Le voyage de trois jours que le chef de l'Etat égyptien a entamé lundi à Paris mobilise les ONG qui dénoncent les violences que subi la société civile égyptienne alors que la France considère le président égyptien comme un atout pour la lutte contre le terrorisme.

Compliqué de parler des droits de l'Homme à un président vu comme un rempart contre le terrorisme et auquel on veut vendre des Rafale
Compliqué de parler des droits de l'Homme à un président vu comme un rempart contre le terrorisme et auquel on veut vendre des Rafale © AFP / POOL/Thibault Camus

Vladimir Poutine avait eu droit à Versailles. Donald Trump, à la tour Eiffel. Pour accueillir ce mardi le président égyptien Abdel Fatah al Sissi, l'accueil sera plus discret.

Le président égyptien, vu comme un rempart contre le terrorisme et un pilier essentiel de la stabilité au Proche Orient, est un atout majeur pour la France qui a même conclu l'an dernier un accord majeur d'armement comprenant notamment 24 avions de combat Rafale, une frégate, deux porte-hélicoptères Mistral et des missiles pour plus de six milliards d'euros. 

Entre réal politique et droits de l'Homme

Sa gestion autoritaire du pays fait de lui un allié aux méthodes bien encombrantes. Avec Abdel Fattah al Sissi, la diplomatie française marche sur des œufs. La dérive autoritaire de cet allié essentiel est bien embarrassante pour Paris qui constate le bilan catastrophique des droits de l'Homme dans le pays, ou la répression au nom de la lutte anti terrorisme qui frappe l'ensemble de la société civile et l'opposition. Disparitions forcées, tortures, opposants muselés, l'Égypte de Sissi est aujourd'hui bien pire que celle de Moubarak. Un sujet qu'Emmanuel Macron abordera avec son invité, assure-t-on. 

C'est en tout cas ce que réclament plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, dont Human Rights Watch (HDR) et Amnesty International, qui ont appelé lundi Emmanuel Macron à mettre fin à la "scandaleuse politique de tolérance" de la France envers le "gouvernement répressif" du président Sissi. 

L'Egypte incontournable

Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi ont évoqué la question des droits de l'Homme lors de leur rencontre ce mardi et ensuite au cours de leur déclaration commune après leur déjeuner de travail à l'Elysée. Mais comme le craignaient les ONG, le président a insisté sur "le combat commun" de la France et de l'Egypte en matière de lutte antiterroriste, refusant de "donner des leçons" sur la question des droits de l'homme à son homologue égyptien.

L'Élysée a donc fait le choix de ménager le président égyptien. Paris compte en effet sur lui tout d'abord sur l'épineux terrain libyen. Cette Libye voisine, en proie au chaos, où l'Égypte peut, contrairement à la France et aux européens, intervenir militairement, pour soutenir notamment les efforts de l'homme fort de l'est de la Libye, le général Haftar dans sa lutte contre les islamistes armés. 

Sur le front Est, l'Égypte, c'est aussi la frontière avec Gaza et Israël, avec ce Sinaï en ébullition où se sont implantés les djihadistes proches de l'État Islamique. Pour Paris, soutenir Abdel Fattah Al Sissi c'est faire le pari de la stabilité. Une priorité face au danger djihadiste - alors que cette semaine encore, le pays pleure le massacre de dizaines de policiers, tués par les terroristes.

La diplomatie française s'est engagée dans la direction de la sécurité plutôt que la défense des droits de l’Homme au niveau international surtout dans la région

Ce sera donc difficile pour la France, explique Jean Yves Moisseron, chercheur à l'institut de recherche et de développement avec Yves Decaens

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Jean Yves Moisseron chercheur à l'institut de recherche et de développement

Par Yves Decaens

Dans une longue interview au Figaro, Fattah al Sissi assure que le respect des droits de l'Homme est "essentiel" pour lui, tout en faisant valoir les exigences de la lutte contre le terrorisme. Le président Sissi dit vouloir aussi un renouvellement du discours religieux "pour corriger les interprétations erronées des préceptes religieux érigés en prétextes idéologiques pour juster violence et terrorisme".

Le président égyptien doit rencontrer des entrepreneurs à l'occasion de sa visite. Il verra aussi des ministres, dont son "ami" Jean-Yves Le Drian, l'actuel chef de la diplomatie, qui a piloté ces ventes d'armes majeures avec le Caire lorsqu'il était ministre de la Défense de François Hollande.

Abdel Fatah al-Sissi est arrivé au pouvoir en 2013, après avoir destitué le président islamiste démocratiquement élu Mohamed Morsi.  

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