui "n'ont rien à voir avec la vérité des urnes" ? Les chiffres officiels sont en tout cas contestés par une bonne partie de l'opposition congolaise. Le camp de Joseph Kabila prend acte des résultats, sans exclure un recours, qui reste possible dans un délai de dix jours.

La France, quant à elle, fait part de ses doutes. "Il semble bien que les résultats proclamés ne soient pas conformes aux résultats que l'on a pu constater" a réagi Jean-Yves le Drian, le ministre des Affaires Étrangères, se référant aux vérifications de la Conférence épiscopale congolaise.

Processus électoral laborieux

Au cours des mois précédant l'élection présidentielle, beaucoup d'observateurs se demandaient si le scrutin aurait bien lieu. Le président sortant Joseph Kabila n'étant plus autorisé à se représenter après deux mandats consécutifs, certains craignaient une révision de la constitution pour le maintenir à son poste. Dans la communauté internationale, plusieurs voix s'étaient élevées pour mettre en garde le pouvoir contre des pratiques anti-démocratiques.

La présidentielle s'est finalement tenue, mais avec deux ans de retard - le mandat de Joseph Kabila aurait dû s'achever en 2016 - et trois reports successifs. Ce qui n'a pas calmé l'inquiétude des capitales étrangères, Kinshasa ayant refusé l'aide logistique des Nations-Unies ainsi que toute mission d'observation occidentale. Certains opposants redoutaient aussi une victoire arrangée du candidat soutenu par Kabila, l'ancien ministre de l'Intérieur Shadary, visé par des sanctions de l'Union Européenne, qui l'accuse d'atteinte aux droits de l'Homme. Le résultat proclamé cette semaine est tout autre.

Felix Tshisekedi, élu président de la RDC tournera-t-il la page de l'ère Kabila ?
Felix Tshisekedi, élu président de la RDC tournera-t-il la page de l'ère Kabila ? © AFP / Caroline Thirion

Soupçons de manœuvres politiques

Étienne Tshisekedi est le fils de Felix Tshisekedi, figure historique de l'opposition en RDC depuis plusieurs décennies et mort en 2017. Une ascendance suffisante aux yeux de ses partisans pour conférer au vainqueur déclaré de la présidentielle une forte légitimité. Si sa victoire est confirmée, Étienne Tshisekedi tournera-t-il pour autant la page de presque vingt ans de pouvoir du clan Kabila ? Ses récentes déclarations interrogent sur ses intentions.

Nous ne nous lancerons pas dans une chasse aux sorcières. (Félix Tshisekedi)

Jusque-là très critique envers un pouvoir impopulaire, il semble changer de ton et se montre conciliant avec le chef de l'État sortant. "Le président a joué un grand rôle et continuera à en jouer un. Nous ne nous lancerons pas dans une chasse aux sorcières", a-t-il annoncé au micro d'une radio locale. Etienne Tshisekedi qui insiste : "Aujourd'hui, nous ne devons plus le considérer comme un adversaire, mais plutôt comme un partenaire de l'alternance démocratique dans notre pays". Un hommage qui alimente des rumeurs de rapprochement avec Joseph Kabila. Le parti de Tshisekedi préfère parler d'une logique de réconciliation nationale, en vue de la passation de pouvoir.

La RDC à la croisée des chemins

Cette élection présidentielle met en lumière la situation d'un État fragilisé par la pauvreté, miné par la corruption et  la violence. Une grande partie des 82 millions d'habitants de la République Démocratique du Congo vit dans la misère, malgré les trésors du sous-sol dans le plus grand pays d'Afrique sub-saharienne. Diamants, or, cobalt et cuivre ont fait la richesse de quelques clans et d'un certain nombre d'entreprises étrangères, sans permettre à l’économie de décoller.

Le futur président de RDC devra tenir compte de la présence dans l'est du pays de centaines de milices qui font régner la terreur parmi les civils. Dans cette situation délétère, la conférence épiscopale - qui a dénoncé les résultats de la présidentielle - représente aux yeux de beaucoup de Congolais une lueur d'espoir.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.