Amnesty International alerte dans un nouveau rapport sur les violences policières et le racisme systémique aux États-Unis. L'ONG révèle 125 cas de violences injustifiées entre le 26 mai et le 5 juin dernier et rappelle les États-Unis à l'ordre.

Arrestation d'un manifestant à Chicago, le 30 mai 2020
Arrestation d'un manifestant à Chicago, le 30 mai 2020 © AFP / Jim Vondruska / NurPhoto

Le 25 mai dernier, la mort George Floyd, un Afro-américain de 46 ans, étouffé par un policier, suscitait émoi et colère aux États-Unis. Elle entraînait dès le lendemain de nombreuses manifestations contre le racisme et les violences policières dans tout le pays et le monde. Des rassemblements majoritairement pacifiques, durant lesquels Amnesty International a relevé, dans son dernier rapport, de multiples cas de violences policières contre des manifestants dans 40 états et dans le district de Columbia : 125 entre le 26 mai et le 5 juin 2020.

► DOCUMENT - Le rapport complet sur le site d'Amnesty International (en anglais)

Pour comprendre ces incidents, le Laboratoire de preuves du programme Réaction aux crises d'Amnesty International a analysé près de 500 vidéos prises en marge de manifestations et publiées sur les réseaux sociaux. Après vérification et géolocalisation des faits, l'ONG s'est entretenue avec certaines des victimes.

La conclusion est sans appel : il s'agit à chaque fois, d'après le rapport, d'atteintes aux droits humains perpétrées par les forces de l'ordre. Tout simplement car, les manifestants étant pacifiques, l'usage de la violence par les policiers n'était ni justifié ni proportionné pour maintenir l'ordre pendant le rassemblement. Pire, ce recours à la force survient lors de manifestations dénonçant justement les violences policières. Et toujours selon ce rapport, si des actes violents ont pu être perpétrés par quelques manifestants, la réponse par la force des policiers s'est dirigée à l'encontre de l'ensemble du rassemblement.

Amnesty International ne manque pas de rappeler que l'usage de la violence sur des manifestants pacifiques est bien sûr illégal aux États-Unis et contraire à ce que prévoit le droit international relatif aux droits de l'Homme.

L'usage de la force comme premier niveau de réponse

L'ONG pointe notamment l'usage de la violence comme premier niveau de réponse des policiers. Car la violence peut être légalement utilisée par les forces de l'ordre, mais en dernier recours seulement. Seul un cas de menace imminente sur sa vie ou celle d'autrui et/ou de blessures graves peut justifier l'usage de la force. Or, d'après le rapport, aucun des États du pays ne limite l'utilisation de la violence à ces seules situations. Aucun ne se conforme donc au droit international ainsi qu'aux normes constitutionnelles des États-Unis, qui préconisent qu'un policier se doit de minimiser les dommages et blessures et de préserver la vie humaine.

Des abus de la part des forces de l'ordre ont eu lieu dans de nombreuses villes des États-Unis, précise Amnesty International dans son rapport, et prennent différentes formes : coups, tirs de projectiles n'étant pas censés provoqué la mort (balles en éponges, en bois ou en caoutchouc), utilisation excessive de gaz lacrymogène et de gaz poivre.

Avec un total de 50 entretiens de victimes réalisés en juin dernier, Amnesty International relève une "incapacité choquante à limiter le recours à la force des policiers". Lizzie Horne, une étudiante venue manifester le 1er juin dans le centre-ville de Philadelphie contre les violences policières, raconte son expérience à l'ONG : "Sans crier gare, ils [des policiers de la ville, NDLR] ont commencé à asperger la foule de gaz poivre. Un policier nous arrosait aussi depuis le terre-plein central. Puis ils ont tiré du gaz lacrymogène."

Les recommandations d'Amnesty International aux États-Unis

À la fin de son rapport, Amnesty International liste plusieurs recommandations aux États et aux autorités locales. Elle donne notamment deux grands objectifs aux États-Unis : adopter une réforme qui protège et respecte la vie des noirs, et élaborer des lignes directrices nationales sur le respect et la facilité d'accès au droit de manifester pacifiquement.

"Le gouvernement est tenu", rappelle-t-elle, "au titre de la Constitution des États-Unis et du droit international relatif au droits de l'Homme, de garantir le droit à la liberté de rassemblement pacifique." Les forces de l'ordre au niveau local y sont également tenues.

Les États sont donc appelés à limiter l'usage de la violence par leur police, à prendre des mesures d'urgence de lutte contre le racisme systémique et les abus de pouvoir de la police, à rendre conformes au droit international et aux normes nationales américaines les lois autorisant la violence policière. Les autorités américaines sont tenues quant à elles de trouver et de punir les responsables des violences, et d'accorder pleinement réparation aux victimes.

Des recommandations que les États-Unis et les forces de l'ordre au niveau local sont encore loin de suivre. Les violences policières n'ont en effet pas cessé ces cinq dernières années et Amnesty International est loin d'en être à sa première remontrance. À voir si ce rapport-là, dans un contexte bien particulier, fera la différence.

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