Depuis le 15 août, les talibans sont de retour au pouvoir en Afghanistan et les femmes afghanes notamment s'y voient privées de leurs droits et de leurs libertés. Comment leur venir en aide ? Même depuis la France, il existe des moyens concrets de les soutenir.

Un groupe de femmes organise un rassemblement appelant les talibans à garantir l'égalité des droits dans le pays, à Kaboul, Afghanistan, le 4 septembre 2021.
Un groupe de femmes organise un rassemblement appelant les talibans à garantir l'égalité des droits dans le pays, à Kaboul, Afghanistan, le 4 septembre 2021. © AFP / Bilal Guler / Anadolu Agency

Un gouvernement 100% masculin, la suppression du ministère des Affaires féminines, la fin de la mixité à l’université et de l'accès à l'éducation des jeunes filles, des codes vestimentaires draconiens, l'interdiction pour les femmes de circuler seules dans l'espace public... Depuis la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan le 15 août dernier, les droits des femmes sont plus que bafoués. 

Pour autant, au péril de leur vie, certaines continuent de manifester pour leurs libertés et tentent de fuir l'Afghanistan, où s'égrène le chaos depuis un mois et demi. Depuis la France, il est possible de les soutenir. Voici donc cinq moyens concrets d'aider les femmes afghanes.

Faire un don, la priorité 

Si leurs actions sur le terrain ne sont pas encore concrètement définies et possibles, les associations venant en aide aux femmes afghanes sur place ont un besoin urgent de fonds. C'est le cas de l'ONG Afghanistan Libre, créée en 1996 par Chékéba Hachemi qui milite pour l’accès à l’éducation et à la santé des femmes et des enfants. "Nos actions sont à l’arrêt depuis le 15 août mais on a créé un fond d’urgence qui sert déjà à assurer le salaire de tous les défenseurs des droits des femmes qui travaillent pour nous comme les enseignantes, les professionnels de santé, etc.", indique Louise Clément, directrice France de l'association. "Dès que la situation le permettra, les dons nous permettront de nous occuper des personnes déplacées à Kaboul."

Même chose pour Negar soutien aux femmes d'Afghanistan, présidée par Shoukria Haidar, une activiste réfugiée en France depuis les années 1980, et qui agit en faveur de l’émancipation et la défense des droits fondamentaux des femmes, notamment en permettant le fonctionnement et le financement d’écoles clandestines pour les filles à Kaboul. Shoukria Haidar nous l'assure, "on a besoin des dons, car même si nos actions sont arrêtées en ce moment, on peut aider des familles à notre niveau, au moins qu’ils puissent manger, et assurer le salaires des femmes enseignantes qui n’en ont plus".

"Les fonds internationaux ne rentrent plus, les banques sont vides, les gens ne peuvent plus retirer d’argent…", explique Françoise Barthélémy, présidente de l'association Amitiés Mères Afghanes, qui soutient les femmes et enfants afghans à travers un programme médical mobile et un soutien à l'éducation. "Il faut apporter une aide financière à la population." Il est aussi possible de donner à d'autres ONG comme Médecins sans Frontières, Amnesty International, Action contre la faim, Rescue.org, Save the children, Unicef, etc. Mais aussi à des associations locales d'aide aux migrant.e.s et aux réfugié.e.s telles que Utopia 56, Sorosa, Nouvelle Page, Madera, etc.

Les dons peuvent se faire directement via les sites internet des associations pour la grande majorité.

Participer à des collectes de vêtements, denrées alimentaires et produits d'hygiènes 

Les associations locales recherchent activement des produits de premières nécessité pour les réfugiées afghanes. Cela peut être des vêtements et chaussures pour les femmes, les filles et les bébés. Mais aussi des produits d'hygiènes, notamment des protections hygiéniques et des couches, des biberons et autres matériels de puériculture, des produits électroniques... et bien sûr, des denrées alimentaires sèches (boîtes de conserves, pâtes, riz...).

Ceux qui souhaitent donner peuvent se tourner vers Emmaüs Solidarité, France Terre d'Asile, La Croix Rouge, Utopia 56, la Maison des Réfugiés, qui récupèrent très régulièrement ce type de produits et organisent ces collectes. Les dates sont annoncées sur les sites des associations, sur leur pages Facebook ou bien par les services municipaux et départementaux quand ceux là sont partenaires. Des collectes pour les femmes afghanes ont déjà eu lieu à Paris, Montreuil ou encore Lyon, et d'autres sont certainement à prévoir. Il faut donc bien rester informé. 

Adhérer, devenir bénévole et participer aux actions des associations sur le terrain 

Si les associations ont besoin de dons, elles ont aussi grandement besoin de bénévoles au niveau local. Besoin de bras, de portes-paroles, et de bonne volonté. Car même en France, les actions sont plus que jamais nécessaires. "Adhérer vous permet d'être constamment informés de tout ce qu’il se prépare, vous pouvez savoir quand et ou donner un coup de main", déclare Françoise Barthélémy, présidente de Amitiés Mères Afghanes. "On a beaucoup de projets en ce moment pour récolter des fonds, on organise des salons d’artisanat, il y a un concert qui va être donné, une conférence est prévue. Tout ça demande une grosse préparation", ajoute-t-elle. 

Pour Negar soutien aux femmes d'Afghanistan, "l'idée est de créer des comités dans différents endroits en France et de coordonner nos actions dans la rue", précise Shoukria Haidar, la présidente. "Mais il nous manque des personnes pour gérer notre activité et nos membres." De son côté, l'association d'aide aux réfugiées afghanes Sorosa manque aussi cruellement de "petites mains". Comme le dit sa présidente Nordy Granger,"on a besoin de gens pour aider les réfugiés dans leurs démarches administratives, mais aussi pour leur donner des cours de français". Même chose pour l'association Enfant d'Afghanistan et d'ailleurs qui lutte contre l'illettrisme des jeunes filles afghanes. 

Être bénévole, c'est aussi aider à pourvoir aux besoins essentiels des Afghanes réfugiées en France, tels que la distribution de repas, de vêtements et des articles de première nécessité collectés préalablement. Pour cela, il faut se tourner vers Utopia 56, qui organise des maraudes notamment à Paris, Rennes, Toulouse et Lille, ou encore vers France Terre d'Asile ou la Croix Rouge.

Accueillir chez soi des réfugiées afghanes 

Une fois en France, les femmes afghanes demandeuses d'asile ont besoin d'un accueil urgemment. "Ce sont pour les femmes seules avec ou sans enfants, les familles, les mineur.e.s non accompagné.e.s qui peinent le plus à se trouver un toit", affirme Utopia 56. Plusieurs associations tentent alors de les aider sur tout le territoire, comme Emmaüs Solidarité, France Terre d'Asile, La Croix Rouge, le Secours Populaire, Autre Monde, Utopia 56...

Pour accueillir chez soi ces femmes afghanes, il suffit de se signaler comme hébergeur citoyen auprès de ces associations. "Nous avons besoin quotidiennement d’une trentaine de familles, principalement à Paris, Rennes et Lille", détaille Utopia 56. "Il est également possible de s’engager sur une période plus longue, en prenant en charge de jeunes filles mineures." La démarche est simple : il suffit de remplir un formulaire sur le site internet de l'association. "Ils sont ensuite rappelés par nos bénévoles, afin de les rassurer, de vérifier leurs intentions et de bien expliquer le procédé."

"On a besoin de volontaires pour accueillir chez eux des femmes, des jeunes filles et des familles afghanes, dès qu’on arrivera à en rapatrier", notifie Françoise Barthélemy, de Amitiés Mères Afghanes. "Il faut privilégier les accueils à long terme en ville et non pas à la campagne", poursuit-elle, "car les réfugiées afghanes ont besoin d'être autonomes et de s'intégrer, elles ont besoin de contacts et de cours d'alphabétisation que l'on trouve beaucoup plus facilement dans les villes".

En parler autour de soi, s'informer, sensibiliser et se mobiliser 

"Aujourd'hui, il faut parler des femmes afghanes, il ne faut pas détourner l'attention de leur cause" prône Françoise Barthélémy. Une volonté que toutes les associations partagent. Pour Louise Clément, directrice France d’Afghanistan Libre, "Personne n’est impuissant. Chacun peut organiser des évènements de sensibilisation, des _actions de plaidoyer dans sa ville_. On peut aller voir son élu local et lui en parler, lui demander ce qu’il fait à son niveau pour continuer à maintenir une pression sur le gouvernement français pour que lui même continue à maintenir une pression sur le gouvernement taliban."

Shoukria Haidar, présidente de Negar soutien aux femmes d’Afghanistan, n'a qu'une priorité : "Faire monter la voix le plus haut possible vers le ministère des Affaires étrangères, le président de la République et vers l’Europe, pour la non reconnaissance des talibans." Pour ça, "on peut envoyer des lettres aux politiques, même simplement à nos élus locaux", conseille-t-elle.

Chacun peut également participer aux manifestations locales pour soutenir les femmes afghanes qui ont lieu régulièrement à travers tout le territoire. Mais aussi organiser des collectes de fonds, lancer et signer des pétitions, "témoigner dans les écoles ou les entreprises pour informer et motiver le plus de monde possible", propose Françoise Barthélémy, avant d'ajouter : "Une chose est sure, tout le monde peut faire quelque chose à son niveau."

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